La crise de confiance trouble le Forex

Rédigé le 11 juin 2010 par | Analyses indices, Matières Premières, US Imprimer

Jérôme Revillier, analyste et responsable d’un service de trading sur le Forex

Les devises ne savent plus où donner de la tête et, si les opportunités ne manquent pas, il faut rester vigilant et très prudent pour pouvoir en profiter. En effet, comme j’en avertissais mes abonnés vendredi dernier, le début de la semaine promettait d’être à la fois sans tendance — en l’absence de statistiques importantes — et nerveux. A voir le yo-yo des cours, je ne me suis pas trompé.

Des marchés déboussolés…

Nous sommes désormais à un point de rupture. L’or est à son plus haut, illustrant parfaitement les inquiétudes sur l’afflux de liquidités.

Les taux interbancaires sont de plus en plus tendus à mesure que les doutes sur les bilans des banques se précisent augurant, si la situation perdure, de nombreuses difficultés d’accès au crédit.

Les indices, le Dow Jones en tête, ne savent plus à quel saint se vouer. De Paris à Tokyo en passant par New York, le rouge et le vert alternent sans cesse sur les moniteurs ramenant les investisseurs à leurs doutes. Pas plus tard que mercredi, l’indice phare de Wall Street, après une nette ouverture en hausse, s’est fortement replié pour terminer sous les 10 000 points.

Graphique du Dow Jones1 minutes le 10 juin 2010

Figure 1 : graphique du Dow Jones 1 minute le 10 juin 2010

…Et des devises qui en font autant

Ce phénomène se répète clairement sur le marché des changes avec une évolution des cours extrêmement corrélée à l’aversion pour le risque — et donc aux indices.

A titre d’exemple, voici la même journée sur l’EUR/USD qui a effectué trois vagues entre 1,1950$ et 1,2073$ (soit plus de 110 pips) sans réellement choisir sa direction.

Graphique 30 minutes EUR/USD

Figure 2 : graphique 30 minutes EUR/USD

Il est donc clairement temps de garder patience et de jouer des cassures nettes avec une gestion des risques et de l’exposition mesurée.

Crise de confiance… ou de crédibilité

Une nouvelle fois, au-delà des chiffres, des statistiques ou des logiciels de trading, c’est tout simplement un problème de confiance qui plombe l’ambiance des places financières. Ben Bernanke a pourtant voulu être rassurant mercredi soir en affirmant que le secteur privé commençait à prendre le relais des aides publiques dans le maintien de la croissance.

Mais la confiance repose en majeure partie sur la crédibilité des intervenants. Et si je ne devais retenir qu’un exemple, ce serait la prestation pitoyable du directeur de Goldman Sachs France, hier, au micro d’une célèbre radio française. Plongé dans ses réponses rédigées à l’avance, il a offert un spectacle d’une rare hypocrisie.

Plus grave encore, il nous a montré de véritables signes sinon d’incompétence au moins de mépris vis-à-vis des ses clients et des contribuables. Et à voir la réponse évasive donnée à la question « Comment expliquez vous avoir gagné de l’argent alors que vos clients en perdaient ? », on est loin des discours officiels prônant régulation, transparence et éthique.

EUR/USD : la fin de la chute ?

Revenons-en au Forex. La question qui est sur toutes les lèvres concerne bien sûr notre devise européenne. On voit fleurir ici et là quelques contrariens de la première heure proposer d’entrer maintenant à l’achat pour jouer une reprise de la hausse. Si, bien entendu, le raisonnement attire le contrarien naturel que je suis, je reste toutefois très prudent quant au timing d’entrée.

L’euro est très affaibli et exposé sur le plan macro-économique. Sur les graphiques, la tendance baissière est lourde et le franchissement des 1,20$ représente un signal fort.

Graphique EUR/GBP

Figure 3 : indices de devises EUR/GBP (www.mataf.net)

A titre d’exemple, le graphique ci-dessus vous montre l’évolution de la livre sterling (en vert) et de l’euro (en bleu) face aux autres devises majeures.

On voit que si la devise britannique se stabilise, l’euro, lui, vient de faire un nouveau plus bas et garde un fort potentiel de baisse. Ainsi, plutôt que d’attraper le couteau qui tombe, je vais attendre qu’il soit définitivement planté dans le sol.

Le billet vert, qui profite d’un statut de valeur refuge bien trop grand pour lui, ne pourra pas faire illusion longtemps. L’emploi est durablement en berne outre-Atlantique et les différents plans de relance n’y font rien.

Le plancher pourrait être atteint quand les agences de notation briseront le tabou de la dette américaine et se tourneront vers le déficit abyssal de la locomotive du monde. En attendant, je vous recommande d’être très précis dans vos positions et très protecteur avec votre capital.

Bon week-end et bons trades.

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

Un commentaire pour “La crise de confiance trouble le Forex”

  1. bonjour, depuis 10 jours c’est la dispersion…rien de très logique au vu des évenements, un dîner annulé et puis boom 🙂 à suivre plusieurs marchés j’ai l’impression que les marchés sont comme les animaux qui fuient au galop dans toutes les directions plusieurs heures avant un séisme ?! les moutons vont-ils tous se précipiter dans le gouffre ?! à suivre 🙂

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