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Il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir

Par Philippe Béchade29 Sep 2016

Christine Lagarde est venue commenter en direct, sur CNBC, les dernières prévisions du FMI – qu’elle préside. Le FMI va revoir une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance des Etats-Unis (probablement bien en-deçà des 2%).

Christine Lagarde reconnait que le commerce mondial ralentit depuis 2 ans et ne donne pas signe de redressement.

Mais c’est en partie la faute à la Chine et autres pays émergents qui abandonnent le « tout pour l’exportation » et soutiennent la montée en puissance des Services.

C’est aussi le résultat de la mise en oeuvre de mesures protectionnistes (acier, photovoltaïque, etc.) que la patronne du FMI dénonce, insistant sur le fait que tous les pays doivent renoncer à cette tentation – ce qui constitue une dénonciation à peine voilée du programme économique de Donald Trump.

En ce qui concerne l’Asie, le FMI s’attend à une hausse de +7% du PIB indien et de +6% en Chine alors que Pékin annonçait mercredi matin anticiper une progression de +6,6% de son PIB au T3 et de +6,7% sur 12 mois. Remarquons que l’Inde était créditée d’une croissance potentielle de +8% en début d’année mais qu’une fois déduite une inflation de +6%, cela ne laisse que +2% de hausse nette du PIB (alors que la Chine revendique une inflation de +2,5%, ce qui confère à son PIB un solide +4% net).

Et comment le FMI évalue-t-il la croissance en Europe, et en particulier en Allemagne où l’activité industrielle recule et où la consommation stagne en dépit de 1,3 million de personnes nouvellement implantées sur son territoire depuis 2 ans ?

Alors évidemment, c’est un procédé facile que de répondre à une question par une autre question… Mais tout de même : pourquoi n’entendons-nous aucun gérant, analyste, économiste réviser à la baisse leurs estimations de profits par titres pour la fin 2016 et 2017 ? pour lire la suite

C’est même tout l’inverse depuis début juillet : l’optimisme semble à son comble concernant les entreprises européennes, comme si elles étaient parfaitement immunisées contre le ralentissement mondial. Les opérateurs sont convaincus (ou font semblant de le croire) que la consommation en Europe et aux Etats-Unis constitue la clé de voûte de la future embellie.

Justification : les gouvernements vont participer à la relance via des programmes de grands travaux ambitieux (à coup de creusement des déficits) générateurs d’emplois et de salaires.

Donc, dans une logique d’investissement, il semble logique de privilégier les entreprises des secteurs Matériaux (Saint Gobain, Schneider, Legrand, Lafarge, Nexans…) ou BTP (Eiffage, Vinci, Bouygues, Arcelor-Mittal…) puis ceux de la distribution (Carrefour, Casino, Fnac…) tandis que la perspective d’une accession au pouvoir d’Hillary Clinton invite à se montrer très prudent au vis à vis des groupes pharmaceutiques et des biotechs.

Vous connaissez tout cela par cœur, tous les gérants vous le récitent depuis la rentrée sans consulter leurs fiches : ils savent quoi faire !

Mais…. regardez les cours des valeurs susmentionnées sur 1 mois : pas une seule d’entre elles ne figure dans le Top 10, (ni même le Top 20) des meilleurs performers du SBF-120.

En revanche, si l’on regarde leur performance sur les trois derniers mois (depuis le trou d’air du Brexit), elles sont en bonne position (sauf les titres de la distribution). Autrement dit, « le coup est déjà joué » pour la plupart d’entre elles et certains gérants songent plutôt à les vendre qu’à se renforcer.

Notons par ailleurs que le secteur automobile fait en réalité aussi bien dans l’intervalle, ainsi que les SSII (ingénierie, gestions de projets, infogérance) qui figurent toujours en tête des listes d’achat.

Autrement dit, le marché intègre déjà les scénarios les plus optimistes et non le ralentissement conjoncturel global que la Fed a aussi reconnu implicitement la semaine dernière et que le FMI évoque ouvertement cette semaine.

Les gérants s’efforcent de garder le moral malgré la multiplication des signaux d’alarmes (euphémisme) dans le secteur bancaire et les incertitudes concernant les élections américaines. Mais en réalité, ils ne font rien plus depuis le 14 juillet dernier – l’évaporation des volumes en témoigne quotidiennement.

A partir de ce constat, le principal danger ne provient même plus de la conjoncture (il suffit de se murer dans le déni) mais du fait qu’il sera impossible de sortir du marché si / quand un ou plusieurs sherpas décident(-ront) de ne plus faire semblant de croire que les banques centrales peuvent maintenir tous les actifs en lévitation.

Alors bien sûr, elles vont le faire jusqu’à ce 30 septembre qui marquera la fin du 3ème trimestre. Elles le font à chaque fin de mois et de façon, plus systématique encore à chaque fin de trimestre.

C’est peut-être la dernière occasion d’alléger les portefeuilles avant que la Deutsche Bank et la montée de Donald Trump dans les sondages commencent à devenir des sujets véritablement « désagréables ». Pour rappel, la première échéance sur le sort de la Deutsche Bank est fixée au 30 septembre, et vous devez faire en sorte d’être positionné à l’ouverture des marchés le 3 octobre. Nous reparlerons de la seconde échéance plus tard.

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Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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