Franc Suisse, Euro : quand les banques centrales sèment la panique !

Rédigé le 21 janvier 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

J’ai bien sûr pensé à vous parler d’autre chose. Il y a tant de sujets à aborder. Mais la dimension du cataclysme qui s’est abattu sur le marché des changes et ses acteurs est telle que je ne pouvais pas faire l’impasse.

Imaginez, en moins de deux minutes, des millions de dollars partis en fumée tout autour du globe ; des sociétés de courtage (Brokers largement rentables depuis toujours) mises en défaut avec des créances abyssales ; des boursicoteurs et autres traders indépendants ruinés et même certains des plus gros Hedge Funds de la planète contraints à la cessation d’activité !

Vous ne rêvez pas, cela s’est bien passé, la semaine passée. En cause, pas d’algorithme, pas de flash krach, pas de conflit géopolitique ou de déclaration de guerre. Non.

Juste une phrase. Celle d’un banquier central, celle de Thomas Jordan plus exactement, président de la Banque centrale Suisse qui a annoncé dans son communiqué renoncer à maintenir un  taux plancher entre l’euro et le franc suisse ! Oui « juste » une phrase … Dans quel monde vit-on ?

Voyons aujourd’hui les ingrédients de ce krach et surtout comment, la prochaine fois, vous pouvez éviter de vous retrouver tondus comme une bonne partie des investisseurs particuliers, friands des frissons du Forex.

Une décision surprise de la BNS, des infos secrètes ?

La décision de la banque suisse n’est pas surprenante en elle-même. La posture de maintenir un taux plancher face à une devise en chute libre comme l’euro était pratiquement intenable à moyen-terme pour le bilan de la BNS.  Ce qui est réellement déstabilisant est le timing et le manque de préparation de cette annonce, ce qui fait penser à une action désespérée.

Le scénario le plus probable est que Thomas Jordan a eu des informations concernant la taille du quantitative easing européen et a décidé de sortir son institution de l’impasse.

Une alliance entre la BNS et la BCE pour le quantitative Easing annoncé jeudi (ce n’est pas moi qui le dit, c’est notre président. Qui a dit que les banques centrales étaient indépendantes ?) est également prévisible avec la poursuite des rachats de dettes européennes par la BNS. Ce mécanisme moins formel qu’un taux plancher « administré » et déjà utilisé par la banque suisse depuis longtemps a le mérite de lier la franc suisse à l’euro mais… plus discrètement.

Bref, les banques centrales n’ont pas fini de jouer avec les nerfs des marchés et les conséquences peuvent être ravageuses…

Sur les marchés rien n’est jamais acquis !

Souvent, ces décisions de politique monétaire, que nous maltraitons avec une certaine agilité aux Publications Agora, semblent éloignées de l’économie ou même du quotidien des citoyens. Mais cette fois, une catégorie d’investisseurs a été mise au tapis en une fraction de seconde.

Il faut tout d’abord comprendre la mécanique infernale qui s’est mise en place. Depuis plus de trois ans, le plancher instauré par la BNS faisait l’objet d’une spéculation simple. Les cambistes et autres investisseurs sur le forex achetaient proche des 1.20CHF en attendant une réaction de la BNS.

bns_interventions

Pendant de nombreux mois, cette technique appelée de « PEG » (qui signifie « attacher » ou épingler » quelques chose) a bien fonctionné. Mais les certitudes sont très souvent dangereuses sur les marchés financiers.

Hedge Fund, brokers et investisseurs au tapis

Car ce jeudi 15 janvier, une majorité d’analystes et de spéculateurs étaient à l’achat sur cette zone. Souvent sous-capitalisés ou surinvestis (selon de quel côté l’on se place), ces investisseurs abusaient d’un levier plus ou moins fort, entrainant avec eux l’exposition des brokers, qui sont en charge de couvrir leurs positions.

Jeudi 15 janvier donc, 10h30, Mr Jordan annonce la fin du taux plancher : l’euro perd 15% face au franc suisse en moins d’une minute.

chute_eurchfA ce moment, les acheteurs disparaissent du marché et plus aucun ordre de vente, ni stop de protection ne peut être exécuté au prix prévu.

Chez certains intermédiaires, la cotation ne reprendra que 1700 pips plus bas, vers 1.03 CHF !

Ainsi tous les investisseurs investis au-delà d’un levier de 5 voient leur compte complètement vidé. Ceux, encore plus exposés, se retrouvent avec des soldes négatifs et doivent plusieurs dizaines de milliers d’euros à leur broker !

Ces derniers, dans l’impossibilité d’exécuter les ordres, voient leurs pertes se creuser et leur fonds propres fondre à vue d’œil : des mastodontes du secteur annoncent, quelques heures après le mouvement, des pertes abyssales. Près de 40 M€ pour IG Markets, 225 M$ pour FXCM obligé de se recapitaliser en 24h à un taux pharaonique (10%) et d’autres se déclarent carrément insolvable comme Alpari…

Si, au final, la plupart de ces brokers parviennent à se redresser, des milliers d’investisseurs particuliers et certains hedge fund comme le fond Everest Capital’s Global Fund restent au tapis!

Ce dernier cas est intéressant puisque nous n’avons pas à faire ici à un n’importe quel fond.

Comme le note le site zerohedge.com, Marko Dimitrijevic, qui est à la tête de ce fond, a réussi à faire gagner de l’argent à ses clients pendant 15 ans… et a tout perdu sur une décision d’un banquier central en moins de 10 minutes. Près de 800 M$ partis en fumée…

En fumée… ou pas exactement. Le marché des changes est un jeu à somme nulle. Ce que vous perdez d’un côté est gagné par un autre. Il ne reste plus qu’à savoir à qui a profité le crime. Ca, c’est une autre histoire …

Il est certain que l’industrie du Forex va entrer dans une consolidation forte dans les prochains mois, mais c’est à présent la pédagogie que je voudrais aborder ici. Depuis près de 10 ans maintenant, j’évoque la gestion des risques.

Nous avons été parmi les premiers, avec les Publications Agora à organiser des évènements et webinaires pour vous parler de l’importance de maîtriser son exposition, d’avoir un bon money management.

Aujourd’hui, je ne tire aucune gloire à, non seulement être sorti indemne de cet évènement, et même avoir profité d’un concours de circonstances pour vendre USDCHF et empocher près de 15% en un seul trade comme je l’ai dit sur mon compte Twitter, quelques minutes après le mouvement :

210115_twitter

Mais une nouvelle fois à la lumière de ces évènements, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain.

On peut être rentable sur les marchés des changes, matières premières ou indices mais la chose la plus importante est votre money management !

Autre chose : vous devez absolument vous méfier des mouvements de troupeau. Quand tout le monde fait la même chose, le danger se rapproche ! Tournez alors la tête …

Regardez ailleurs !

Je terminerai par un peu d’analyse technique afin de repartir de l’avant sur les marchés.

Demain, la BCE annoncera son quantitative easing ; tout le monde est focalisé sur l’euro, le franc suisse. Une des qualités d’un bon trader est de savoir regarder là où personne ne veut encore aller. Et si la tendance se fait attendre sur le forex, des opportunités se dessinent.

Je voudrais ici revenir sur une de mes approches favorites, l’analyse du Commitment Of Traders (le COT) qui s’appuie sur le positionnement des investisseurs professionnels pour chercher les points de retournement ou de continuation. Je vous en reparlerai bientôt et vous expliquerai en détail la manière dont je l’utilise, mais voici dès à présent ce qu’il me dit sur la paire AUDUSD.

AUDUSD – GRAPHIQUE HEBDOMADAIRE

audusd_21012015_cot

source : COT Index, eole-trading.com

 Il semble qu’un extrême à l’achat soit en cours pour les intervenants commerciaux (contre-tendance) et indique une phase d’accumulation. Cette phase précède la phase de distribution qui devrait conduire à un rebond de la paire depuis la zone actuelle.

D’un point de vue fondamental, la zone des 0.80$ était la cible de la banque centrale australienne qui pourrait adoucir son discours. La devise australienne profite d’un attrait en carry-trading avec des taux plus élevés que la plupart des autres pays, alimentant le courant acheteur naturellement.

Je recommande donc de se positionner progressivement à l’achat à la fois sur repli vers 0.8150 et sur cassure des 0.8250. Le seuil d’invalidation se situe à 0.7965 avec des objectifs à 0.8420 puis 0.8650.

Bonne semaine et surtout… prudence !

Jérôme,

 

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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