Les indicateurs permettant de mesurer le degré d’aversion au risque

Rédigé le 18 novembre 2011 par | Apprendre la Bourse, Taux & Devises, VIX Imprimer

Comme promis hier, après vous avoir montré les indicateurs de l’intensité de la crise que je surveille, voici les indicateurs de peur sur les marchés. Il y a bien sûr le VIX, que vous connaissez certainement, mais j’utilise deux autres éléments comme vous allez le voir.

Et bien sûr, je vous expliquerai, ce qui vous intéresse le plus : en fonction de tous ces indices, comment gérer votre portefeuille.

1/ Il faut, en premier lieu, surveiller le VIX – l’indice de la peur

Cet indice est le baromètre de volatilité des marchés actions US. D’un point de vue technique, il est calculé en faisant la moyenne des volatilités sur les principaux prix d’exercice des options d’achat (CALLS) et de vente (PUTS) sur l’indice S&P 500.

Plus ce niveau de volatilité est élevé, plus les marchés sont gagnés par la peur, l’aversion au risque et un degré de pessimisme élevé sur différentes thématiques. Ils craignent de mauvais résultats des entreprises (craintes micro-économiques peu impactantes), craintes macro-économiques de récession mondiale ; craintes de risques systémiques (défauts bancaires, défauts souverains…).

Vous pouvez voir sur le graphique ci-dessous que les pics sur l’indice VIX correspondent à des évènements marquants.

Graphique VIX Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

2/ Surveillez le TED spread

Une autre manière d’analyser l’aversion au risque est d’observer le spread entre les taux à 3 mois du marché interbancaire (Libor USD aux Etats-Unis, Euribor 3 mois en zone euro) et le niveau des bons du trésor à 3 mois dans ces mêmes zones (Treasury Bill 3 mois aux Etats-Unis, Bubill 3 mois en Allemagne, BTF 3 mois en France).

On appelle désormais l’écart entre ce taux interbancaire et le taux des bons du Trésor le TED SPREAD (abréviation à l’origine sur le marché US de Treasury et d’Euro Dollar).

Le suivi de cet indicateur de marché est doublement pertinent : plus le spread est élevé comme aujourd’hui, plus cela signifie non seulement que les tensions sur le marché interbancaire sont fortes mais aussi que les investisseurs favorisent les bons du Trésor en tant que valeur refuge.

3/ La performance du secteur bancaire

Eh oui… cela vous semble évident, mais les performances des banques sur les marchés financiers est un indicateur précieux. Cela me permet de « sentir » les craintes des intervenants à plus ou moins long terme. Certes, il y a des sur-réactions, et ce secteur est extrêmement volatil ces temps-ci. Mais justement : une forte volatilité des bancaires joue un peu comme le VIX et nous montre le degré d’aversion au risque des intervenants.

Il faut donc regarder aussi bien leurs cours boursiers (et donc de leurs perspectives de résultats) que le niveau des CDS bancaires (et donc de leurs perspectives de solvabilité).

Conséquences : vers une réallocation d’actifs sur des refuges temporaires

Le suivi de ces paramètres et indicateurs peut permettre, moyennant rigueur et discipline, de prendre des positions de trading et d’investissement opportunistes sur des horizons de temps assez courts (jour, semaine, quinzaine, mois).

Tout écartement du spread Euribor/Swap eonia, du basis swap euros/USD, du Ted Spread ou toute hausse violente du VIX va donc se matérialiser par des comportements de panique et des réallocations temporaires de portefeuilles sur les marchés. Voilà pourquoi nous parlons de refuges temporaires.

  • Sur le marché des changes, le franc suisse (avant l’arrimage à l’euro sur les niveaux de 1,20 depuis le 06/09/2011) et le yen ont tendance, durant ces épisodes, à s’apprécier brutalement.

Ceci est dû à la mémoire des investisseurs qui associent l’aversion au risque au débouclement des carry trade initiés entre 2004 et 2007 au détriment du CHF et du JPY. Rappelez-vous. A l’époque, Jérôme Revillier vous en parlait dans ses articles, l’absence d’aversion au risque conduisait au jeu préféré suivant : emprunts de CHF et de JPY à des taux très bas, ventes de ces devises contre USD et autres devises à haut rendement afin de capter un portage positif immédiat. Le retour de l’aversion au risque a conduit les hedge funds en fortes pertes pratiquant le carry trade à déboucler leurs positions en rachetant massivement à découvert le JPY et le CHF. C’est ce qui s’est violemment passé en 2008 et 2009 et, aujourd’hui, à tort ou à raison, tout regain d’aversion au risque est très souvent synonyme d’appréciation du JPY et du CHF.

C’est un peu absurde car l’on se réfugie sur ces devises uniquement par rapport à des effets de mémoire.

  • Sur le marché des taux US, il n’y a pas que les bons du trésor à court terme qui offrent un « refuge ». Il y a aussi un refuge massif sur les emprunts d’Etat US à long terme avec l’idée sous jacente qu’il s’agit des actifs les plus liquides du monde et donc mobilisables en cas de grave crise de liquidité sur les marchés financiers.

Là encore, nous sommes en pleine absurdité puisque ces investissements en actifs libellés en USD ignorent totalement la faiblesse des fondamentaux de l’économie américaine ou les inquiétudes sur l’état des finances publiques US. On se souvient, par exemple, que le downgrading par S&P de la note US en août 2011 avait provoqué une forte aversion au risque chez les investisseurs du monde entier… Mais au lieu de vendre les emprunts d’Etats US, ils s’étaient au contraire réfugiés sur cette classe d’actifs !

Mais attention, il y aura tôt ou tard des limites à l’investissement en titres d’Etat uniquement pour des raisons liées à l’aversion au risque.

◊ A moyen et long termes : orientez-vous vers ces VRAIS refuges

A plus long terme, il faut s’attendre à des réallocations vers des valeurs refuges durables. Ce sera la revanche des actifs réels (or, matières premières).

D’autre refuges moins surévalués prendront le relais : l’or encore et toujours (malgré son parcours fortement haussier et surtout parce qu’en tant qu’actif réel, il ne peut y avoir de bulle) ; des titres corporate aux fondamentaux solides ; des supports indexés sur l’inflation ; des titrisations cash adossées à des actifs tangibles décotés et bénéficiant d’un regain d’intérêt ; voire des actifs émergents (souverains, corporate, equity).

De manière générale, nous croyons toujours que les actifs réels se vengeront et performeront donc pour de bonnes raisons : monétisation à outrance ; craintes inflationnistes… Surtout que les évolutions économiques dans les marchés émergents finiront par transformer les excès de liquidité en hausses fortes des prix des biens et des services et non plus seulement en hausse des prix de certains actifs financiers ; période prolongée de taux d’intérêt réels négatifs…

De l’autre côté, les perspectives de rentabilité des actifs financiers seront durablement faibles : absence de croissance forte (l’endettement public et privé ne pouvant plus soutenir artificiellement la croissance) ; nécessité de resolvabilisation des Etats et des banques ; phénomènes extra-économiques : aversion au risque et contraintes réglementaires et prudentielles obligeant à sous-pondérer les actifs financiers.

Vous l’avez compris, il va sans doute falloir revoir, dans les prochains temps, l’allocation globale de votre portefeuille.

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

2 commentaires pour “Les indicateurs permettant de mesurer le degré d’aversion au risque”

  1. […] J’ai déjà parlé de ce rejet de l’euro et de la fuite vers le dollar, qui sera considéré comme un actif refuge et le 18 novembre, je vous expliquais justement les moyens de détecter l’aversion au risque, et de trouver les actifs qui seraient considérés comme refuge. […]

  2. […] mesurer le niveau d’intensité de la crise. Je vous avais décrit ces indicateurs les 17 et 18 novembre derniers. Il est toujours aussi important de les suivre et de les comprendre pour savoir […]

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