En cas de guerre mondiale des devises, les Japonais s’enfuient à l’étranger

Rédigé le 4 février 2013 par | Apprendre la Bourse Imprimer

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Le Japon a tout bon !
C’est le jugement le plus répandu parmi les économistes qui s’expriment dans la presse et les médias économiques ces derniers jours. Le Japon était handicapé par une devise trop forte depuis 2010 et voyait son commerce extérieur sombrer face à la Corée du Sud et aux émergents d’Asie du sud-est, alors les « Abe-nomics » (par référence aux « Reaganomics » des années 80) viennent de restaurer la compétitivité du pays en moins de deux mois.

Le yen a été dévalué de 23,5% en 10 semaines… et ce n’est probablement pas terminé car l’objectif implicite se situe entre 30% et 33%. Applaudissons l’efficacité du nouveau Premier ministre et la rapidité d’exécution une fois que la Banque centrale nippone a fait sien l’objectif des 2% d’inflation.

Mais qui s’émeut un seul instant de la perte symétrique de compétitivité des produits allemands qui boxent dans la même catégorie (chimie, machines-outils, automobile) à l’échelle mondiale et en particulier aux Etats-Unis ?

Et que dire des exportations en provenance des pays d’Europe du sud, réputées moins attractives aux yeux des acheteurs internationaux ? Il a fallu trois ans pour que les salaires chutent de 20% à 25% en Espagne dans l’industrie (l’Espagne est ainsi redevenue concurrentielle au prix d’une désintégration et d’un grand bond en arrière social sans précédent)… et il faut moins de trois mois aux Japonais pour rattraper leur retard, de façon indolore, sans amputer les revenus et sans supprimer un seul emploi.

Dévaluer… c’est bien entendu une stratégie que l’Europe s’interdit de mettre en oeuvre
C’est ce qui conduit l’économiste en chef de la banque Goldman Sachs, Huw Pill, à recommander à François Hollande de conduire en France une réduction de 33% des salaires… tout en reconnaissant que cette stratégie ne sera pas facile à imposer dans l’Hexagone.

Vu le plongeon du yen qui avantage surtout les entreprises nippones en concurrence frontale avec leurs rivales germaniques, Angela Merkel ferait bien de se mettre rapidement en contact avec Huw Pill afin d’évaluer de combien devrait être abaissé le coût du travail en Allemagne.

Compte tenu de la chute de 1,7% de la consommation outre-Rhin au mois de décembre (joyeuses fêtes, amis germains !) et le plongeon de 4,7% sur l’ensemble de l’année 2012, le serrage de ceinture nécessaire en 2013 pour contrer l’offensive nippone va ressembler à un véritable jeu de massacre. En fait, les ceintures de pantalon vont pouvoir être remplacées par des bracelets de montre, cela va déjà permettre de faire pas mal d’économie sur la consommation de cuir !

Quels avantages réels le Japon peut-il tirer de l’effondrement du yen ?
Il s’agit selon nous d’un fusil à un seul coup. Cela favorise en effet une grande opération de déstockage… mais d’ici quelques mois, la hausse de prix des matières premières (100% du pétrole, du gaz, des métaux rares proviennent de l’étranger) et la hausse des salaires (pour compenser l’inflation importée) vont progressivement obérer les avantages de la dévaluation compétitive.

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Au bout du compte, le Japon va peut-être effectivement atteindre son objectif d’inflation — mais il va créer un choc déflationniste chez les concurrents et accroître la valeur des actifs détenus par les Japonais à l’étranger. Dès que le yen aura fini de chuter, l’inversion du mécanisme de carry trade provoquera un rapatriement de capitaux et potentiellement un repli technique des indices boursiers (c’est ce qu’illustre notre titre en forme de boutade).

Ce qu’il faut en déduire pour le Nikkei
S’il est difficile d’apprécier dans quelle mesure la stratégie de Shinzo Abe va doper durablement l’économie nippone, le Premier ministre peut déjà se vanter d’avoir provoqué une flambée sans précédent — et sans équivalent — de la Bourse de Tokyo : +30% environ en à peine plus de deux mois. Et le gain mensuel de 7,2% constaté le 31 janvier constitue tout simplement la meilleure performance mensuelle depuis très exactement 15 ans.

Les 12 semaines de hausse consécutives observées depuis la mi-novembre constituent la plus longue série haussière de l’histoire. C’est très révélateur d’un changement de fonctionnement du marché japonais (les Bourses de Tokyo et Osaka se sont récemment dotées de plateformes de transactions permettant de pratiquer le « high frequency trading » tout comme à Londres ou New York) dont toute psychologie semble avoir été purgée par l’ultra-robotisation des transactions boursières.

Faute de la moindre consolidation intermédiaire depuis la mi-novembre, certains oscillateurs hebdomadaires ont atteint des niveaux de record absolu. Sans précédent historique, il devient difficile de prédire quelle forme prendra la correction, quel pourcentage de la hausse sera effacé et combien de gaps seront comblés ces prochaines semaines.

En tout cas, ces gaps risquent en cas de retournement de tendance d’exercer une « force de rappel » plus ou moins intense en fonction de la rapidité des dégagements et de la fréquence des déclenchements de stops à la baisse.

A court terme, si le Nikkei plafonne sous les records de mi-avril 2010 (11 275 points), l’indice devrait s’en aller combler le gap des 10 230 points du 26 décembre 2012. Il devrait ensuite refermer ceux ouverts coup sur coup les 12 et 14 décembre au-dessus de 9 775 puis 9 606 (ce dernier constituant un gap majeur).

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “En cas de guerre mondiale des devises, les Japonais s’enfuient à l’étranger”

  1. L’indice Nikkei à casse son plafond d’avril 2010… où va s’arrêter cette folie?

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