Londres résistera-t-elle à une nouvelle crise des créances immobilières ?

Rédigé le 9 septembre 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

L’Anglo Irish Bank vient d’annoncer la perte semestrielle la plus élevée de son histoire (8,2 milliards d’euros). Cette institution que l’on pensait sauvée par l’Etat irlandais en 2009 — qui a déjà injecté 25 milliards d’euros — continue de subir le contrecoup du marasme de l’immobilier puis celui de la déconfiture des groupes de BTP et des promoteurs irlandais.

Face à l’accumulation des pertes — potentiellement 35 milliards d’euros –, le gouvernement a imaginé la création d’une scission des actifs assortie de la création d’une « bad bank » reprenant les actifs pourris sur le modèle du Crédit Lyonnais (en 1993) ou de la Northern Rock britannique (en 2008).

Mais Bruxelles et l’opposition irlandaise, tous partis confondus, exigent maintenant sa mise en banqueroute. Et le syndrome Anglo Irish Bank semble contagieux. La crise bancaire touche aussi les banques rivales, la Bank of Ireland et l’Allied Irish Banks, en partie nationalisées elles aussi…

Le montant des pertes affole les compteurs ainsi que les agences de notation. Les besoins plus élevés que prévus de recapitalisation du système bancaire irlandais ont conduit Standard & Poor’s à dégrader fin août la dette souveraine du pays, ce qui a immédiatement provoqué l’envol du rendement des emprunts à 10 ans à près de 6,1%.

Les pertes de l’Anglo Irish Bank absorbent toutes les économies réalisées via le plan d’austérité mis en place en décembre 2009… Mais il y a pire. En dépit de tant de sacrifices, tous les indicateurs économiques irlandais — activité industrielle et tertiaire, chômage, déficit public, marché immobilier — restent dans le rouge.

Focus sur le Footsie et l’ISEQ
Nous avons le sentiment de revivre les prémices de la crise de l’été 2008 et le cas Anglo Irish Bank ressemble à une sorte de Lehman au ralenti…

Nous étions dans l’oeil du cyclone de la crise depuis 12 mois… l’Irlande — qui joue un rôle de précurseur des tendances dans l’Union européenne depuis le début des années 90 — serait le premier des pays occidentaux à affronter le second épisode tempétueux de l’ouragan qui souffle depuis trois ans sur l’Atlantique.

Nous pourrions, pour illustrer notre propos, vous proposer une analyse détaillée du principal baromètre de la Bourse de Dublin, l’ISEQ, mais notre sentiment, c’est que le FTSE100, l’indice phare britannique reflète — avec quelques semaines de retard — une situation économique qui n’a rien à envier à celle de son homologue irlandais.

Le Footsie constitue non seulement une référence pour les investisseurs européens mais sert également de support à de nombreux dérivés (warrants, ETF, trackers) qui vous sont facilement accessibles — ce qui est loin d’être le cas pour l’ISEQ, dont le graphique induit effectivement une interprétation très baissière à moyen terme.

Un des éléments clés concernant cet indice, c’est qu’il s’est avéré incapable, malgré le puissant sursaut des premières séances du mois de septembre, de se hisser au-delà de ses planchers de novembre 2009 puis mi-février, fin juin ou mi-juillet 2010. Ceci confirme de manière éclatante la tendance négative en vigueur depuis la formation d’un splendide double sommet sous les 3 500 points mi-septembre 2009 puis fin avril dernier.

La correction (sous les 5 825 points) s’est amorcée à Londres, tout comme à Dublin vers la fin du mois d’avril et un plancher a été trouvé le 1er juillet à 4 800 points.

L’ISEQ avait entamé son rebond estival six semaines plus tôt, dès le 25 mai, mais la remontée s’est avérée deux fois moins importante que pour l’indice britannique. Aux alentours du 24 août, une brutale rupture à la baisse est intervenue avec l’inscription, dans la foulée, d’un nouveau plancher annuel vers 2 630 points.

Et c’est là que le Footsie a réussi un exploit unique en Europe. Le rebond de début septembre lui a permis de revenir au contact des 5 436 points (le zénith du 13 mai dernier) avec une clôture inespérée à 5 439 points le 6 septembre, dans des volumes inexistants.

Footsie : les perspectives de repli sont fortes
Londres est clairement la place où les opérateurs aiment prendre la conjoncture économique du « bon côté » — y compris au mépris de fâcheuses évidences. La hausse des indices y est surtout gouvernée par la liquidité plutôt que par les fondamentaux.

Le Footsie est systématiquement le dernier indice occidental à clôturer un mouvement de hausse moyen terme alors que c’est l’inverse pour l’ISEQ — étrange décalage pour deux pays solidairement victimes d’une bulle immobilière démesurée.

La principale différence, c’est que les ultra riches de la planète se précipitent pour acheter du très haut standing dans le centre de Londres, ce qui permet à la presse de titrer triomphalement sur le prix moyen des logements qui recommence à grimper… sauf que cette heureuse embellie ne concerne qu’une micro-élite de propriétaires londoniens.

Tirer de cas particuliers des conclusions ayant une portée universelle, voilà l’un des écueils contre lesquels la Bourse de Londres s’est souvent jetée avant de sombrer.

Revenu tester les 5 450 points (en intraday le 06 septembre), le FTSE100 dispose aujourd’hui du plus important potentiel de repli parmi tous les indices européens. Une cassure des 5 340 points — les MM150 et MM200 sont regroupées dans cette zone — préfigurerait le test du support oblique court terme des 5 200 points.

En cas de rupture, l’indice ne tarderait pas à enfoncer les 5 110 points (plancher du 25 août) pour glisser au contact des 5 000 points. Ce n’est pas seulement un seuil psychologique majeur, c’est aussi à ce niveau que transite désormais le support oblique ascendant long terme issu du plancher des 3 500 points établi de 3 mars 2009.

Sous les 5 000 points, le retracement du plancher annuel des 4 800 points du 1er juillet ne ferait guère de doute. Dans ce cas, Londres aurait encore une importante marge de repli avant de s’aligner sur la performance de l’ISEQ — depuis fin mai ou le 1er janvier 2010.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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