Guerre des banques centrales : attention aux remous !

Rédigé le 31 juillet 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Janet Yellen s’est montrée des plus dynamiques la semaine passée lors de son discours devant les sénateurs américains. Elle a de nouveau insisté sur la probabilité d’une remonté de taux avant la fin de l’année. Or, le consensus table désormais sur une hausse en début d’année afin de laisser l’économie américaine confirmer sa reprise.

Les minutes de la FED de ce mercredi ont renforcé l’attente de cette hausse de taux.

Dans tous les cas, les US se rapprochent inexorablement du resserrement monétaire. Janet Yellen ne pourra pas attendre plus longtemps au risque de perdre ce qui est le plus cher en ce moment : sa crédibilité et donc la confiance des marchés.

En Grande Bretagne aussi, la hausse de taux est sur toutes les lèvres. Et si le dernier comité monétaire a maintenu la politique accommodante intacte, les propos du gouverneur de la Bank of England, Carney – qui estime, que le moment de la hausse de taux approchait – ont entretenu la force de la Livre Sterling.

La politique monétaire reste donc bien le thème de préoccupation majeur des marchés et donnent lieu à de nombreux ajustements violents ces dernières semaines.

La banque centrale canadienne a de nouveau baissé son taux directeur et envoyé le dollar canadien à un plus-bas de 11 ans (vous avez bien lu) face au billet vert.

En Nouvelle-Zélande, c’est également une baisse de taux qui a animé les échanges. En descendant à 3%, la RBNZ (la Reserve Bank of New Zealand) marque sa volonté de voir le dollar néo-zélandais revenir sur des zones plus « normales ». Il faut dire qu’après avoir profité du boum des matières premières, la Nouvelle-Zélande se trouve dans une passe délicate. Entre ralentissement chinois, scandales, baisse des prix dans le secteur du lait – un des moteurs de l’économie – et tassement des matières premières, les astres ne sont plus du tout alignés pour les antipodes.

De même l’Australie voit ses statistiques se détériorer. Le gouverneur Stevens de la RBA (Reserve Bank of Australia) a, lui aussi, répété à qui voulait bien l’entendre que le dollar australien était surévalué. Toutefois après une série de baisse du taux directeur à un niveau historique, la marge de manœuvre est étroite et l’inflation australienne pourrait limiter les nouvelles décisions. En effet les données du mois de juin montrent une belle tenue des prix avec une hausse de 0,7%, à croiser avec les récents bons chiffres de l’emploi publiés en ce début de mois… le début d’une reprise ? Encore un peu tôt pour le dire.

Au Japon, au contraire, la banque centrale a toute les peines du monde à faire remonter les prix. Le gouvernement a de nouveau revu à la baisse ses prévisions d’inflation à 0,6% contre …les 1.4% attendus en 2015. Le quantitative easing n’était décidément pas la bonne recette ! Le yen, très affaibli, a pourtant montré des signes de force, dopé par un retour de l’aversion au risque et par l’approche de zones de prix très hautes jugées dangereuses pour l’économie japonaise.

Enfin, en Zone Euro, il semble que l’on soit enfin parvenu à un nouveau plan d’aide. rien n’est encore réglé, le dossier devrait revenir rapidement, on se préoccupera alors sans doute des élections anticipées.

Sur le marché des changes, la Livre Sterling et le Dollar restent en tête !

Maintenant, qu’est-ce que cette guerre monétaire veut dire, concrètement ?

Pour investir sur le Forex, il n’y a qu’une chose à garder en tête. Les devises évoluent en fonction de l’anticipation des divergences de politiques monétaires.

Comprenez : le différentiel de taux directeur est important mais c’est surtout le différentiel « anticipé » par les marchés dans le futur qui fait la loi.

Si vous voulez réviser un peu vos notions de politique monétaire, j’écrivais déjà sur le sujet en février (rien n’a vraiment bougé depuis …) : Guerre des devises : Reprise des combats.(Ndlr : Et si vous voulez en profiter concrètement, nous avons un spécialiste des Guerres des Devises : Jim Rickards. Je vous laisse découvrir son système « IMPACT »)

Comme vous l’aurez compris, c’est essentiellement du côté des antipodes que les choses ont bougé avec un dollar australien en difficulté comme son homologue néo-zélandais. Malgré des signes de résilience en début de semaine, le billet vert a imposé sa loi.

L’euro, lui, a résisté un peu mieux malgré le test de la zone des 1,0800 montrant qu’il en faudrait un peu plus pour l’envoyer plus bas. Il faut dire qu’il n’y a rien à noter de neuf dans le discours de Mario Draghi, et la gestion de la crise grecque a plutôt bien soutenue la devise européenne.

Le yen était mon pari de la semaine pour une hausse. Il aura fallu attendre ce vendredi pour voir la devise nipponne s’apprécier et illustrer le retour de l’aversion au risque sur les places actions.

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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