Attention à l’effet ketchup sur les indices…

Rédigé le 18 juin 2015 par | Indices, sociétés et marchés Imprimer

L’inflation… objet de tous les questionnements et de toutes les angoisses des banques centrales… et des marchés.

La hausse annuelle des prix dans la zone euro a été confirmée à +0,3% en mai : elle provient presqu’exclusivement du renchérissement du coût de l’énergie, avec un baril de pétrole qui oscille autour des 60$ à New York depuis 1 mois et 3 semaines.

A part cela, de quel genre d’inflation les investisseurs peuvent-ils s’alarmer ? De la hausse des salaires planchers aux Etats-Unis ?

Toute largesse accordée aux salariés de Walmart est immédiatement dépensée chez Walmart : les salariés qui ont principalement bénéficié du relèvement du salaire horaire étant le plus souvent affiliés au système des « food stamps »… qui sont valables chez, mais oui, chez Walmart !

Et pour un Walmart qui accorde une hausse de rémunération, combien de centaines d’entreprises les refusent ? Le retour de l’inflation n’est pas pour demain aux Etats-Unis !

Même les entreprises japonaises inondées de cash par la BoJ et qui ont reconstitué leurs marges grâce à un yen outrageusement déprécié n’augmentent pas leurs salariés, malgré l’impact sévère de la hausse des coûts alimentaires… Coûts qui ne figurent pas dans le taux d’inflation « core » dont se préoccupe le gouvernement japonais.

Et pourtant, il existe bien une inflation qui galope à un rythme effréné et pour lesquels tous les ménages qui disposent de quelques revenus se ruinent : il s’agit du coût de constitution d’une retraite.

Jusqu’en 2007, 100 euros investis, par le jeu des intérêts composés et sur la base d’une rémunération moyenne de 3,5%, vous assurait 200 euros de capital au bout de 20 ans.

Aujourd’hui (ou plutôt 6 semaines plus tôt), combien le futur retraité allemand recevra-t-il dans 8 ans en plaçant 100 euros sur des Bunds à 8 ans, ou dans des « Schatz » indexés sur l’inflation ? Il recevra exactement 100 euros, intérêts perçus compris !

Comme le coût de la vie réelle augmente (je ne parle pas de cette escroquerie statistique baptisée « indice des prix » qui tient lieu de mesure officielle de l’inflation), cela signifie que, pour disposer dans 8 ans ou dans 20 ans de revenus permettant de vivre décemment, il faut mettre beaucoup plus d’argent de côté.

Et si vous avez succombé à la répression financière qui veut vous faire acheter les actions à des PER de 20 ou 25, là encore, il vous faut payer très cher pour espérer toucher un pauvre rendement d’à peine 2% contre risque abyssal. Et, en plus, en cas de crise, rien ne vous garantit le paiement de dividendes qui vous sont pourtant présentés aujourd’hui comme une rente…

Oui, il existe bien une inflation qui ampute dramatiquement le patrimoine des épargnants : c’est celle qui découle de l’accumulation d’actifs hors de prix, qui ne produisent quasiment pas de revenus mais dont la valeur peut se désintégrer en quelques semaines en cas de krach boursier.

Et sans même parler de krach boursier, la Bourse de Francfort vient tout de même de perdre 12% par rapport à ses sommets de fin avril : rien de dramatique, le DAX 30 a juste effacé la moitié de ses gains annuels en deux mois. N’importe quel gérant signerait des deux mains pour afficher une performance résiduelle de 12% tous les ans !

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Les indices boursiers matérialisent un sommet tous les 7 ans, invariablement, depuis le début des années 1970 : les banques centrales seraient-elles parvenues à courber, voire disloquer puis reconfigurer la cyclicité naturelle de l’économie ? C’est un scénario que n’écartent pas les thuriféraires des banques centrales : ils ne savent même plus de quelles louanges couvrir Mario Draghi pour avoir actionné à son tour la manivelle de la planche à billets.

Mais, pendant que les cycles boursiers ont peut-être adopté un rythme inconnu et mystérieux, les actions du CAC 40 ou du DAX 30 multiplient des figures qui laissent craindre une forte correction à moyen terme : plus de 50% des vedettes de la cote dessinent des « têtes-épaules » et cassent leur ligne de cou ! Cela valide une multitude de signaux baissiers… dont nous devons reconnaître qu’ils ne fonctionnent plus aussi bien qu’il y a 8 ou 15 ans, lors des précédents plus-hauts historiques. Car le marché est systématiquement manipulé afin de casser les reins des vendeurs.

Or cette fois, il se pourrait bien que les signaux valident enfin leur potentiel baissier : il s’agirait d’un « effet ketchup » où le mouvement correctif s’enclenche avec une extrême brutalité et ne donne lieu à aucun pull back haussier.

Après tout, les indices US progressent depuis l’automne 2011 sans jamais avoir enregistré de correction supérieure à 8%. Puisque le mouvement haussier linéaire a dépassé les 250%, qu’est-ce qui interdit qu’une vague corrective majeure proportionnelle au gain initial atteigne une intensité de -50% ? Cela ramènerait juste le S&P 500 vers 1 050 points, alors qu’un repli classique de -60% (comme en 2001-2002 ou 2007-2009) induit un objectif de 850 points.

Mais ce n’est pas le genre de scénario auquel peut se préparer un gérant normalement constitué à la veille d’une séance des 4 sorcières qui conclut un premier semestre largement gagnant sur l’ensemble des indices de la zone euro, et littéralement explosif du côté de Shanghai et Shenzhen… Vous n’êtes pas gérant, alors préparez-vous et conservez vos protections.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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