Fitch dégrade l’Italie, et joue avec le feu

Rédigé le 3 septembre 2018 par | BCE, Taux & Devises Imprimer

FitchLa « finance » n’a pas fini de fourbir ses armes pour entraver ou annihiler l’action des gouvernements dont les orientations ne lui reviennent pas.

Cette fois, c’est l’agence de notation Fitch qui s’y colle et qui abaisse le perspective de la dette souveraine italienne à négative. Elle la dégradera même d’un cran au moindre dérapage budgétaire.

Spéculations sur les rachats de dette italienne

La semaine dernière, la presse financière se faisait l’écho de « rumeurs » de pressions émanant du gouvernement italien auprès de la BCE pour qu’elle muscle ses achats de dette italienne, même après l’arrêt du Quantitative Easing programmé fin 2018. La BCE continuera en effet « d’acheter du papier » pour maintenir son « bilan » à ses niveaux records afin de compenser les emprunts qu’elle détient et qui arrivent à échéance.

Le dirigeant de la Ligue du Nord et vice-président du Conseil, Matteo Salvini, nie avoir fait une telle demande. Il répond à Fitch en se prononçant aujourd’hui en faveur d’une augmentation des dépenses : il s’agit ni plus ni moins que de tenir les promesses électorales, ce que les dirigeants élus font rarement une fois parvenus aux affaires (souvenons-nous de la Grèce avec la capitulation du tandem « populiste » Tsipras/Varoufakis en 2015).

En Italie, le spectre d’un tsunami d’un krach obligataire

Son homologue – de gauche – et vice-président du Conseil, Luigi di Maio, a réitéré ce dimanche la promesse d’instaurer dès 2019 un revenu universel pour les plus pauvres.

En quelque sorte l’équivalent de notre RSA : reste à déterminer son montant – car tout se joue à ce niveau – parce que sur le principe, tous les gouvernements du Nord de l’Europe ont déjà institué un système équivalent pour éviter une explosion sociale.

Et l’Italie n’en est plus très loin : ses créanciers – et la BCE – ont tout intérêt à s’épargner ce scénario en laissant les déficits « filer un peu » et en faisant semblant de protester, pour la forme.

Mais si la dette italienne était réellement dégradée et sortait de la catégorie investment grade, un tsunami de ventes « techniques » se déclencherait et se transformerait en un krach obligataire de type Lehman… au carré ou au cube !

Fitch joue déjà avec le feu.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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