Baisse du pétrole : le dollar canadien en victime collatérale, une opportunité à saisir !

Rédigé le 22 décembre 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’inaugurer une petite revue du Forex, que vous pourrez désormais suivre dans ces mêmes lignes. Pour ce tout premier article, j’ai choisi une devise actuellement victime de son lien particulier avec le pétrole : le dollar canadien.

Pour vous faire une idée, ce graphique comparatif illustre très bien le propos. Jugez plutôt : alors que le baril de brut léger (orange) américain perd près de 38%, le dollar canadien (rouge) décroche face au billet vert de près de 17%.

le cours de croisé dollar canadien brut au 21 décembre 2015

En effet, le pétrole canadien, plus cher à produire, n’est tout simplement plus rentable avec un baril à 35 $ ! De nombreuses compagnies sont forcées d’arrêter les exploitations ou de produire à perte, voyant leur trésorerie partir en fumée et se mettant au-devant de gros problèmes de refinancement.

Le pétrole oui, mais pas seulement.

Si, bien évidemment, la baisse du baril a affecté le dollar canadien, la faiblesse est surtout due à une politique monétaire ultra-accommodante avec des taux très bas. Depuis le 1er janvier la devise est la plus faible, devancée même par les dollars australien et néo-zélandais pourtant sous pression, comme le montre le graphique ci-dessous.

le cours de forex usad au 21 décembre 2015

De plus, l’activité économique a ralenti au 3ème trimestre de 0,5%, confrontant le pays face à un risque de récession. Le ralentissement le plus important étant dans le secteur de l’extraction comme vous pouvez le voir sur ce graphique.

la contribution de l extraction au pib canadien

Lors de son dernier communiqué la banque centrale a maintenu son taux principal à 0,5% en estimant que si la croissance serait modérée durant le dernier trimestre, le début d’année 2016 serait au-dessus du potentiel estimé (le communiqué complet ici)…

historique du taux directeur de la bank of canada

Du côté de l’inflation, la dernière publication fait ressortir une baisse de 0,1% et même de 0,3% pour le core CPI (l’inflation hors-énergie et alimentation). Bref, un nouveau scénario à la japonaise, qui pourrait, ses dix prochaines années, devenir la norme pour de nombreux pays.

Dans ces conditions, la BoC (la Bank of Canada) va continuer sa politique d’assouplissement et profiter de sa devise faible pour rééquilibrer sa balance commerciale, qui a souffert ces derniers mois. La reprise semble toutefois prendre plus longtemps que prévu… De même, les derniers chiffres de l’emploi ne sont guère encourageant avec près de 36 000 postes détruits contre « seulement » 9 000 attendus le mois dernier.

le chomage au canda

Le taux de chômage est ainsi passé à 7,1% de la population et prolonge ainsi sa tendance haussière, le taux d’emploi n’ayant presque jamais cessé de se dégrader depuis la fin d’année 2013 et l’accélération est très sensible en cette fin d’année. Enfin, les secteurs bancaires et des services sont à leur tour touchés.

Que faire sur le forex avec le dollar canadien ?

Regardons tout d’abord le commitment of traders qui nous signale que les commerciaux continuent d’être massivement positionnés à l’achat. Autrement dit, ils se protègent toujours d’une baisse de la devise (et donc d’une hausse USDCAD).

Toutefois, le positionnement est moins extrême qu’à la mi-2014. Même s’il est encore tôt pour y voir un affaiblissement potentiel de la tendance, cette inflexion reste notable.

les cours forex croisés au 22 décembre 2015

D’un point de vue technique maintenant, la paire USDCAD caracole à ses plus-hauts depuis plus de 10 ans (2004) autour des 1,40. Du coup, les chartistes perdent un peu leur repère et la prochaine résistance digne de ce nom se situe à 1,4180 puis ensuite à 1,43.

Aussi, je vous déconseille de vous positionner tout de suite sur USDCAD car d’un côté la hausse est déjà bien consommée mais de l’autre la baisse ne semble pas prête à se déclencher tout de suite.

Restez tout de même vigilant car un sursaut sur le pétrole provoquera immanquablement un rebond du dollar canadien tant de nombreux facteurs négatifs sont déjà dans les prix.

Si vous souhaitez être contrarien et travailler le dollar canadien à l’achat, je vous recommande la paire AUDCAD qui montre quelques signes de faiblesse.

La banque d’Australie étant plus accommodante que jamais et la situation de la Chine pesant encore sur l’économie australienne, c’est peut-être le pari de ce début d’année.

les cours forex croisés au 22 décembre 2015

En effet, alors que le dollar australien a atteint la parité, un premier retour sur 0,9880 puis 0,9750 semble probable. Il faudra toutefois attendre une confirmation des divergences qui naissent actuellement sur la paire car une chose est sûre, le Canada semble bel et bien englué dans ses sables bitumineux.

Bonnes fêtes de fin d’année à tous !

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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