Flash trading : tout cela manque de « Virtu »

Rédigé le 17 juillet 2014 par | Apprendre la Bourse, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Michael Lewis s’est offert une célébrité ultra-rapide en publiant un ouvrage consacré au trading haute fréquence, Flash Boys : a Wall Street Revolt.

Les super-mathématiciens spécialistes du HFT (high fréquency trading) estiment que ce livre est truffé d’imprécisions techniques ; les sceptiques estiment que la capacité des superordinateurs à manipuler les cours et exploiter des martingales y est très surestimée… Mais le courtier américain Virtu, spécialiste du HFT qui tentait de s’introduire à Wall Street il y a 3 mois, mettait en avant des performances techniques qui ont de quoi laisser songeur ou susciter une hostilité féroce… à tel point que l’IPO de Virtu a été reportée sine die.

VIRTU, trop bon dans le péché

Sur les cinq dernières années écoulées, Virtu n’a perdu de l’argent qu’à une seule reprise en l’espace de 1 238 séances de Bourse (de mars 2009 à mars 2014) ! Vu le tollé déclenché par cette révélation qui se voulait un argument commercial irrésistible pour les futurs actionnaires, Virtu a réalisé un peu tard qu’il aurait mieux fait de se la jouer modeste.

Mais cette gaffe, un autre intermédiaire boursier l’avait commise en 2009… et pas des moindres puisqu’il s’agissait de Goldman Sachs qui s’était vanté d’avoir gagné de l’argent sans jamais subir aucune perte de trading sur le Nasdaq durant 90 séances consécutives.

Alors Michael Lewis n’apporte peut-être pas que des démonstrations irréfutables dans son livre mais Virtu confirme le très fort soupçon que les marchés financiers sont allègrement truqués puisqu’en utilisant des algorithmes informatiques ultrasophistiqués, une dizaine de ces firmes qui officient à Wall Street gagnent miraculeusement à tous les coups !

Le procureur de l’Etat de New York, Eric Schneiderman, enquête depuis plusieurs semaines sur les traders haute fréquence qu’il soupçonne de manipulation de cours et de délits d’initiés. Ces derniers se défendent depuis des années en plaidant qu’ils rendent les marchés « plus liquides » : avec l’augmentation du nombre d’ordres en carnet, un investisseur trouverait plus facilement une contrepartie.

D’expérience, nous sommes des milliers d’utilisateurs à pouvoir témoigner que dès que la volatilité augmente, tous les ordres de ces pseudos-facilitateurs s’annulent en quelques millisecondes, laissant les acheteurs et les vendeurs confrontés à un soudain vide sidéral.

Mais il y a pire. Le courtier Virtu et ses semblables sont soupçonnés de pratiques déloyales comme par exemple le « momentum ignition ».

Une panoplie de flash trades pour vous flouer

Le « momentum ignition », c’est une stratégie de manipulation des carnet d’ordres via une émission massive d’ordres fictifs à l’achat ou à la vente, à proximité de la meilleure limite de prix, afin de créer artificiellement une bulle de très court terme en espérant qu’un maximum de robots moins sophistiqués mordront à l’appât. Les suiveurs, croyant déceler le surgissement d’une tendance, décalent à leur tour leur fourchette de prix et se font scalper par des ventes bien réelles tandis que tous les ordres d’achat initiaux s’annulent symétriquement (cela fonctionne naturellement dans les 2 sens).

Abusés, les suiveurs (enfin, leurs robots, car tout se déroule à la milliseconde ne l’oublions pas) liquident leurs positions pour limiter leurs perte.

Il y a également la technique « l’order anticipation«  qui exploite les nouvelles possibilités d’analyse et de réaction ultra-rapide aux données de marché offertes par le HFT, notamment par le biais des ordres flash, dits « ordres test » (ou « ping orders« ) déclarés depuis longtemps illégaux… mais difficiles à identifier comme tels.

Ces ordres sont exécutés instantanément en quand il y a une contrepartie… ou sont annulés dans le cas contraire (présence de faux ordres générés par d’autres petits malins). Ils permettent de détecter la présence d’un intérêt acheteur ou vendeur sur le marché (iceberg order), de lui brûler la politesse avant de lui revendre les titres avec quelques cents de gain (multiplié par des dizaines de milliers de titres, c’est très payant).

Si le caractère frauduleux de ces stratégies ne pouvait être démontré par la justice, il est cependant incontestable qu’elles parasitent l’activité des gérants et grèvent leurs performances… comme le ferait une bonne vieille taxe Tobin qui prétend elle aussi à instaurer un peu de vertu dans le trading.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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