Le géant chinois commence à tanguer

Rédigé le 27 octobre 2017 par | A la une, Taux & Devises, yuan Imprimer

Le Congrès du Parti communiste chinois a eu lieu la semaine dernière. Il est maintenant clair que le président Xi va oeuvrer à consolider son pouvoir ; la dissidence sera mise à l’écart – encore plus qu’à présent. Les décisions d’un seul homme vont déterminer l’avenir de l’économie chinoise à un degré que nous n’avions pas connu depuis le président Mao.

Et Xi veut que le gouvernement ait davantage d’influence sur les entreprises. Il a réellement la mentalité d’un planificateur central, et il pense que les décisions du secteur privé sur les entreprises sont trop incertaines et instables.

Un contrôle gouvernemental centralisé sapera encore plus la création de valeur pour les actionnaires. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons recommandé à nos lecteurs un pari baissier sur la Chine.

Mais la principale raison est liée à l’avenir de la devise chinoise.

Les Chinois fuient le yuan

Une quantité impressionnante de la valeur créée par les entrepreneurs et les travailleurs chinois a été gaspillée dans des projets d’infrastructures inutiles ou redondants et dans des villes fantômes. Ces projets ne génèrent pas de rendement positif pour les banques et les entreprises chinoises. Ils comblent donc les lacunes de croissance et creusent la dette totale en yuan. Comme les banques chinoises créent de nouveaux prêts à un rythme rapide, elles créent simultanément davantage de masse monétaire.

Voici ci-dessous une version mise à jour d’un graphique que nous vous avons déjà montré. La ligne rouge de ce graphique montre combien d’argent chinois a été créé dans le processus de prêt bancaire depuis l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001 (et qui correspond à la masse monétaire M2). La masse monétaire M2 des Etats-Unis est en bleu pour comparaison. Ces deux lignes sont libellées en dollar américain :

Inflation china epic inflation usd graph

Le taux de croissance de la masse monétaire M2 chinoise, qui a quintuplé au cours de la dernière décennie, est choquant. Mais cette hausse explique pourquoi les investisseurs et les épargnants chinois mettent autant d’efforts pour sortir leur argent de Chine à un taux de change yuan/dollar fixé artificiellement par la banque centrale. Les contrôles des capitaux mis en place au début 2017 ont ralenti la fuite des capitaux… en contrôlant même les plateformes des crypto-devises, mais ce n’était qu’un pansement sur une jambe de bois. Il y a une pression grandissante pour convertir en devises étrangères un afflux massif de yuans.

Si seulement 10% de la masse monétaire M2 existante pouvait sortir du pays (par tout moyen disponible), cela éliminerait complètement les réserves de devises étrangères de la Chine.

Il est choquant de constater que la masse monétaire M2 de la Chine est près de 80% plus importante que celle des Etats-Unis. La Chine mène une bataille perdue d’avance en défendant la valeur de sa monnaie (via le peg) alors que l’offre de yuans a tellement augmenté par rapport à l’offre de dollars.

Tant que la politique du système bancaire consistera à ignorer les pertes, à les comptabiliser comme un coût historique et à reconduire à l’infini les prêts non rentables en de nouveaux prêts, la capacité réelle de financement du système bancaire sera gelée. Cela va conduire à une dégradation régulière de la prise de risque et du dynamisme économique en Chine.

La vision de Xi à long terme est de transformer la Chine en une « nation socialiste avancée » d’ici 2050. Il se rendra peut-être compte que le degré de contrôle nécessaire pour amener l’économie chinoise là où il le souhaite n’est pas possible avec un statu quo. Depuis environ cinq ans, le statu quo a consisté à reconduire sans cesse les prêts douteux en octroyant de nouveaux prêts. Et aussi à soutenir le taux de croissance des prêts et de M2 afin d’atteindre les objectifs de croissance du PIB.

Voici par exemple l’une des nombreuses activités économiques chinoises qui sont nées du statu quo. Cela ajoute certes au PIB, mais détruit de la valeur…

L’éclatement de la bulle immobilière chinoise se précise

Depuis des années, les spéculateurs chinois ont traité les investissements et achats immobiliers (maisons et appartements) comme des schémas de Ponzi. Ces derniers n’ont pas pour but d’être habités, mais d’être vendus à un prix plus élevé au spéculateur suivant, qui possède une dette auprès du système bancaire bien huilée.

Cette semaine, Xi a déclaré que les maisons étaient faites pour que des gens « vivent dedans », pas pour de la spéculation. S’il veut tempérer la spéculation immobilière sans provoquer d’accident, il se sentira obligé d’offrir une sorte de filet de sécurité pour les spéculateurs en fin de chaîne. Un tel filet – qui devrait forcément être énorme – exigera de la banque centrale chinoise qu’elle abandonne ses efforts pour défendre un arrimage au dollar américain et qu’elle imprime suffisamment de nouveaux yuans pour apporter de la liquidité au système bancaire exsangue.

Cette action de dévaluation monétaire donnerait enfin à la Chine la flexibilité financière dont elle a besoin pour restructurer son système financier de type Ponzi, dans lequel de plus en plus de dettes sont nécessaires pour empêcher l’effondrement des bulles d’actifs.

Une dévaluation du yuan serait alors un choc pour les actifs à risque à l’échelle mondiale – en particulier les actions des marchés émergents, les producteurs de matières premières et les actions des marchés développés qui dépendent des exportations vers les marchés émergents. Cette dévaluation profiterait encore une fois à des refuges comme l’or et les bons du Trésor américain.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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