Fonds euros : quel futur « rendement net » attendez-vous ?

Rédigé le 23 août 2017 par | Europe, Toutes les analyses Imprimer

Première parution dans La Chronique Agora

Par Nicolas Perrin

Les autorités enchaînent les déclarations officielles rassurantes en direction des épargnants mais s’inquiètent de l’effet sur l’assurance-vie d’un possible retour de l’inflation.

« Le secteur bancaire et assurantiel français est solide, un des plus solides d’Europe et du G7 ». C’est en tout cas ce que nous assurait fin mai 2017 François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France, dans sa Présentation du Rapport annuel de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) pour 2016.

Du côté de ladite ACPR (le régulateur du marché de l’assurance), on met en avant le « sens des responsabilités » des assureurs. Même si, dans cette déclaration de fin mai 2017, l’ACPR prend toutes les précautions d’usage, précisant que la partie est loin d’être gagnée, les assureurs devant « rester vigilants et poursuivre l’adaptation de leur modèle d’affaires », etc. etc. – vous connaissez ce genre de langue de bois technocratique par coeur.

Bref, dormez, braves gens, les autorités veillent et il n’y a aucun risque à l’horizon. D’ailleurs, les réserves de rendement des compagnies d’assurance n’ont-elles pas plus que doublé en quatre ans, comme l’indique le cabinet de conseil Facts & Figures ?

Fin 2016, avec 3% de provisions pour participation aux bénéfices (PPB), 3,27% de plus-values latentes en actions et en immobilier ainsi que 1,23% de stock de plus-values obligataires, il est clair que les assureurs se sont disciplinés au niveau du versement d’intérêts relatifs à leurs fonds euros. Mais de là à juger, comme le fait le journal Le Revenu, que « les assureurs semblent aujourd’hui particulièrement bien armés pour soutenir dans le temps le rendement de leurs fonds en euros et pour faire face à un risque de crise obligataire », comment dire… je ne m’y risquerai pas !

En somme, quand elles s’adressent aux épargnants, les autorités tiennent des propos plutôt rassurants.

Mais en même temps…

Quand il s’agit de s’adresser à l’exécutif, le discours n’est en revanche pas le même. Début juillet, le même Villeroy de Galhau alertait par lettre le président Macron de l’urgence d’une reprise en main de la situation sur le plan budgétaire. « Il est vital de reprendre le contrôle de notre dette publique afin d’affronter une éventuelle hausse des taux d’intérêts. […] Le pays fera face à un choc de la dette souveraine en ne reprenant pas le contrôle sur sa dette publique avant que les taux d’intérêts n’augmentent brusquement », a prévenu le Gouverneur.

Quand on sait que la France est devenue championne du monde de la dépense publique – c’est en tout cas ce qu’établit un rapport de l’OCDE publié mi-juillet – avec des dépenses se montant à 56% du PIB, on ne peut qu’être d’accord. On félicitera au passage les anciens ministres et parlementaires qui nous ont permis d’atteindre un tel niveau d’excellence !

Les épargnants semblent aimer quand ça pique

Du côté des épargnants, la résignation domine. Un sondage réalisé début juin par Ipsos pour Assurancevie.com fait ressortir que 16% des Français détenteurs d’un contrat d’assurance-vie se déclarent « tout à fait satisfaits » du rendement de leur fonds en euros, quand 41% d’entre eux sont « assez satisfaits ».

Le sondage compte donc 57% d’épargnants qui trouvent que le fonds euros, c’est bien, voire génial, pour seulement 34% d’insatisfaits. Je ne peux pas m’empêcher de soupçonner un léger bourrage de crâne de la part des commanditaires dudit sondage. Voici qui commercialise de l’assurance-vie :

Type de commercialisateur Pour agrandir le tableau, cliquez dessus

Pour rappel, les contrats commercialisés par les banques sont très largement ceux qui affichent les taux de rendements les plus « moins satisfaisants » du marché. Ce sont aussi ceux qui vieillissent le plus mal en termes de rendement. Pourquoi donc ? Mais pour mieux vous croquer, mes enfants !

cBanque explique qu’en pratique, la rémunération du fonds en euros est généralement favorisée pour afficher des résultats flatteurs le temps de lancer le contrat. Lorsqu’il est ensuite fermé à la souscription et remplacé par une autre gamme de produits, la banque adopte alors la politique inverse !

Les épargnants apprécieront avec le retour de l’inflation

Il sera intéressant de suivre l’évolution de ces chiffres de « satisfaction » au fil des ans. Et cela d’autant plus que dans une étude publiée fin mai, l’ACPR table sur 0,2% de baisse de rendement des fonds euros chaque année pendant les huit années à venir.

Projection du TRA Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Si les choses se passent bien (baisse linéaire de 0,2% par an), le taux de rendement de l’actif (moyenne des fonds euros du marché – « TRA » sur le graphique) devrait poursuivre sa diminution pour se monter à 1,26% en 2025.

J’imagine ceux d’entre vous qui détiennent un fonds euros se dire « 2% jusqu’en 2020… c’est quand même pas mal ! ». Mais attention ! L’ACPR évoque ici le rendement des portefeuilles investis par les assureurs et non le taux servi aux assurés. Pour arriver à ce chiffre, il convient de retrancher de ce rendement les provisions et les frais de gestion.

A ce propos, Boursier.com rappelle qu' »à titre d’exemple et sur la base des données de 2016, on peut estimer que l’assuré reçoit 55% à 60% de la performance globale dégagée par l’assureur. En retenant les hypothèses de l’ACPR, les assurés toucheraient donc 1,5% environ en 2017 avec leurs fonds en euros… et autour de 0,7% seulement en 2025, avant prélèvements sociaux ». Forts de cette explication de texte, je vous laisse reconsidérer votre jugement au vu de ce que pourrait être le taux de prélèvement sociaux en 2025.

A noter que Facts & Figures estime qu’à 1,48% de rendement brut de frais sur le fonds euros, 2017 devrait constituer un point bas préalable à une remontée à 1,60% en 2019…

1,48% ou 1,60% ? Si vous voulez mon avis, on compte des queues de cerises. Bien plus important sera l’effet de l’évolution du retour de l’inflation sur le fameux « rendement net » du fonds euros, dont personne ne parle en ce moment.

[NDLR : comment gérer au mieux votre assurance-vie dans ce contexte, comment vous prémunir contre une éventuelle activation de la Loi Sapin 2 qui gèlerait les remboursements des fonds en euro ? Tout est expliqué ici.]

Mots clé : - -

Laissez un commentaire