Matières premières, quelles perspectives quant à la frénésie haussière ?

Rédigé le 5 mars 2010 par | Matières Premières Imprimer

Ces deux dernières années, les matières premières ont enregistré une forte poussée haussière, l’or comme le pétrole ont atteint des niveaux record. Aujourd’hui je souhaite revenir sur cette hausse afin de vous faire un petit point à la fois sur le marché des matières premières et sur la manière de les traiter grâce aux options.

Donc rapidement et avant toute chose revenons sur ce qu’est une option. Pour faire simple, une option vous permet d’acheter ou de vendre action, indice, devise ou tout autre support (appelé sous-jacent) à un prix défini jusqu’à une date définie. Simple d’usage, les options offrent donc à leur détenteur le droit — et non l’obligation — d’acheter ou de vendre un actif sous-jacent coté sur un marché financier à prix fixé à l’avance et pendant une période donnée.

Pour vous illustrer cela de manière concrète je vais reprendre l’exemple que j’ai donné dans une interview : « Les agriculteurs ont besoin de se protéger contre les tempêtes ou les maladies ; les producteurs de pétrole ont une nécessité vitale de se « couvrir » contre les violentes variations des cours de celui-ci pour avoir la garantie de vendre leur production à un prix déterminé à l’avance. Si le pétrole est à 75$ le baril aujourd’hui, un producteur de pétrole achètera une option de vente à 65$ par exemple. Et quelqu’un doit bien prendre le risque de lui vendre cette assurance qui n’est — ni plus ni moins — que la garantie de revendre son stock de pétrole à 65$ le baril quel que soit le cours réel de celui-ci. » Et c’est là que j’interviens en tant que trader sur option.

De part ce métier et travaillant avec la Bourse de Chicago, j’ai été sollicité pour répondre à une interview de Emilio Tomasini pour LombardReport portant sur le rôle des options sur les matières premières afin d’expliquer comment les professionnels les utilisent sur le pétrole, l’or le café et les autres produits.

E.T. : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi les prix des matières premières se sont envolés ces dernières années ?

Avec un taux d’intérêt proche de zéro, les institutions ont bon compte d’utiliser leur argent pour le faire fructifier. Si vous analysez les hausses des actions, de l’or ou du pétrole, toutes sont étroitement corrélées avec les taux d’intérêt qui ont été — et sont encore — extrêmement bas. Cette hausse des matières premières devrait s’arrêter en 2010 car tout l’argent (ou presque) des institutions financières a été déversé sur ces produits de base. Cette année sera d’ailleurs une année difficile pour tous les marchés à cause du taux de chômage élevé.

E.T. : Quelles seront les meilleures matières premières à traiter à long terme selon vous ?

Si on se base sur l’offre réelle et la demande réelle, on ne peut ignorer le fait que les classes moyennes en Chine et en Inde sont en plein essor. Avec une forte croissance pour les pays émergents, les fondamentaux pour les produits alimentaires tels le sucre et le cacao sont exceptionnels. A chaque fois qu’une population s’enrichit, la demande sur le sucre et le cacao augmente, en revanche cela devrait être le contraire pour le café car ni la Chine, ni l’Inde n’ont l’intention d’en consommer — à moins que nous arrivions à les faire changer de goût sur les excellentes vertus d’un espresso…

E.T. : Comment faites-vous pour tirer profit de vos analyses ?

J’investis et la meilleure façon d’investir est de le faire avec mon propre argent. Le plus important pour rester en vie sur les marchés est probablement d’arriver à gérer son portefeuille sans émotions. Les matières premières ont des cycles saisonniers et sont soumises à la stricte loi de l’offre et de la demande, donc en repérant les mouvements historiques « habituels » du blé ou du pétrole on peut investir à moindre risque de façon plus ou moins directionnelle. Vous obtenez d’excellents résultats de cette analyse cyclique : par exemple, si vous aviez investi sur le gaz naturel chaque année au mois de mars, durant les 15 dernières années, vous auriez gagné à chaque fois.

E.T. : Vous traitez essentiellement sur options, n’est-ce pas un peu risqué ?

J’essaie de ne pas tenir compte de l’évolution des cours des matières premières, ce qui est difficile à comprendre, mais croyez-moi, quand ce sont les traders de Chicago qui vous apprennent comment profiter des marchés agricoles car depuis 1848 ils font la même chose, il y a de quoi se poser des questions… Mais au final, ils font tous de l’argent en protégeant les risques des producteurs et agriculteurs, c’est du gagnant-gagnant !

Je prends des positions conservatrices dans lesquelles les fluctuations des cours interviennent peu, et ceci afin d’éviter les mauvaises surprises dues à la volatilité inhérente des marchés. L’année dernière, j’ai pu réaliser +51% de retour sur investissement sur un an.

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Romain De La Cretaz
Romain De La Cretaz

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