Le sort de l’or se joue sur le Libor

Rédigé le 29 juillet 2010 par | Matières Premières Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Après l’enterrement de première classe du projet de régulation Bâle III, célébré par une des plus fortes hausses intraday du compartiment bancaire de la décennie  — +8% en quelques heures qui parachève une hausse moyenne de +25 à +30% en l’espace de six séances –, notre premier réflexe a été de chercher à identifier le secteur qui tirerait le plus grand profit de l’ultime renonciation de la BCE à imposer aux banques de nouvelles normes de sécurité qui leur déplaisent.

Quel genre d’industrie, quel service, quelle matière première, quel métal (précieux ou non) pouvait donc bénéficier directement ou indirectement de la mansuétude de Jean-Claude Trichet envers les pourvoyeurs de crédit à l’économie réelle ?

Les financières s’envolent, mais la méfiance règne toujours !

Comme nous ne sommes pas plus malins que la BCE ou que le Comité de Bâle, nous avons observé et décortiqué la réaction des marchés — pas seulement le comportement des indices européens dopés par les valeurs financières, mais également celui des indices US dans les heures qui ont suivi. Nous sommes parvenu à cette conclusion singulière : cela n’inspire personne !

Plus troublant encore, l’euphorie du mardi 27 juillet ne se traduit par aucune détente mesurable des taux interbancaires, avec une complète stagnation du Libor et de l’Euribor. En langage clair, les banques ont obtenu ce qu’elles voulaient mais elles ne se font pas davantage confiance entre elles pour autant.

Mais alors, ces stress tests censés faire toute la lumière sur la solidité des banques — un « modèle de transparence » selon J.-C. Trichet –, à quoi servent-ils si les banques démontrent par leur attitude qu’elles n’y croient pas ? C’était juste pour amuser le bon peuple ? Rassurer les créanciers chinois ou quelques fonds souverains des monarchies pétrolières ? Les croit-on si naïfs ?

Le pétrole et l’or ne sont pas de la fête

Comme J.-C. Trichet dit avoir agi au nom de l’impératif consistant à soutenir la croissance, nous avons focalisé notre attention sur l’évolution d’un des secteurs les plus sensibles aux anticipations en la matière, c’est-à-dire le pétrole et les matières premières.

Premier constat, le pétrole a chuté de -3% vers les 77$ alors même que le dollar retombait sous les 1,30 face à l’euro — d’ordinaire, lorsque le billet vert recule, le baril grimpe symétriquement. Second constat, l’or a perdu plus de 2% et est retombé sur les 1 160$ l’once.

Et comme une coïncidence n’arrive jamais seule, Bill Bonner venait d’écrire quelques heures auparavant : « l’or ne connaîtra pas une hausse spectaculaire. Il pourrait décliner… disons jusqu’à 850$ environ […], ne vous attendez pas à le voir effectuer une grimpée spectaculaire pendant que le secteur privé réduit ses dettes de manière ordonnée. »

Et c’est ce qui nous amène à nous pencher en détail sur le scénario graphique un peu alarmant — voilà qui tue un peu le suspens — qui se dessine sur le métal précieux.

L’or s’enfonce à mesure que le compartiment bancaire se redresse

Si nous avons évoqué les stress tests et l’enterrement de Bâle III avant d’aborder la question de l’or, c’est que nous avions bien notre petite idée sur la question depuis quelque temps. Il existe en effet, depuis quatre mois, une relation symétrique (un effet miroir) entre le graphique de l’or et celui du compartiment bancaire.

Les banques ont entamé leur redressement autour du 8 juin — puis de nouveau vers le 30 juin — et c’est à ce moment précis que l’once a commencé à corriger, d’abord sous les 1 250$ puis sous les 1 260$. Alors que les banques retrouvaient le 27 juillet leur zénith de début mai, l’once enfonçait brutalement la MM100 (1 180$).

Comme vous devez le pressentir, ce n’est pas une indication très favorable… mais ce n’est pas le symptôme technique le plus négatif. L’once d’or enfonçait dans l’heure qui a suivi le support oblique moyen terme gravitant vers 1 170$ et qui unit les quatre précédents points bas du 8 juillet 2009 (910$), de la mi-août 2009 (935$), du 5 février 2010 (1 060$) puis du 24 mars dernier (1 085$).

Graphique de l'once d'or de juin 2009 à juillet 2010

Et c’est ce reflux sous les 1 170$ qui peut changer radicalement la donne si l’once ne réagit pas immédiatement pour renouer avec le palier des 1 185$.

Quels scénarios pour le métal jaune ?

Nous voyons en effet se dessiner un triple sommet déclinant (1 260/1 220/1 205) les 25 juin, 14 juillet puis 23 juillet. La cassure des 1 185$ a validé un nouveau potentiel de repli jusque sur 1 130/1 135$ — petit plancher intermédiaire du 19 avril — puis la cible des 1 100$  — niveau d’équilibre de mi-décembre 2009 à fin mars 2010.

Un scénario baissier plus intense avec un objectif à 1 065$ n’est pas à exclure si la correction est de la même intensité que celle survenue entre le 3 décembre 2009 et le 5 février 2010.

Tout va dépendre de la persistance ou non des tensions sur le Libor et l’Euribor que nous évoquions précédemment. Si les échanges interbancaires restent gelés, c’est que la peur et la défiance sont toujours bien présentes. Dans ce cas, les banques centrales pourraient être tentées de faire tourner la planche à billets dès cet automne — histoire de redonner aussi un coup de pouce à la croissance. Ce serait du pain béni pour les détenteurs d’or, l’objectif des 1 300$ serait atteint avant la fin de l’année.

Mais si les taux se détendent, que les banques commencent à se refinancer les unes les autres — ce qu’elles ne font pas encore, malgré des stress tests que la BCE prétend rassurants et transparents –, alors l’or perdrait (provisoirement) son statut de valeur refuge. La monnaie unique, quant à elle, se remettrait à grimper vers 1,35$. Le cours de l’or exprimé en euro, chuterait doublement. Ce serait le scénario le plus pénalisant pour les détenteurs d’or d’ici fin 2010.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.

Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.

Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

Mots clé : - - - - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

4 commentaires pour “Le sort de l’or se joue sur le Libor”

  1. Bonjour Monsieur Béchade,
    On joue à se faire peur pour l’or. Personnellement j’estimerais comme un miracle que l’or descende à 850 $ car, alors, je braderai la maison que j’ai envie de vendre pour m’en prendre une resucée. Il est vrai qu’avec 42 kg acquis, cela peut paraître de la goinfrerie. Toutefois je ne vois vraiment pas ce que l’enterrement de Bâle III va changer à la donne, la dette à l’infinie, la titrisation sur des étendues intersidérales. Surveillons bien nos coffres et les vaches seront bien gardées.
    Bien cordialement

  2. Monsieur,

    Excusez le procédé adopté pour capter votre attention… car ne croyez pas une seconde que j’envisage de voir l’or retombe sur 850$ (quoi que cela correspondrait à un retracement standard de Fibonacci).

    Cependant, je maintiens que la configuration est baissière sur le court terme et que la palier des 1 100 ne tiendra probablement pas si la glissade se poursuit sous 1 150$.

    Aucun scénario extrême à court terme sur l’or (repli sur les 1 050$ puis les 980$ au pire) mais je verrais bien l’euro grimper jusque vers 1,33$ et rendre l’achat d’or plus intéressant pour les européens que nous sommes !

    Merci de nous demeurer fidèle.

    PhB

  3. […] Et tenez, vous avez peut-être  envie de voir des thèmes particuliers traités dans nos lignes ? Je suis sûre que vous vous posez plein de questions sur l'or par exemple, qui consolide actuellement. […]

  4. j’admets que le scenario à 850 est une hypothèse valable, d’autant que l’or est certes une valeur refuge pour beaucoup, mais c’est surtout la monnaie qui dérange les banques centrales et en premier la FED….ces dernières font beaucoup d’efforts pour briser la hausse de l’or et finissent par en racheter 🙂 nous sommes à la croisée des chemins, la première offensive des forces keynésiennes, à grand renfort de parachutages de dollars est un échec plus ou moins officiel, reste que les état-majors keynésiens préparent la grande offensive d’automne en se préparant à jeter les forces restantes dans la bataille….il est vital que le dollar d’automne garde une certaine valeur et donc l’or va être repoussé à l’arrière 🙂 ensuite, nous verrons bien qui de Keynes ou Hayek est le meilleur stratège ?! à mon avis, je le partage :-), le général Hayek va engranger une victoire de plus….

Laissez un commentaire