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Forex : Où en sont les devises ?

Par Jérôme Revillier11 Oct 2016

Je vais aujourd’hui aborder le marché des changes qui connait une évolution pour le moins… erratique, secoué par les incertitudes des politiques monétaires et autres tensions géopolitiques.

J’ai souhaité aujourd’hui vous faire une cartographique du Forex pour vous aider à prendre la tendance.

Je vais utiliser pour cela l’indice de force relative des devises : il compare l’évolution de chaque devise face aux autres et donne ainsi la force propre à chaque monnaie.

Le yen, la livre et la tendance …

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La devise la plus forte est le yen avec un rebond massif de plus de 20% depuis plus d’un an. Cette tendance s’explique par deux choses :

  • un environnement à taux bas dans le monde entier a diminué l’intérêt du Yen pour le carry-trade.

Explication : un taux à 0%, ça veut dire qu’emprunter des yens ne coûte pas cher… et que vous allez pouvoir les vendre pour acheter des devises qui rapportent (elles sont un taux plus élevé).

Avec les QE, il était devenu moins intéressant de vendre le yen car on pouvait faire du carry-trading avec l’euro et le dollar.

Donc, moins d’emprunt en yen… signifie moins de carry-trade sur le yen, donc moins de vente de yen = hausse du yen

  • la montée de l’incertitude sur les marchés, la fameuse aversion au risque, soutient mécaniquement la devise : le Yen est une valeur refuge recherchée en cas de stress sur les marchés.
  • Il y a même une troisième raison : la crédibilité de la banque centrale japonaise (BoJ) semble désormais au plus bas avec un échec cuisant à ramener de l’inflation. La banque centrale est à un stade où ses plans d’assouplissement pharaoniques n’ont plus d’effet direct sur la devise. Elle peut se le permettre car la dette est détenue par les Japonais eux-mêmes… mais sur les marchés la crédibilité, la BoJ est comme ses taux : à zéro. Donc les marchés ne la croient plus capable de faire baisser le Yen pour doper la compétitivité. Du coup les spéculateurs lui mettent la pression en faisant monter le yen.

Bon, attention tout de même à ne pas sous-estimer la BoJ qui pourrait très bien aller vers des territoires encore inconnus en politique monétaire. Ce n’est pas pour rien que ce pays est considéré comme le laboratoire du quantitative easing.

En face, tel un miroir, le déclin de la livre sterling n’est que plus saisissant.

En un an la devise anglaise perd plus de 21% ! Et le flash krach de la semaine dernière ne fait qu’illustrer la nervosité autour de la devise depuis le Brexit.

La volonté du gouvernement de la banque centrale de soutenir l’économie et le système financier semble porter ses fruits. En effet, si la livre sterling est en baisse et pénalise les nombreux expatriés et vacanciers anglais, cela commence sérieusement à ressembler à une aubaine économique pour les entreprises qui voient leur compétitivité dopée par ce mouvement fort et sans doute inscrit dans la durée.

Hausse du Yen et baisse de la livre sterling =
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Attention quand même aux lendemains qui déchantent …

EUR et USD : les faux ennemis

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Le graphique parle de lui-même. Malgré le fait que la paire EURUSD soit la plus travaillée du marché, il n’en reste pas moins qu’elle n’a connu aucune véritable tendance sur les 12 derniers mois.

Pour preuve, EURUSD s’enferme dans une figure chartiste de consolidation en triangle depuis près d’un an maintenant et semble ne plus vouloir en sortir.

L’explication se trouve sur ce graphique : les deux devises ont une corrélation historiquement élevée (plus de 81% sur les 40 dernières séances, ce qui ne laisse guère de place à une tendance)

Toutefois, nous pouvons remarquer que le dollar US semble se renforcer de plus en plus nettement et creuser l’écart avec la devise européenne.

Les « devises Commodity » : Des sorts différents dans une ambiance nerveuse

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Les devises commodity sont les devises de pays dont l’économie est basée essentiellement sur leurs ressources et matières premières.

Le dollar néo-zélandais est clairement la devise la plus en vue sur un an même si la tendance s’essouffle face au voisin australien (je vous avais détaillé la paire de devises dans cet article, il y a 18 mois).

En effet, plombé par une banque centrale très active, le dollar australien n’a pas rebondi autant que le Kiwi (surnom du NZD). Toutefois, les propos du Trésor australien ont provoqué un véritable rallye sur la devise : « La baisse des taux touche sans doute à sa fin ». On ne peut être plus clair.

Pour mémoire, la force des devises australienne et Néo-zélandaise est liée principalement à leurs taux, qui sont beaucoup plus hauts que dans le reste du monde même après plusieurs baisses significatives.

Le trio se ferme par le dollar canadien, corrélé surtout au pétrole et donc malmené par les plus-bas de l’or noir en début d’année.

Après un rebond initial au premier trimestre, la devise s’est repliée, plombée autant par le baril que par de piètres perspectives économiques du pays.

Là aussi, les propos de la Russie, par la voix de son ministre de l’Energie qui semble vouloir accélérer un accord sur le gel de la production, a fait bondir la devise, déjà bien soutenue par les chiffres de l’emploi publié vendredi (67 200 créations de poste contre 8 500 attendus).

Le dollar canadien pourrait transformer l’essai et rattraper son retard dans les prochains mois.

Que faire sur le Forex ?

Si l’on prend en compte les tendances de fond et les derniers rebondissements, je pencherai pour des achats de Dollar américains et canadiens face à des devises comme l’euro ou la livre sterling.

Un rattrapage sur AUDNZD est envisageable également.

Concernant le yen, les dés sont faussés par la banque centrale que l’on sait très active. Je profiterais donc de toutes les interventions de banques centrales visant à faire replier le yen pour initier des positions acheteuses sur la devise. Les spéculateurs n’ont pas fini de tester et de déjouer les plans de la BoJ.

Mais la seule recommandation qui vaille sur ce marché très nerveux et dans un contexte international tendu, émaillé par des campagnes électorales est de rester très prudent, de limiter au maximum le recours au levier et d’éviter de garder les positions trop longtemps… Les flash krachs pourraient bien s’accélérer dans les prochains mois !

photo auteur

Jérôme Revillier

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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