Inflation, taux d’intérêt : prédire le passé avec 100% d’exactitude

Rédigé le 26 mars 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Venez assister au Salon de l'Analyse Technique les 26 et 27 mars 2010 !Météo, astrologie, tiercé… vous le savez très bien, les prévisions sont une source intarissable d’erreurs, de fausses joies et de frustrations. Vous pouvez ajouter à la liste des charlatans du nuage, des étoiles et du galop, ceux des marchés boursiers, pas plus efficaces que leurs confrères, bien au contraire.

Les plus brillants économistes endossent leurs plus beaux costumes pour déclarer à la télévision que l’inflation, les taux d’intérêt ou le prix des actions atteindront tel ou tel niveau d’ici peu. Sont-ils d’une quelconque utilité ? C’est ce qu’a cherché à comprendre le spécialiste de la finance comportementale James Montier.

Bien sûr, les spécialistes auto-proclamés de l’économie s’appuient sur des modèles mathématiques complexes, des théories validées par le passé (le « backtesting » comme ils disent) et des statistiques longues comme le bras. Ce sont des banquiers à responsabilités tout de même, pas des turfistes endimanchés en goguette à Vincennes. L’étude de Montier montre que malgré toute la solennité de leur posture, leurs discours ne valent pas mieux que les dernières prophéties d’une Madame Soleil en panne d’inspiration. Il est même possible que les financiers soient pires encore ; à vous de juger.

La rétrovision : l’indicateur le plus fiable au monde

James Montier a compilé les prévisions passées pour tout un tas de grandeurs économiques. Et il a fait de sacrées découvertes que je ne résiste pas à partager avec vous.

Concernant l’inflation américaine, il s’est aperçu que les prévisions entre 1970 et le milieu des années 2000 étaient extrêmement efficaces pour annoncer… ce qui s’était déjà produit ! Si vous voulez visualiser le concept, la courbe des prévisions est systématiquement en retard sur celle de l’inflation effectivement constatée. Ce qui signifie que lorsqu’un prévisionniste ou un stratège ou que sais-je encore déclarait en 1986 qu’il prévoit 3% de hausse des prix à court terme, l’examen des statistiques réelles montre que ce niveau avait été atteint trois ans auparavant. Les prévisions qui dévoilent le passé avec trois ans de retard : quel exploit !

Même chose avec les taux d’intérêts américains à 10 ans. Les estimations correspondent exactement aux chiffres réels mais vieux d’environ une année.

Autre exemple : l’indice S&P500. Les prévisions suivent là encore bien sagement la courbe, avec un an de retard la plupart du temps, voire deux années au début des années 2000. Ceci s’explique facilement : après l’éclatement de la bulle Internet et l’effondrement des marchés, nos amis stratèges étaient tout chamboulés et ne savaient plus, mais alors vraiment plus, de quoi serait fait le passé… Voici le graphique :

Quand les prévisions décrivent le passé

Bref, si votre mémoire flanche et que vous voulez quand même savoir le cours d’une action il y a deux ans, rien de plus facile : demandez à un spécialiste, analyste ou autre, ce que le titre vaudra dans six mois. En plein dans le mille à chaque fois ! Nul n’a jamais trouvé un indicateur plus fiable au monde.

« Ceux qui ont la connaissance ne font pas de prédictions »

Mais, diront les plus sceptiques d’entre vous, les statistiques étudiées par Montier sont agrégées. Donc dans cet ensemble de prévisions globalement médiocres, certains économistes doivent forcément être meilleurs que les autres. Vous vous mettez alors à rêver de spécialistes qui battraient régulièrement — ou même, soyons fous, systématiquement — leurs confrères. Hélas, aucune preuve ne vient démontrer ce fol espoir.

Il y a près de 8 000 ans, le poète Lao Tseu avait déjà compris que « ceux qui ont la connaissance ne font pas de prédictions » et que « ceux qui font des prédictions n’ont pas de connaissance ». Si les prévisions sont si inutiles, pourquoi consacrons-nous autant de temps à les lire ?

Tout simplement parce que nous espérons qu’elles soient des prophéties auto-réalisatrices. A force d’entendre des économistes annoncer une croissance de 5% l’année suivante, nous pensons que ce rythme pourra être atteint car les acteurs économiques seront convaincus que cela arrivera. Et donc ils travailleraient pour atteindre ce but, sans même en être conscients.

Malheureusement, les choses ne se déroulent pas de cette façon dans la réalité. Les prévisions économiques sont comme les promesses : elles n’engagent que ceux qui les croient.

Voilà pourquoi je reste attaché à une approche neutre au marché — même si je m’apprête à lancer une lettre contrarienne pour investir sur les grands mouvements, les infos d’insiders, les analyses d’économistes qui font bouger les marchés. Mais, l’approche neutre au marché, disais-je,  a l’avantage d’être pragmatique et d’éliminer les risques de pertes en cas de krach. Principal défaut : elle ne permet pas, mais alors pas du tout, de prédire le passé avec une exactitude de 100% !

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.lecoindesinsiders.com/profits-garantis.html. De plus, il s’apprête à lancer une lettre portant sur ses plus grandes idées d’investissement, en toute connaissance des mouvements des insiders de marché.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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