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Géopolitique du chaos, taux qui se tendent, sondages trop beaux pour être vrais : les marchés au top !

Par Philippe Béchade31 Oct 2016

C’est un exercice classique. Effectuer le bilan du mois écoulé, comparer les performances de actions, des bons du Trésor, des matières premières, des devises, etc.

Nous le faisons systématiquement, mais, le plus souvent, nous n’en tirons pas d’enseignements dignes d’intérêt. Ou bien, le cas échéant, l’essentiel vous a déjà été exposé dans les chroniques qui précèdent l’échéance mensuelle.

La Bête humaine

Cette année cependant, le mois d’octobre précède une élection présidentielle aux Etats-Unis.

« La belle affaire », nous direz-vous, c’est le marronnier qui refleurit (ou plutôt qui perd ses feuilles) tous les quatre ans. Et à chaque fois, le débat porte sur ce qui pourrait changer à la Maison Blanche, à la Fed, au Pentagone, sur la politique fiscale, sur les déficits, etc.

Il n’y a rien de commun entre 2012 et 2016. Entre temps, la coordination de l’action des banques centrales a littéralement aboli les lois du marché avec les deux Whatever it takes (celui de la BCE fin juillet 2012 et ceux des « Abenomics » de décembre 2012/janvier 2013), puis le No limit moins médiatisé, mais tout aussi puissant de la PBOC (Bank of China) depuis juillet 2015, avec 10% de PIB injectés sous forme de crédit, pour tout juste parvenir à stabiliser le chiffre de la croissance.

Toutes ces initiatives ont comme but, à peine dissimulé, de compenser le tapering de la Fed. Pendant que Janet Yellen réduit l’alimentation en bûches de la cheminée et se contente de rassembler les braises au milieu de l’âtre, la BCE pousse les radiateurs électriques à fond et la BoJ met au supplice les résistances du chauffage par le sol.

Pour ne pas être en reste, la Bank of England a rajouté au milieu de l’été un peu de combustible dans son poêle à charbon en fonte (histoire de produire 75 Mds d’équivalent dollars de calories supplémentaires).

Quant à elle, la Chine fait rugir, depuis 15 mois, ses brûleurs au gaz géants (saturant l’atmosphère de dioxyde de soufre, l’air ambiant devenant quasi irrespirable).

Résultat du processus, même s’il n’y a plus de flamme vive dans la cheminée de la Fed, la chaleur s’est nettement accrue dans le salon boursier depuis novembre 2012.

En résumé : tout va mal et va vers le pire ?

Autre différence majeure depuis quatre ans : le Proche-Orient s’est embrasé, les relations entre Washington et Moscou se tendent dans des proportions que le grand public a du mal à appréhender (pas seulement au sujet de la Syrie ou de l’Ukraine). Une nouvelle guerre froide tous azimuts s’instaure sous l’impulsion des néoconservateurs et de nombreux cadres du Pentagone et de la CIA (pas de tous, heureusement).

Par ailleurs, la Turquie défie de plus en plus ouvertement l’OTAN et rêve de recréer au sud de ses frontières (Syrie et Kurdistan) une partie de l’ex-empire ottoman, tout en écrasant les kurdes qui sont soutenus par « l’allié » américain. Lequel supervise la coalition arabe-sunnite dirigée par l’Arabie saoudite et qui écrase le Yémen sous les bombes.

Tout ceci a surgi au cours du second mandat de Barack Obama. Hillary Clinton promet d’inscrire le sien dans la continuité de ce qui a déjà été mis en œuvre ainsi que dans une logique d’opposition frontale avec Moscou.

« Jusqu’ici, tout va bien »

Et qu’en pensent les marchés ? Qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’alarmer !

Il faudrait vraiment succomber à un pessimisme noir pour imaginer que quelque chose pourrait mal tourner au Proche-Orient ou en Ukraine et que le climat de guerre froide avec la Russie dont Hillary Clinton se veut le fer de lance puisse un jour affecter Wall Street.

Donc sérénité garantie sur le front géopolitique, avec des marchés définitivement convaincus que tout est sous contrôle… sauf si Donald Trump était élu par erreur (s’il faisait mentir des sondages qui s’efforcent de magnifier par avance une large victoire de la candidate démocrate).

La confiance dans l’issue du scrutin qui se tiendra dans une semaine explique le nouveau record absolu inscrit par le Nasdaq-100 le 24 octobre (à 4 911,76 points) et le nouveau test, le 11 octobre, du zénith historique des 7 130 par le FT-100, le baromètre de la City, lequel se porte mieux que jamais depuis le Brexit.

Mais qu’en est-il sur le front économique ?

Comme nous l’expliquions, en première partie de chronique, tout va forcément pour le mieux puisque les banques centrales ont pris le contrôle de la valorisation des actifs (dettes souveraines, dettes corporate, ETF actions, indices boursiers…).

Le mois d’octobre (scores constatés au 28 octobre) ne se conclut-il pas par une hausse de +2,4% du CAC 40, de +3% de l’Euro Stoxx 50 ? Comme un bonheur n’arrive jamais seul, les actions européennes commencent à combler leur retard par rapport aux indices américains. Score mensuel nul pour le Dow Jones, -0,7% pour le Nasdaq « composite ».

Quel secteur sert-il de locomotive aux indices européens ?

Celui des banques, il n’y a pas photo ! Jugez plutôt : BNP-Paribas +19%, Société Générale +17%, Natixis +15%, Crédit Agricole +14,5%. Ça calme !

Et quelle bienfaisante raison explique ce comportement euphorique ? Les taux se retendent, donc les marges sur l’activité de prêts devraient se renforcer : emprunter va coûter plus cher, youpi !

Aussi parce que le mois d’octobre se solde surtout par une forte dégradation des marchés obligataires. Les T-Bonds US se sont retendus de 1,60 au 30 septembre à 1,87% au 30 octobre ; les Bunds sont repassés de -0,12% à +0,187% ; nos OAT de 0,20% à 0,4730% et même 0,50% en séance vendredi dernier ; les « Gilts » britanniques de 0,75 à 1,255%. Houlà ! Cela fait +50 points de base en un mois ! Est-ce que cela ne fait pas un peu beaucoup ?

Mais non, voyons : les Gilts viennent simplement de renouer avec leur plancher du mois de janvier dernier. Nous restons sur des niveaux historiquement très bas, et ce sera encore le cas si le « 10 ans » britannique se redresse vers 1,34% (plancher de janvier 2015) ou même 1,4% (plancher de juillet 2012).

« There is something rotten… »

Précisons juste que ça commencerait à se gâter vraiment au-delà de 2,25%, mais personne n’imagine que ce genre de rendement soit revu de sitôt. Et en tous cas, ce sera sans Mark Carney, le patron de la Bank of England, qui pourrait regagner son Canada natal plus tôt que prévu !

Comment ça ? Son mandat ne court-il pas jusqu’en juillet 2018, avec possibilité d’extension jusqu’en 2020 ?

Une rumeur, non démentie, lui prête l’intention d’annoncer sa démission 18 mois avant la fin de son mandat (il pourrait l’exercer jusqu’à à son terme… ou pas). L’une des raisons de ce départ serait la multiplication des désaccords avec la ligne politique ambiguë poursuivie par Theresa May.

Theresa May reproche symétriquement à Mark Carney l’instauration de taux si bas qu’ils lèsent les épargnants ainsi que ses commentaires catastrophistes en cas de Brexit (et que les faits ont largement démenti… du moins jusqu’à présent).

Conclusion

Pour résumer ce mois d’octobre, nous avons le Royaume-Uni qui risque de ressembler bientôt à un bateau ivre, une configuration géopolitique sans doute la plus dangereuse depuis la crise des missiles à Cuba, des actions qui montent alors que les taux se tendent et une confortable victoire potentielle d’Hillary Clinton qui contient une large part d’intox, assez comparable à l’avance croissante du Bremain dans des sondages largement bidonnés destinés à décourager par avance les partisans du Brexit.

Aux Etats-Unis et hors du pays, 20 millions d’Américains ont déjà voté et il existe déjà des soupçons d’irrégularités sur les votes électroniques. Donald Trump ne les a pas inventés, mais il a été très critiqué pour avoir été le premier candidat à mettre en doute la crédibilité de l’outil démocratique (même Al Gore – qui s’était fait voler son élection en l’an 2000 par le Parlement de Floride dirigé par Jeb Bush – n’avait pas osé) alors que l’Amérique se montre prompte à dénoncer les fraudes électorales dans les pays qui lui sont hostiles.

D’ici ma prochaine chronique, dans une semaine, nous saurons si les marchés ont eu raison de rester perchés sur leur nuage, bien au-dessus des bombes qui pleuvent au Proche-Orient, bien au-dessus des taux qui se retendent.

Et surtout, nous saurons si c’est l’électorat de Donald Trump qui est « déplorable »… ou si les sondeurs qui prédisent la lourde défaite de leur champion ne le sont encore davantage.

Dans ce cas, le trou d’air consécutif au Brexit pourrait avoir l’air d’une minuscule péripétie !

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Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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