Halloween financier : des chiffres qui font peur sur les marchés

Rédigé le 30 octobre 2017 par | BCE, Fed, Taux & Devises, Toutes les analyses Imprimer

C’est Halloween. Il semble facile de se faire peur avec des marchés dont la valorisation remporte le challenge de la plus grosse citrouille des 100 dernières années. Ils pèsent plus de 90 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, soit 118% du PIB mondial.

Mais pour atteindre des dimensions pareilles, la citrouille financière a été dopée à l’injection massive d’anabolisants monétaires dans le système financier, la capitalisation globale gonflant de façon totalement coordonnée.

Je ne cesse d’être interpellé depuis la fin de l’été au sujet des réductions de taille du bilan de la Fed et de la BCE : « vous voyez bien que les marchés obéissent à une dynamique qui leur est propre et qu’ils sont portés par une croissance mondiale synchrone, solidement établie, et par des profits à leur zénith ! Il n’y a donc pas de bulle ! »

Je ne cesse de répondre invariablement que si la Fed et le BCE lèvent le pied, la Bank of Japan et la PBoC (Popular Bank of China), elles, continuent de déverser des flots de liquidités. Et loin d’abuser d’exagération, je dois convenir que le terme de tsunami de liquidité peut s’appliquer à la politique monétaire de la PBOC.Halloween citrouille

Alors bien sûr, il ne s’agit pas de « quantitative easing » : la Chine est beaucoup plus libre que la Fed ou la BCE d’arroser des pans entiers de l’économie (le bâtiment, les grands travaux, l’agriculture, les PME puis les plus grandes banques) comme bon lui semble, quand bon lui semble puisque cela n’impactera que très peu la valeur du Yuan et n’abimera pas la note de la dette souveraine chinoise. En effet, les Occidentaux n’en détiennent pas… ou alors indirectement au travers de banques locales avec lesquelles ils se sont associés.

Nous avons déjà indiqué que la PBoC a injecté autant d’argent dans sa propre économie depuis le 1er janvier que l’ensemble des banques centrales occidentales en additionnant leurs programmes d’achats respectifs. Le Fed n’injecte plus, c’est entendu, mais le déficit budgétaire américain s’est creusé de 666 Mds$ cette année, ce qui correspond à autant de dollars imprimés via des émissions de Bons du Trésor. Certes la Fed n’en achète plus, mais cette dette trouve aisément preneur auprès d’entreprises et de banques gorgées de cash et qui peuvent s’adonner avec une parfaite tranquillité d’esprit aux délices du carry trade.  Elles empruntent de l’argent gratuit auprès de la BoJ et de la BCE afin de « faire du portage » de T-Bonds US et capter un rendement de 2,20% (2,40% depuis le 25 octobre).

Alors faisons un rapide calcul : la BCE injecte l’équivalent de 830 Mds$, la banque centrale du Japon l’équivalent de 720 Mds$ (80 000 Mds de Yen), les États-Unis ont déjà créé 666 Mds$ de monnaie-dette (800 Mds$ d’ici le 31 décembre) : cela nous fait au total 2 350 Mds$.

Comparez ce montant aux 77 000 Mds$ du PIB mondial attendu en 2017 : cela représente un peu moins de 3%, en regard d’une croissance qui devrait atteindre 3,6% cette année (d’après les toutes dernières réévaluations).

Tout va bien donc !

Mais attendez, nous oublions plus de la moitié de l’histoire ! Nous n’avons pas compté le tsunami de liquidités que la PBoC a déjà déversé dans l’économie chinoise depuis le 1er janvier ! Le montant donne le vertige, nous avons relu plusieurs fois les chiffres compilés par le site zero hedge : il s’agit de 4 000 Mds$.

Nous avons comparé ce chiffre avec les montants déclarés officiellement tout au long de l’année dans des domaines aussi variés que les avances de trésorerie à l’industrie, les crédits ciblés ou l’abaissement des montants de réserves obligatoires des banques chinoises (qui accroissent mécaniquement leur capacité de prêts de centaines de milliards de Yuan)… et ça concorde assez bien ! Autrement dit, ces 4 000 Mds$, représentent un tiers (oui 33%) du PIB chinois !

Reprenons notre calcul : 2 350 Mds$ + 4 000 Mds$ en Chine = 6 350 Mds$ sortis de nulle part… soit 8,2% du PIB mondial, et de deux fois la croissance de l’activité réelle.

Alors, qui peut continuer de s’extasier béatement sur cette croissance « robuste » et qui aurait appris à marcher sans les béquilles des QE ?

Pour vous donner un peu plus le vertige, avec la flambée de Wall Street vendredi soir (+6% en moyenne), la capitalisation des GAFA (842 Mds$ pour Apple, 710 Mds$ pour Alphabet, 528 Mds$ pour Amazon qui pèse désormais deux fois celle de Wall Mart, et 516 Mds$ pour Facebook) culmine à 2 596 Mds$, soit le PIB de la France… et 140% CAC40 !

La hausse des capitalisations des GAFA devient paraboliques : +33% pour Alphabet, +41% pour Apple, +47% pour Amazon et +55% pour Facebook ! Cela représente environ +1 000 Mds$ de capitalisation supplémentaire depuis le 1er janvier ! Essayez juste de calculer combien il va leur falloir distribuer d’années de bénéfices pour atteindre ce total de 1 trilliards de dollar…

Ah au fait… grâce à ses trimestriels au-delà des prévisions tout au long de l’année 2017, le PER d’Amazon retombe spectaculairement de 260 à 120 pour 2018. Un PER divisé par plus de 2, si ce n’est pas une merveilleuse affaire pour ceux qui veut se positionner ! – A moins que nous nous laissions tenter par un Bitcoin à 6 300$ (environ 6 actions Amazon). Au moins, il n’y a pas de PER qui puisse donner le vertige… Et si ça se trouve, Amazon accepte les Bitcoin pour toute commande de déguisements d’Halloween.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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