Ils sont les loups, vous êtes la proie : ne suivez pas le troupeau

Rédigé le 28 mai 2015 par | Cac 40, Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

 

Au moment où vous lirez ce commentaire, les valeurs françaises auront peut-être battu un nouveau record historique absolu. Le marché parisien est revenu, hier en fin d’après-midi, à moins de 0,3% de ses plus hauts du 27 février dernier (5.193 points sur le CAC40).

Aurons-nous une seconde hausse de +2% du CAC40 ce jeudi, une sorte de duplicata de la bouffée d’euphorie de la veille ? Il y a des chances car le CAC40-GR (ou Global Return, dividendes inclus) cotait ce mercredi 12.201Pts vers 17H15 et tutoyait à 0,25% près son record historique absolu des 12.232 du 24 avril dernier. Et sur le CAC40, le brusque débordement des 5.150 points hier a mis fin à l’interminable phase d’oscillations de l’indice entre 5.080 et 5.150 qui durait depuis quasiment 7 séances.

CAC40 Global Return

Comment, avec toutes les stats publiées, les amples fluctuations de l’Euro et du pétrole, l’indice parisien a-t-il pu rester enfermé dans un corridor de seulement 70 points d’amplitude durant plus de 60 heures de cotations ? Qui a maintenu les cours de la sorte et sur la base de quelle(s) information(s) ?

Le citoyen Lambda a eu la surprise de découvrir, le mardi 19 mai, que les membres de la BCE déjeunaient ou dinaient très discrètement avec le gratin du monde de la finance et se fendaient à l’occasion quelques confidences. Rien de très spectaculaire rassurez-vous, juste l’évocation par Benoît Coeuré d’un accroissement du QE de la BCE – certains indices boursiers ont bondi de +3% dès le lendemain, histoire d’engranger quelques dizaines de millions de plus-values dont l’investisseur non initié ne verra pas la couleur.

Mais combien de ces déjeuners « entre soi » ont-ils eu lieu avant que les marchés explosent à la hausse ou subissent un trou d’air ? Ceux qui y assistaient ont-ils fait preuve d’un flair remarquable en achetant ou en vendant au bon moment… ou ont-ils su interpréter les subtiles allusions des grands argentiers entre le café et le cigare ? Je ne suis pas en mesure de trancher… mais je suis souvent bluffé par le flair de certaines banques d’affaires et de patrons de gros hedge funds qui sont toujours dans le bon sens… Mais c’est sûrement parce qu’ils possèdent ce flair légendaire qu’ils sont justement devenus les patrons…

Vous me rétorquerez : « Minute ! c’est typiquement le genre d’assertions sans preuve dont nous abreuvent les complotistes ».

Sauf que des preuves, il y en a (comme l’officialisation de ce dîner du 18 mai à Londres), sans parler d’aveux presque surréalistes de naïveté de certains participants à ces agapes (je préserve délibérément l’anonymat d’un de ces convives qui travaille à 200 mètres de nos bureaux, dans le quartier de l’Opéra) : « des fonds obligataires avaient perdu beaucoup d’argent ces dernières semaines ; cela a fini par inquiéter la BCE, elle a fait ce qu’il fallait pour que les pertes soient enrayées ». 

Traduit en langage Bourse au Quotidien, cela donnerait : « bon, les gars, vous avez un peu trop pris l’habitude de compter sur nous et vous n’étiez pas dans le bon sens ces derniers temps, je vous filer un petit tuyau sympa pour vous refaire, je n’ai pas envie de vous voir faire faillite comme en 2008, cela nuirait à notre crédibilité à tous ».

Et ne me dites pas que la finance de connivence, c’est un fantasme de complotiste aigri, parce que l’un des meilleurs connaisseurs des hautes sphères et invité régulier de BFM-Business le matin, à l’heure de plus grande écoute, a écrit récemment un bouquin dont c’est précisément le titre et qui foisonne d’exemple et d’anecdotes illustrant son propos. Ce qui précède constitue une simple piqûre de rappel pour que vous ne perdiez pas de vue qu’ils sont les loups du système, et que les non initiés sont les proies. Alors, rien de neuf sous le soleil en 2015 ?

Pas exactement : les moutons ne se laissent plus entraîner dans une course folle vers la falaise au pied de laquelle la meute attend que le déjeuner tombe à ses pieds. Pas d’hystérie haussière en Europe ou à Wall Street (nous mettons de côté les biotech et les social networks avec leur PER de 50 et plus)… mais le risque d’éclatement généralisé d’une bulle de valorisation existe bel et bien.

Il faut juste regarder du côté de la Chine où des millions d’épargnants, totalement néophytes pour la plupart, délaissent le poker en ligne pour ouvrir des comptes en bourse chaque semaine depuis fin 2014. Il semble approprié de parler de hausse historique à Shanghai et Shenzhen… surtout dans le sens où, contrairement à 2007/2008, les profits des entreprises chinoises n’ont pas progressé depuis mai 2014.

L’indice SSE aligne 7 séances de hausse consécutives et engrange un gain de +16%.

Avec un test des 4.950 points, le SSE tutoie des hauteurs stratosphériques jamais revues depuis le 21 janvier 2008… et l’objectif des 5.000 est à portée de main.

SSE Pour mieux remettre la récente hausse en perspective, la performance annuelle du SSE dépasse les 52%, le rebond depuis le plancher des 2.280Pts de fin octobre 2014 atteint +116%… sans un Yuan de bénéfice pour justifier cette hystérie spéculative !

La capitalisation des actions chinoises (Shanghai + Shenzhen) vient donc de passer de 57% du PIB il y a 12 mois à très exactement 100% ce jeudi ! Les PER viennent de franchir la barre des 70 (oui, 70 !!!) à Shenzhen et ils pulvérisent les 38 de l’automne 2007 à Shanghai (et je le réitère, sans aucune perspective d’accroissement des bénéfices à la clé).

Les Chinois vendent leur or pour faire de la bourse : c’est probablement ce qui arrange le plus les grands argentiers de Pékin qui ne savaient plus comment accumuler suffisamment de lingots avant la fin de l’été 2015 pour discuter en position de force avec le FMI au sujet de l’intronisation du Yuan comme monnaie de réserve internationale au sein du panier de l’élite des devises baptisé DTS. Car si l’or n’est plus convertible, il est en revanche impossible de prétendre faire partie des devises composant les DTS du FMI sans disposer de quelques milliers de tonnes d’or en garantie.

Lorsque la bulle boursière chinoise explosera, c’est que Pékin aura fini de ratisser l’or des foules imbéciles. Lorsque la bulle boursière chinoise explosera, nos « sherpas » qui devisent discrètement sous les lambris des salons privés n’y pourront rien et se retrouveront comme des imbéciles.

L’heure approche : faites comme la banque centrale chinoise, n’imitez-pas les spéculateurs/suiveurs qui s’abritent depuis juillet 2012 derrière le put Draghi… car sans l’or comme garantie, il ne vaut rien !

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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