Francfort, euro fort, le DAX fait trop d’efforts !

Rédigé le 29 octobre 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

L’Allemagne est le champion européen — et vice champion mondial — des exportations, nul ne le conteste. Un exemple d’efficacité selon beaucoup d’admirateurs du modèle germanique… mais où en serait l’Allemagne si elle ne disposait pas de sous-traitants à bas coûts comme la Pologne, la Tchéquie ou la Turquie ?

Imaginez que la France dispose encore, comme il y a 50 ans, de satellites économiques qui accueilleraient des machines françaises utilisées par des employés bien formés mais payés le quart de ce que touche un salarié hexagonal. La Chine, qui a la taille d’un empire, procède de même mais à l’intérieur de ses frontières. C’est le centre du pays qui fait office d’Empire colonial au profit des régions côtières qui échangent de façon intensive avec l’Occident.

L’Allemagne semble se rire de la dégringolade du dollar…
…mais tout est question de juste mesure. Si l’euro se remettait à grimper au-delà des 1,41$ à la veille du G-20 des 11 et 12 novembre prochain, il ne faudrait pas longtemps aux investisseurs pour constater que le règne du chacun pour soi débouche sur une reprise de la « guerre des devises ».

Si la situation dérape, ce sera bel et bien au détriment des exportateurs européens, au 1er rang desquels figure l’Allemagne. Mais, alors que les chinois considèrent que le recours à la planche à billet par la Fed et les Etats-Unis est hors de tout contrôle, le point de non retour des désordres monétaires semble déjà franchi.

Octobre 1987 – octobre 2010 : des similitudes monétaires étonnantes
N’oublions pas que c’est le grand écart entre les politiques de taux et les divergences radicales en matière de lutte contre l’inflation de part et d’autre de l’Atlantique qui avaient provoqué le krach d’octobre 1987. A l’époque, le déficit commercial américain était minuscule au regard de celui que nous observons actuellement. A l’époque, la Fed d’Alan Greenspan n’avait pas pour but avoué de recréer de l’inflation pour effacer la dette pléthorique des Etats-Unis, qui était encore le premier créancier de la planète.

D’ailleurs, c’est l’Allemagne qui, 23 ans plus tôt, avait en partie provoqué l’effondrement des Bourses en durcissant sa politique monétaire pour éviter le retour de l’inflation — Axel Weber, le successeur pressenti de J.-C. Trichet conseille à la BCE de ne pas tarder à le faire — alors que les Etats-Unis dévaluaient délibérément le dollar en inondant les marchés de liquidités pour sauver leur commerce extérieur. Cela ne nous rappelle t’il rien ?

Exprimée en dollar, la hausse du DAX dépasse les 100% !
Les niveaux atteints par la Bourse de Francfort en cette fin de mois d’octobre nous rappellent également quelque chose !

En inscrivant une clôture à 6 639 points — après un zénith à 6 668 points en séance — et après l’ouverture d’un gap final au-dessus des 6 624 points, le DAX 30 a établi le 25 octobre un plus haut depuis 2 ans. C’est à dire depuis le sommet des 6 626 points testé le 12 août 2008.

Francfort affiche 85% de hausse en dix-huit mois… mais exprimée en dollar, la hausse du DAX dépasse déjà les 100% ! Au-delà des 6 640 points, il ne semble pas exister la moindre résistance avant les 7 000 voire les 7 200 points — zénith de mai 2008. Quelle que soit l’unité de temps considérée, le niveau de surachat des oscillateurs mathématiques (MACD, RSI, momentum, stochastiques) donne littéralement le vertige.

Le DAX 30 a gagné 5,1% en septembre, il s’envole de 6,5% ce mois-ci. C’est l’équivalent du cumul des gains d’octobre 2006 et 2007 — deux années de prospérité et de croissance record. En l’espace de huit semaines cette hausse a atteint 14%. Une seule séance s’est soldée par un repli -1,4% fin septembre. C’est la répétition du scénario de la mi-février à la mi-avril 2010.

Mais il y a cependant une différence considérable, le dollar n’avait pas varié d’1% sur la période (stabilité autour de 1,35 euros) alors que cette fois-ci, il vient de perdre 12% en huit semaines — l’euro s’appréciant d’autant.

Le gain sur le DAX 30 du point de vue d’un gérant américain est donc de 25% net (le même principe s’applique au CAC 40 qui progresse d’autant-ou à l’Eurostoxx 50) mais pas une prise de profit ne s’enclenche sur de tels niveaux s’y substitue au contraire une fuite en avant vers toujours plus de hausse.

DAX 30, vers une rechute de 15% ?
Mais ce rally a justement tout d’une spirale auto-entretenue par une stratégie d’allocation planétaire des actifs qui semble figée depuis le test des 6 115 points le 6 octobre dernier — sur pondération de la Chine et de son partenaire commercial allemand, sous pondération du Japon et des pays du Sud de l’Europe.

Les spirales boursières sont par nature réversibles car tous les opérateurs sont susceptibles de renverser simultanément leurs stratégies — ou à quelques heures d’intervalle — si l’euro rechutait sous les 1,3830$.

Le DAX 30 replongerait alors vers l’ex-zénith annuel des 6 350 points et serait alors aspiré vers le gap des 6 316 points du 12 octobre dernier. Il ne serait plus très loin de rejoindre la MM100 qui gravite actuellement vers 6 200 points.

Et ce retour au contact de la moyenne mobile à 20 ou 21 semaines ne souffre aucune exception depuis le rebond sur 3 600 points à la mi-mars 2009. Elle a été de nouveau testée les 21 avril, 13 juillet, les 3 puis 27 novembre 2009, les 22 janvier et 6 mai 2010 — elle servira de pivot jusqu’au 8 septembre — puis enfin le 4 octobre dernier.

A la différence des autres corrections, la tension accumulée est cette fois-ci considérable et l’arrimage en symétrie négative par rapport au dollar augmente encore le potentiel de repli en cas de sursaut du billet vert. Une rechute de 15% ne serait pas disproportionnée compte tenu des perspectives de ralentissement de la croissance chinoise et asiatique en général en 2011.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.
Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

Mots clé : -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire