Les marchés sous stress et « VIX » et versa

Rédigé le 28 janvier 2010 par | Autres indices, VIX Imprimer

Les premiers natifs de la côte Est auraient volontiers pu évoquer des financiers à la « langue fourchue » pour désigner la faune qui gravite autour de Wall Street.

Cela concerne aussi bien les opérateurs en salle de marché que les analystes vedettes ou les journalistes qui présentent l’actualité économique en direct. Ces derniers sont en effet, le plus souvent, salariés de grands groupes de médias également cotés en Bourse.

Wall Street, sa noblesse et son tiers état

Le grand public a compris depuis longtemps que le fossé qui sépare « mainstreet » de « Wall Street » provient de l’asymétrie — disons plus clairement de l’inégalité flagrante — des forces en présence. D’un côté nous avons des millions de petits épargnants qui ne peuvent miser en Bourse plus que ce qu’ils peuvent mettre de côté chaque mois. De l’autre des institutionnels qui vont chaque matin quérir quelques milliards supplémentaires auprès des guichets de la Fed pour piloter les cours dans le sens qui les arrange.

Ils puisent sans vergogne depuis un an dans un réservoir de liquidités gratuites, initialement dédiées à soutenir l’économie réelle… qui n’en voit pas la couleur. Mais peu importe puisque les cours des actifs grimpent démesurément.

Le syndrome d’une reprise biaisée…

Pour faire taire les objections, les marchés ont inventé un scénario de reprise économique en V auquel ils font mine de croire pour donner le change.

Comme cette belle fable ne suffit pas, ils ont aussi mis en place la stratégie du « faux cancre » : cela consiste à sous-estimer publiquement les résultats d’une entreprise cotée avant qu’elle ne publie ses trimestriels puis à s’extasier devant sa formidable capacité à triompher d’une conjoncture difficile — conformément aux chiffres « officieux » qui circulent en interne. Avec ce procédé, les bonnes surprises sont garanties dans 75% des cas !

La suite est prévisible. Les non-initiés achètent tandis que les fonds d’investissement qui jouent avec les effets de levier et les instruments dérivés vendent la nouvelle.

Mais tout cela ne pourrait fonctionner avec une telle perfection si les marchés faisaient preuve d’un minimum de sens critique face à ces mouvements haussiers qui défient l’entendement. Ils surpassent même tout ce qui n’a jamais été observé depuis 1929…

… et de l’argent stupide

Là encore, il existe une parade pour tout justifier. Il s’agit d’une montagne d’argent qui dort dans les fonds monétaires et qui s’ennuie sur l’obligataire.

De l’argent stupide qui ne rapporte rien mais qui serait prêt à se ruer en Bourse pour peu que les cours corrigent de 8 ou 10% Et c’est chose faite depuis les 26 et 27 janvier.

De l’argent doublement stupide puisqu’il trouverait judicieux de s’investir à 100 lorsque le seuil des 60 semblait intenable six mois plus tôt. Et avec quelle perspective de gain ? 110, 120, 150%… ?

Qui peut se permettre de rester sur la touche lorsque le VIX est au plancher ?

Il fallait donc balayer cette dernière objection et c’est là que le VIX intervient. Pour faire simple, le VIX est l’indice qui mesure la volatilité du marché.

Mon collègue, Sébastien Duhamel, vous avait expliqué son fonctionnement en détail dans un de ses articles.  Autrement dit, il mesure son niveau de stress et d’appréhension face aux excès, son niveau de peur devant l’incertitude politique et économique.

Et l’analyse du VIX peut se résumer par cette formule : plus les cours grimpent, plus le niveau de confiance augmente et la probabilité d’une poursuite de la hausse se renforce.

Si le marché est cher mais avec des opérateurs « inquiets » c’est que les liquidités l’emportent de peu sur la peur. S’il devient très cher et que son niveau de stress baisse symétriquement, il devient invulnérablement haussier. Le VIX ne ment pas, il ne fait que refléter fidèlement la solidité technique de la tendance.

Graphique du VIX

Et le VIX qui culminait vers 80 au plus fort de la crise (à comparer avec une moyenne historique de 19 et de précédents sommets de crise à peine supérieurs à 30) est repassé fin 2009 sous le seuil des 20 points. Il s’est ensuite enfoncé vers les 19 points le 24 décembre — du jamais vu depuis août 2008. Un véritable cadeau de Noël qui a marqué le coup d’envoi d’une série de nouveaux records successifs à Wall Street et sur l’ensemble des places boursières mondiales jusqu’au 11 janvier.

Le scénario privilégié était une stabilisation du VIX autour des 15/20 points durant de longs mois — fruit d’une harmonisation quasi idéale par rapport aux taux d’intérêt maintenus sur des planchers historiques –, comme cela avait été observé tout au long du 1er semestre 2007.

Le VIX a enregistré une soudaine rechute le 10 janvier de 18 à 16,75, comme si l’ensemble des investisseurs — de tempérament optimiste ou sceptique — était subitement tombé d’accord sur le fait que le risque de correction ne faisait plus partie des hypothèses à court terme.

VIX, tension et suspicion… de bulle

Il n’aura fallu que 24 heures supplémentaires  pour que la volatilité effectue une remontée en flèche vers le seuil des 22… puis s’envole de 40% en cinq séances pour culminer le 25 janvier vers les 28 points.

Au total, le VIX a bondi de 60% en moins de 10 jours avant de rechuter sous les 25 en 48 heures. Nous venons peut-être d’assister à une poussée de stress accidentelle et sans lendemain. Certainement était-elle liée à la crainte de l’établissement de réformes monétaires plus restrictives en Chine puis aux Etats-Unis… et le seuil des 20 sera bientôt rejoint.

Mais si le VIX ne parvenait pas à redescendre sous les 22 points et si la barre des 30 était à nouveau franchie — avec un accroissement durable des volumes de transactions –, nous assisterions à la confirmation d’une inversion de tendance à Wall Street et sur l’ensemble des places européennes et asiatiques. Il ne s’agirait pas d’une consolidation en douceur mais bien de l’éclatement d’une bulle avec l’instauration d’un climat de peur, constituant l’exact symétrique de l’excès de confiance des 10 et 11 janvier dernier.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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