Le lion, le couillon et l’ornithorynque

Rédigé le 20 novembre 2013 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

Chassez le naturel, il revient au goulot.

Coup sur coup, en octobre, le monde a découvert que les vendanges avaient été mauvaises dans le Bordelais et que nous approchions d’un "pic viticole", selon Morgan Stanley. L’idée est bien sûr qu’une production en baisse et une demande en hausse – notamment dans les pays émergents – provoqueraient une envolée des prix du précieux nectar bordelais ou bourguignon.

A supposer qu’elle se confirme, cette mauvaise nouvelle pour l’amateur de vin est probablement positive pour l’investisseur qui veut diversifier son portefeuille. Est-il possible de faire de l’or avec du vin ? La recherche académique apporte son verre à l’édifice. C’est ma tournée !

"J’ai retiré plus de choses de l’alcool que l’alcool ne m’en a retirées", disait Churchill, qui attribuait sa vitalité à la bibine (et au sport : "Jamais de sport !"). Tel le grand Winston, l’investisseur peut également tirer des choses du vin, en particulier de la performance financière. Par exemple près de 7% de surperformance par année par rapport au marché actions, comme nous le verrons plus loin.

Rouge ou blanc, pas d’importance : la recherche académique explique comment bien investir dans le jus de raisin fermenté aux multiples vertus. "L’alcool a tué tous mes globules blancs, disait encore Churchill, si bien qu’il ne me reste que les rouges" (les globules).

Actif tangible comme l’or, les matières premières ou les oeuvres d’art, le vin semble donc a priori rassurant, à l’abri de la volatilité des marchés. Vos bouteilles – c’est-à-dire votre capital – ne vont pas disparaître, à part peut-être si vous les stockez à la maison et que vous cédez à l’envoutante tentation d’un splendide Chambertin Clos de Beze Grand Cru 2011 – ce qui est humain après tout.

Le lion, le couillon et l’ornithorynque

Les grands crus constitueraient une classe d’actifs à 10 milliards de dollars, en valeur des stocks, même si la crise européenne a quelque peu ralenti les ardeurs. L’instabilité des marchés financiers ces dernières années explique probablement cet engouement. Ou alors c’est le miracle du marketing, comme l’illustre cette petite anecdote personnelle.

Du temps où j’étais journaliste financier, j’avais assisté à la présentation d’un fonds de placement sur le vin. L’invitation mentionnant les grands crus servis au cours du déjeuner, la salle était pleine à craquer. La générosité du gérant lors de l’apéritif (au champagne, of course) puis à table avait généré un pic d’enthousiasme pour son scénario d’investissement. Jusqu’à que l’excitation retombe et que pas mal de convives se mettent à piquer du nez sur leur dessert. J’ignore combien d’entre eux avaient finalement investi. C’est le problème des idées sorties d’une bonne bouteille : malgré l’enthousiasme qu’elles génèrent initialement, elles se révèlent rarement étincelantes sur la durée. Comme disent les Italiens, avec l’alcool, le soir tu es un lion et le matin, un couillon.

D’ailleurs, de récentes découvertes scientifiques montrent que c’est après un gros excès de whisky que Dieu aurait inventé l’ornithorynque. Mais rassurez-vous : le placement d’une partie de vos économies dans le vin ne produirait pas forcément un résultat aussi improbable que l’aimable petit mammifère australien affublé d’un bec de canard. La recherche académique le prouve.

Pas de vin petit ni de cuite mesquine

Au risque de froisser certains lecteurs français – en tant que Suisse, ça m’amuse –, je vous présente une étude basée sur des vins de chez moi. Oui, les vins helvétiques existent et certains sont même de haute qualité, remportant régulièrement des médailles lors de concours à l’aveugle. Mais comme la production de notre petit pays est limitée, nous nous gardons nos trésors embouteillés. Je précise ce point pour ceux qui croiraient que les Suisses sont des pignoufs qui ont le vin petit et la cuite mesquine, comme disait Gabin dans "Un singe en hiver".

Bref, l’article* s’intéresse à l’évolution des cours de vins fins, sur la base d’une vaste base de données couvrant la période allant de mars 2002 à décembre 2011. Les auteurs constatent que les premiers crus de croissance surperforment l’indice du marché actions suisse de 6,6% par an en moyenne, et de beaucoup plus après conversion des prix en euros et en comparaison de ceux-ci avec l’EuroStoxx 50.

Divers indicateurs de risque montrent que les vins constituent, par ailleurs, une classe d’actifs globalement moins risquée que les actions.

Une autre étude* des mêmes auteurs confirme que l’addition de vins à un portefeuille en tant que classe d’actifs distincte est avantageuse pour les investisseurs privés. L’équilibrage d’un portefeuille avec de grands crus permet notamment d’obtenir un rendement supplémentaire tout en réduisant la volatilité ; les crus et millésimes les plus prestigieux surperforment l’indice général des vins (ou GWI pour General Wine Index) sur la totalité de la période étudiée (1996-2009).

Le Bordeaux rapporte 4,1% par an

Enfin, une troisième recherche* approfondit la question sous un angle qui terrifie les coquettes, mais fait rêver les amateurs de vin : l’effet de l’âge. En se basant sur cinq grands vins de Bordeaux, les auteurs ont déterminé que les vins qui prenaient le plus de valeur en vieillissant sont ceux de plus haute qualité qui ont été achetés alors que leur maturation n’était pas achevée. Un résultat qui ne devrait surprendre personne.

Plus intéressante, l’étude montre qu’après les frais d’assurance et de stockage, les investissements dans le vin ont rapporté 4,1% en termes réels entre 1990 et 2012. C’est-à-dire moins que les actions, mais davantage que les obligations souveraines, l’art et les timbres. Dernier enseignement : le vin et les actions sont corrélés positivement (quand les marchés actions bougent dans un sens, le vin suit la tendance). Les plus attentifs d’entre vous auront noté que les vins suisses rapportent davantage…

Le vin, c’est de l’or

Il semble donc possible de transformer du vin en or. Je dirais même plus : le vin, c’est de l’or. Si vous avez investi dans du vin, vous détenez de l’or. Le raisonnement peut vous paraître tout droit sorti d’un comptoir de bistrot après une bonne douzaine de tournées, mais non : le vin et l’or sont positivement corrélés.

indice Liv-ex Fine Wine 100

Depuis le début des années 2000, l’once d’or et l’indice Liv-ex Fine Wine 100 (qui suit l’évolution des cours de 100 vins parmi les plus recherchés au monde) ont connu une hausse parallèle, puis touché un pic pratiquement en même temps (à l’été 2011) avant de perdre tous deux environ 30% depuis. Moralité : les déçus de l’or qui voudraient se refaire avec du vin n’attraperont qu’une gueule de bois.

Enfin, le vin expose au risque d’investir avec ses émotions. L’investisseur potentiel devrait se poser la question suivante : est-il attiré par le vin comme classe d’actifs pour gagner de l’argent ou pour le plaisir de posséder quelque chose qu’il apprécie et qui pourrait prendre de la valeur ?

Pour la première catégorie d’investisseur, j’ai aussi une solution qui peut vous rapporter de l’argent : la solution s’appelle ORION, et garantit un gain minimum de 50% en cinq ans.

Pour les investisseurs qui aiment les bonnes bouteilles, je vous rappelle les dangers financiers d’allier l’utile à l’agréable, en citant un grand expert du genre. George Best, l’ancien footballeur star de Manchester United, reconnaissait ainsi, avec plein de sagesse : "J’ai dépensé beaucoup d’argent en alcool, en filles et en voitures de sport. Le reste, je l’ai gaspillé".

 

*Toutes les études mentionnées dans cet article, et bien d’autres encore, peuvent être consultées en vous enregistrant sur notre page spéciale Publications Agora.

 

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sylvainfrochaux
Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

4 commentaires pour “Le lion, le couillon et l’ornithorynque”

  1. Investments in Bordeaux wine reported only 4.1% in real terms between 1990 and 2012 http://t.co/e02xFQUiJr (in french) #wine

  2. « le vin c’est de l’or » Bordeaux rapporte 4,1% par an…#makemoney http://t.co/YN2hVmGm8t

  3. Le lion, le couillon et l’ornithorynque (ça parle de vin) http://t.co/MvfB7qTQS0

  4. Le #vin c’est rouge, blanc, rose et de l’or @Oenovino_: Le lion, le couillon et l’ornithorynque http://t.co/4mM6SVGnEv« 

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