L’Ibex 35 : le bull espagnol faiblit sous l’endettement

Rédigé le 11 mars 2010 par | Autres indices Imprimer

Philippe Béchade est de retour sur le Téléphone Rouge* : il analyse pour vous, dès 15h30, les rumeurs, mouvements et retournements de marché et sélectionne les meilleures opportunités ou stratégies pour gérer votre portefeuille.

Quel indice boursier de la Zone euro s’est-il offert une progression de +82% en neuf mois (de mars 2009 au 4 janvier 2010) tandis que la moyenne de la Zone s’établissait autour de +50% (pour l’Eurostoxx 50) ?

Quel indice boursier de la Zone euro peut-il prétendre, en Occident, à une performance comparable à celle du Nasdaq 100 ?

Quel indice boursier de la Zone euro n’a en revanche gagné que 2,5% entre le 30 septembre 2009 et le 11 janvier 2010 tandis que l’Eurostoxx 50 engrangeait +5% ?

De la course haussière à la crise d’asthme

Vous avez certainement deviné qu’il s’agit d’un seul et même indice. Il s’agit de l’Ibex 35, l’indice vedette de la Bourse madrilène. D’ailleurs Sébastien Duhamel vous avait déjà parlé de cet indice en janvier dernier.

L’Ibex 35 a engrangé +78% en l’espace de six mois mais a littéralement stagné sous ses sommets au cours des trois mois suivants.

Ce sont les valeurs bancaires espagnoles qui ont mené le rebond de l’Ibex 35 lorsque les investisseurs se sont aperçus qu’elles ne seraient pas les seules à régler l’ardoise de la plus violente crise immobilière qu’ait connu le Vieux Continent depuis l’effondrement du secteur résidentiel en Angleterre de 1991 à 1994.

L’essentiel de ce fardeau repose en réalité sur les épaules des caisses d’épargne régionales (établissements semi-publics). Ce sont elles, ces dernières, qui assument depuis l’origine l’essentiel du risque hypothécaire, les banques commerciales se contentant de fournir de l’argent aux emprunteurs.

La crise immobilière, cette meurtrière

Une majorité des caisses d’épargne régionales frôlent la banqueroute depuis deux ans. Suite à l’éclatement de la bulle immobilière espagnole, nombre d’entre elles ont été liquidées, d’autres ont dû fusionner en catastrophe.

C’est le cas d’Unicaja, Cajasur puis Unicaja et Caja Jaen en Andalousie (début 2010). Dans le sillage de six caisses d’épargnes catalanes : Tarragona, Catalunya, Caixa Sabadell, Caixa Terrassa et Caixa Manlleu puis, en octobre dernier Manresa. Et ce n’est pas terminé, sur un total de quinze, il ne devra en rester que cinq d’ici la fin du premier semestre 2010.

Les recettes fiscales ne rentrent plus

A chaque fois, l’Etat espagnol a dû réinjecter plusieurs centaines de millions d’euros pour que les nouveaux ensembles ainsi créés n’héritent pas des problèmes financiers de la somme des parties.

A chaque fois, la « mauvaise dette » du secteur semi-privé se retrouve à la charge de la collectivité… mais les recettes fiscales ne rentrent plus avec un chômage supérieur à 25% — il est de 19% selon les chiffres officiels.

Les caisses de l’Etat espagnol sont vides, le déficit public atteint déjà le taux record de 11,4% et flirte avec celui de la Grèce (-12,7%)… et la péninsule Ibérique est plongée dans une récession dont elle ne voit pas la fin.

L’Espagne va devoir lever des fonds en quantité considérable sur le marché des capitaux internationaux. Les besoins en capitaux de la Grèce sont d’ailleurs presque anecdotiques puisqu’ils se comparent à ceux de la seule région catalane.

Existe-t-il un pays, en dehors de l’Angleterre — intouchable du point de vue des agences de notations — qui prête d’avantage le flanc à un abaissement de notation de sa dette souveraine ?

Les inquiétantes variations de l’Ibex 35

Ce n’est certainement pas un hasard si l’Ibex 35 a commencé à consolider dès le 6 janvier (sous 12 222 points) alors que le problème grec commençait tout juste à émerger sur les marchés obligataires — puis des changes — alors qu’à partir du 11 janvier les autres places de la Zone euro culminaient, c’est-à-dire presque une semaine plus tard.

L’Ibex 35 a chuté de 19% (jusque sur le palier des 10 000 points) alors que l’Eurostoxx 50 ne cédait que -12% au maximum.

C’est en revanche l’Ibex 35 qui a matérialisé la figure de retournement la plus évidente en dessinant un splendide « W » haussier entre les 5 et 25 février derniers, lequel se solde par un retracement de 50% de la baisse initiale et le test de la MM50 vers 11 120 points… alors que les indices paneuropéens ont effacé entre 66 et 75% des pertes subies depuis la mi-janvier.

Graphique de l'IBEX

La banqueroute espagnole couve

Mais tout comme l’avenir des places boursières se lisait dans l’évolution des banques de l’automne 2007 au krach final de l’automne 2008, celui de l’Ibex 35 se lit dans le gonflement démesuré et irréversible de l’endettement de l’Etat espagnol.

Et les banques commerciales — celles dont la pondération boursière reste plus que jamais écrasante — se retrouvent désormais en première ligne car cette fois-ci, les particuliers et l’Etat se retrouvent incapables d’assumer le moindre projet d’investissement et apparaissent simultanément insolvables.

Si l’Ibex 35 rechutait sous les 10 000 points, le gap des 8 000 points du 1er avril 2009 ne tarderait pas à être comblé.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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