Grèce : les marchés espèrent le pire

Rédigé le 18 décembre 2014 par | Toutes les analyses Imprimer

Le premier tour du scrutin présidentiel en Grèce, c’était l’événement le plus attendu en Europe ce mercredi (aux Etats-Unis, les investisseurs se souciaient surtout la teneur du vocabulaire du communiqué final de la FED).

Le résultat du premier tour constitue clairement une déception pour la coalition au pouvoir : le Président en exercice (Mr Dimas) n’obtient que 160 voix sur 200 alors que le Pasok et Nea Dimokratia font tout juste le plein de leurs voix et n’en recueillent que 5 en provenance d’une autre formation minoritaire associée au gouvernement. La coalition au pouvoir espérait atteindre 170 votes car lors du troisième et dernier tour, le 29 décembre prochain, il n’en aurait fallu que 180 pour obtenir une réélection de Mr Dimas.

Le Parlement grec est sous pression après l’appel de Mr J.C. Juncker (le Président de la Commission Européenne) à « ne pas se tromper de vote » – ce qui constitue une ingérence flagrante dans les affaires de politique intérieure grecque. Mais tout le monde sait bien que les enjeux sont européens et que la victoire du parti d’opposition de gauche (ultra-gauche ?) baptisé Syrisa lors de prochaines législatives (ce qui ne suffira pas, il lui faudra former une nouvelle coalition) enverrait signal fort à caractère « anti-austérité » aux autorités de Bruxelles, aux conseillers du FMI… et cela pourrait constituer un puissant encouragement pour les mouvements eurosceptiques ou qui visent carrément à orchestrer un démantèlement de la zone Euro.

Même si les marchés ont démontré depuis mardi qu’ils se contrefichent en réalité des turpitudes politiques en Grèce (la BCE passe un coup de fil et l’Euro-Stoxx50 reprend +4% en 2 heures), n’oublions pas que la Grèce, c’est un peu le laboratoire, ou plutôt une sorte d’éclaireur de toutes les incohérences techniques et des difficultés quasi insolubles rencontrées par la zone Euro. Les problèmes surgissent en Grèce mais ce sont les autres pays européens qui se crêpent le chignon et font l’étalage de leurs différences culturelles et divergences stratégiques. Oui la Grèce constitue bien un révélateur de ce que l’Europe pouvait produire de plus frustrant, de plus bancal, de plus ubuesque.

Mais en cas de bouleversement politique, la Grèce pourrait constituer la meilleure excuse qu’attend Mario Draghi pour passer outres les objections de la Bundesbank et accomplir ce dont les marchés rêvent depuis la mi-juillet 2012 : mettre en marche la planche à billet et imprimer 1 000 Mds€ d’ici 18 mois… et pourquoi pas 2 000 ou même 10 000 Mds€ d’ici 2020 ! Autrement, la Grèce pourrait être ce « pire » que les marchés considèrent comme le « meilleur » : une cataracte de morphine monétaire quasi éternelle pour oublier à quel point l’EuroZone est mal fichue et s’enfonce dans une impasse…

Et c’est ce qui fait dire à de nombreux optimistes qui se relayent dans les médias pour dévoiler leurs prévisions que 2015 sera l’année de l’Europe – ou plus précisément celle de la BCE. Oui, notre banque centrale secouera sa corne d’abondance au-dessus de la tête des marchés, faisant pleuvoir l’or et les plus-values.

Et cette vision idyllique de l’action de la BCE se révèle pertinente : les stratèges des hedge funds les plus offensifs n’hésitent pas à jouer les emprunts périphériques et les banques. Un choix évident puisque les banques sont carrément sous le déversoir de la « corne d’abondance » de la BCE. Fini les risques d’insolvabilité des émetteurs périphériques !

Alors, vous êtes prêts à jouer à fond le Crédit Agricole, la Société Générale (qui aura résolu ses problèmes russes d’ici là), BNP-Paribas,  ou pourquoi pas la Deutsche Bank avec ses 55 000 Mds€ d’encours sur les dérivés (20 fois le PIB de l’Allemagne, mais rassurez-vous, tout va bien se passer).

Mais d’où vient-il que je suis saisi d’un doute ?

Comment expliquer qu’avec un tel avenir radieux, Crédit Agricole ou Sté Générale évoluent maintenant au contact des planchers de la mi-octobre, voire un peu en-dessous ? Les initiés sauraient-ils quelque chose qu’ils ont bien l’intention de nous cacher le plus longtemps possible ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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