Inflation : de l’Allemagne de Weimar à 2010, l’histoire se répète

Rédigé le 12 mars 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.lecoindesinsiders.com/profits-garantis.html. De plus, il s’apprête à lancer une lettre portant sur ses plus grandes idées d’investissement, en toute connaissance des mouvements des insiders de marché.

Mêmes causes, mêmes conséquences, mêmes boucs émissaires… Les mêmes causes engendreront toujours les mêmes effets. C’est scientifique, rationnel, du garanti sur facture. Logiquement, nous nous dirigeons donc tout droit et à pleine vapeur vers un retour de l’inflation. En scrutant au-delà des montagnes de monnaies imprimées depuis deux ans pour relancer la machine économique, comment ne pas s’apercevoir que la situation actuelle possède malheureusement de nombreux points communs avec la pire période inflationniste de l’histoire contemporaine, l’Allemagne des années 1920.

Avec notamment la triste conclusion que les difficultés de ce genre ont toujours des origines politiques plutôt qu’économiques, et se terminent en général par une bonne guerre mondiale…

+16 579 999%, retour sur l’hyperinflation allemande

Je ne souhaite pas particulièrement plomber l’ambiance en laissant entendre que nous nous dirigeons vers le même chaos absolu qui a marqué le milieu du XXe siècle, que nos billets de banque ne vaudront bientôt plus rien ou encore que vos économies sont destinées à partir en fumée.

Mais un certain nombre de points communs troublants entre les deux époques ont été mis en valeur par Dylan Grice, stratège à la Société Générale, dans un rapport finement intitulé : Les illusions populaires — Quelques enseignements utiles que j’ai appris de l’hyperinflation allemande.

Ce chercheur s’est penché sur l’irrésistible ascension de l’inflation allemande, qui est passée d’un (relativement paisible) 60% en rythme annuel au début de 1921 à 16 579 999% début 1923 — oui, vous avez bien lu : cela fait précisément plus 16,5 millions de pour-cent de hausse des prix. En 1923 toujours, la production industrielle a chuté de 37% et le chômage est passé de 1% à près de 30% !

Inflation dans l'Allemagne de Weimar

Créer de la monnaie…

Côté points communs, l’Allemagne du début du XXe siècle et l’Occident de 2010 ont choisi de monétiser leur dette. Les premiers pour financer la Première Guerre mondiale, les seconds pour se donner les moyens de relancer l’économie mondiale ; au point que la distinction entre politique monétaire et fiscale s’est évaporée. Avec, dans les deux cas, la certitude que ces mesures resteraient passagères et maîtrisables. Avec, dans les deux cas, l’incontournable difficulté politique à imposer la déflation. Et avec enfin, dans les deux cas, un respectable arsenal théorique assurant que l’impression de monnaie était la meilleure chose à faire.

… en toute connaissance de cause

Tout le monde comprend bien que l’excès de création monétaire apporte de l’inflation, avec le risque qu’elle soit massive et durable. Je le sais, vous le savez, les économistes le savent. Les plus charitables d’entre vous penseront peut-être que les spécialistes des années 1920 n’étaient peut-être pas si avertis de ce risque, que la situation était différente, qu’ils n’avaient pas accès à Internet ou que Bernanke n’était pas encore né.

Pas du tout, ils le savaient parfaitement, pour avoir étudié l’hyperinflation sous la Révolution française ou durant la guerre de Sécession américaine ; mais ils l’ont caché, peut-être car ils avaient une confiance absolue dans leur faculté à contrôler les prix. Peut-être cela facilitait-il aussi les choses que le quidam n’en sache rien.

A qui la faute ? Toujours aux spéculateurs

Et qui était blâmé, déjà à l’époque, pour la hausse des prix ? Les spéculateurs, bien sûr. Ces bons vieux boucs émissaires que les politicards pourris du monde entier ressortent systématiquement, comme récemment pour expliquer les difficultés de la Grèce. Sur le banc des innocents, selon nos amis du gouvernement, les responsables véreux qui ont maquillé les comptes de l’Etat grec comme s’il s’agissait de la mobylette d’un adolescent. Manque de pot (d’échappement), certains hedge funds s’en sont aperçus, et ont pris des positions en prévision du jour inévitable où le masque tomberait sur les turpitudes statistiques d’Antigone.

Un excès de confiance de la part des gouvernants qui n’ont d’autres explications que de faire porter le chapeau aux spéculateurs : les années 1920 ne vous rappellent rien, vraiment ?

Les mêmes causes ont les mêmes conséquences

Mais revenons à l’Allemagne des années 1920 et à cette idée que les mêmes causes ont les mêmes conséquences. Reconnaissons que la situation actuelle n’est pas exactement similaire à celle qui prévalait à l’époque et que le climat politique est beaucoup plus stable, du moins pour l’instant. Heureusement, croisons les doigts !

Il n’empêche qu’après avoir étudié l’hyperinflation allemande, Frank Graham eut cette conclusion qui semble hélas toujours d’actualité : « de telles difficultés financières auront pratiquement toujours des origines politiques plutôt qu’économiques.«  Vous voulez parier sur l’intégrité des gouvernements actuels ? Je suis preneur.

Même si le futur proche ne devrait pas nécessairement nous réserver des taux aussi stratosphériques, vous savez sans doute que je m’apprête à lancer une nouvelle lettre d’investissement, qui vous permettra, entre autres, non seulement d’investir sur les meilleures tendances du moment, mais également de vous protéger, et même de faire fortune en cas de forte inflation future.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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