La guerre commerciale des Etats-Unis contre la Chine risque de déboucher sur un conflit armé

Rédigé le 5 février 2018 par | A la une, Analyses indices Imprimer

Vendredi dernier, nous avons observé, sur un siècle, des schémas récurrents entre guerre commerciale / guerre des devises. Aujourd’hui, les Etats-Unis ont de nouveau tiré le premier coup qui entame une nouvelle ère de guerre économique et monétaire avec la Chine.

Voyons d’où elle vient.

Obama a initié une guerre des devises en 2010

Guerre commerciale USA/ChineUne guerre des devises avait été déclarée par le président Obama, lors de son discours sur l’état de l’Union de janvier 2010 dans lequel il défendait les exportations américaines. Une fois de plus, c’était en réaction aux conditions d’endettement élevé et à la faible croissance résultant de la crise financière de 2009. Y compris la grave récession qui s’était prolongée de 2007 à 2009.

Comme l’ère des taux de change fixes avait pris fin en 1973, cette nouvelle guerre des devises n’a pas donné lieu aux opérations de dévaluation d’usage, mais à des opérations de manipulation de type « œil pour œil, dent pour dent », via les politiques des banques centrales.

Les guerres des devises posent un problème : on ne remporte l’avantage que temporairement. Il est rapidement gommé par les ripostes. Non seulement le monde ne s’en porte pas mieux, mais il s’en porte plus mal en raison des coûts et de l’incertitude résultant de la manipulation des devises. Au bout du compte, le monde admet cette réalité et évolue alors vers le stade de la guerre commerciale.

Puisque la Chine n’aide pas dans le dossier Corée du Nord, Trump ouvre les hostilités

Les Etats-Unis viennent juste d’enregistrer le plus vaste déficit commercial bilatéral avec la Chine. Trump était impatient d’affronter la Chine sur ses pratiques commerciales, mais il a temporisé car il souhaitait obtenir sa coopération sur le dossier de l’armement nucléaire nord-coréen.

La Chine a fait semblant d’accepter de coopérer sur le dossier nord-coréen. Mais quoi qu’elle ait fait, cela n’a pas empêché la Corée du Nord de poursuivre son programme de missiles balistiques intercontinentaux et de bombes à hydrogène capables de toucher certaines villes américaines. Désormais, Trump est prêt à se lancer seul contre la Corée du Nord, avec des moyens militaires si nécessaire. Il a donc les mains libres pour affronter la Chine sur le front commercial.

Trump est entouré d’une « Troika commerciale » dite « hawkish » (inflexibles), composée de Robert Lighthizer (représentant au commerce), de Wilbur Ross Junior (Secrétaire au commerce) et de Peter Navarro (conseiller au commerce à la Maison-Blanche). Tous trois insistent pour que le président Trump impose un ensemble de tarifs douaniers à la Chine, notamment sur l’acier, l’aluminium, les machines à laver, les panneaux solaires et le détournement de propriété intellectuelle.

Face à cette Troika commerciale, se trouvent ses opposants « dovish » (accommodants) : Gary Cohn, conseiller économique, John F. Kelly, chef de cabinet, Rex Tillerson, secrétaire d’État, ainsi que les P-DG de grandes entreprises telles que Boeing, Apple et General Motors, qui tirent toutes énormément de profits de leurs activités en Chine.

Ces « hawk » et ces « doves » se sont battus au point de tout paralyser, en 2017, en prenant leurs rêves pour des réalités concernant l’aide que la Chine était censée apporter sur le dossier nord-coréen, et l’importance d’afficher un front uni pour faire passer la loi sur la fiscalité. Maintenant que les espoirs fondés sur la Chine se sont envolés, et que la loi sur la fiscalité est passée, l’agenda commercial revient sur le devant de la scène.

Nous ne sommes pas dans une situation où le problème va être reporté à plus tard. Trump est face à des échéances incontournables portant sur certaines décisions clés.

Il s’agit notamment des échéances réglementaires de fin janvier et début février concernant l’instauration de restrictions d’importation relatives aux panneaux solaires et aux machines à laver. Et c’est le 30 janvier qu’a lieu le discours de Trump sur l’état de l’Union.

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette guerre commerciale a débuté le 22 janvier et s’intensifiera au cours des deux prochaines semaines.

Une guerre commerciale mondiale

Il y a une grande différence entre la confrontation actuelle avec la Chine et la confrontation des années 1980 avec le Japon. La Chine dispose d’un levier bien plus important que le Japon n’en a jamais eu. La Chine est également dans une posture plus antagoniste envers les Etats-Unis que le Japon à l’époque. Ces réalités signifient que la Chine ne va pas obtempérer, mais qu’elle ripostera à chaque mesure prise par les Etats-Unis.

Une rumeur a laissé entendre, récemment, que la Banque populaire de Chine envisagerait de revoir la répartition de ses réserves en réduisant ses achats de Bons du Trésor américains. Il ne faut pas le prendre comme une menace immédiate, mais plutôt comme un coup de semonce signalant de quelle façon la Chine pourrait riposter aux barrières douanières américaines ou autres sanctions commerciales.

Il est vrai que la Chine est le principal détenteur étranger de Bons du Trésor américain et que les décisions qu’elle prend concernant la répartition de ses actifs influence grandement le cours de ces actifs – donc notamment des Bons du Trésor et les devises. Mais la réalité n’est pas si sombre. Le portefeuille de Bons du Trésor américain détenu par la Chine est constant depuis 3 ans, environ. La Chine prend ses distances avec les Bons du Trésor américain depuis des années, en augmentant notamment ses positions en or, capital-investissement, hedge funds et obligations souveraines de grande qualité libellées en euro.

La Chine ne va pas se débarrasser massivement de ses Bons du Trésor, même si elle en achète peut-être moins à l’avenir.

Cette nouvelle guerre commerciale va aller très vite et l’économie mondiale en sera une victime collatérale.

Les marchés n’y sont pas préparés mais vous, vous pouvez le faire dès maintenant. C’est le moment idéal pour encaisser les gains réalisés sur vos actions, augmenter votre compartiment de liquidités pour réduire la volatilité, et augmenter vos positions sur l’or en tant que valeur refuge.

Espérons que les conflits armés ne déferlent pas sur les talons de cette prochaine guerre commerciale.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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