Des fissures apparaissent sur le CAC 40

Rédigé le 7 juillet 2014 par | Analyses indices, Cac 40, Indices, sociétés et marchés Imprimer

La saison de la publication des résultats trimestriels des entreprises va débuter. De fait, la semaine dernière, je vous ai proposé de prendre un peu de recul et de faire le point sur l’évolution du CAC 40 sur une vue long terme, et d’analyser 4 des plus importantes composantes de cet indice – j’ai nommé TOTAL, SANOFI, L’OREAL et LVMH. A elles seules ces valeurs représentent plus de 30% de la pondération du CAC. Et, actuellement, elles sont toutes au contact ou très proches de leurs résistances de très long terme.

Pour compléter ce tour d’horizon et continuer d’élargir notre perspective, je vous propose aujourd’hui de regarder le CAC 40 sous l’angle de sa « force relative » par rapport aux indices du S&P, du Nasdaq Composite et de l’Eurostoxx 50.

En préambule je vous rappelle que la notion de « force relative » permet de comparer la performance de deux sous-jacents afin d’en déterminer les forces et les faiblesses réciproques.

Généralement, les stratèges et certains gérants de fonds qui misent sur les tendances s’en servent pour déterminer lequel des sous-jacents offre la meilleure opportunité d’investissement par rapport à l’autre. Autrement dit, ils achètent les valeurs ou indices « forts » qui marquent une tendance haussière.

D’un autre côté, ils n’hésitent donc pas à vendre les « faibles » sachant surtout qu’en cas de retournement baissier sur les indices « forts », les « faibles » ont beaucoup plus de probabilités de dévisser bien plus conséquemment – justement à cause de leur faiblesse.

Il existe plusieurs méthodologies permettant de mesurer la force relative des sous-jacents. J’en ai sélectionné ici deux qui offrent une vision rapide et simple de ce phénomène. Sur chaque graphe ci-dessous vous retrouverez donc :

  1. la courbe de l’évolution du CAC 40 comparée aux autres indices. La force relative de chacun des indices se constate de visu ;
  2. la force relative calculée selon les principes de Mansfield – utilisée dans les travaux de Stan Weinstein. Elle est très parlante et c’est l’indicateur que vous retrouverez sous chacun des graphes de prix. En résumé, elle permet de représenter l’évolution d’une valeur par rapport à une autre (un titre ou un indice) sur une moyenne de 52 périodes par défaut. Si le CAC 40 est « fort » par rapport à l’indice comparé, l’indicateur est supérieur à la ligne de zéro et la zone est identifiée en vert. Inversement, si le CAC devient faible, alors l’indicateur passe en territoire négatif et la zone est identifiée en rouge.

Prêt ? On y va et on regarde ce que cela donne et ce que nous dit le marché.

CAC vs S&P

CAC40_SPXA tout seigneur, tout honneur, commençons par le S&P (en vert) et regardons la performance du CAC 40 (en bleu).

En comparant les deux courbes de prix, on constate de suite qu’à partir de début juin (flèche rouge sur prix), il s’est passé quelque chose : le S&P continue de fuser à la hausse alors que le CAC 40 – qui était précédemment pratiquement tout le temps « fort » par rapport au S&P depuis le début de l’année – a vu son évolution brusquement décrocher. Le phénomène est très clair et le décrochage du différentiel entre les deux indices assez brutal.

L’indicateur de force relative de Mansfield confirme lui aussi le changement opéré depuis début juin : le CAC est devenu faible par rapport au S&P.

CAC vs Nasdaq Composite

CAC40_NASDAQMêmes méthodologies mêmes constats – voire plus flagrants encore.

La comparaison des références prix des deux indices ainsi que l’indicateur de Mansfield donnent leur verdict : en juin, la situation bascule. Le CAC montre une faiblesse marquée par rapport à l’indice US.

CAC vs Eurostoxx 50

Sortons maintenant de la comparaison avec les indices US – même si d’une façon ou d’une autre se sont eux qui mènent la danse – et regardons plus près de chez nous, c’est-à-dire en comparant le CAC et l’Eurostoxx 50. CAC40_ESTOXX

Conclusion identique ici aussi : si l’on regarde la corrélation de l’évolution des prix entre le CAC (Bleu) et l’Eurostoxx (en vert), le CAC surperforme l’Eurostoxx depuis le début de l’année jusqu’en juin. Au niveau fondamental, cela pose quelques questions et me laisse dubitatif mais passons…

Et, à partir de juin, le rapport de force change du tout au tout : le CAC qui était « fort » par rapport à l’Eurostoxx devient « faible » et sa performance relative devient négative. L’indicateur de Mansfield confirme ici aussi le phénomène.

Conclusion

Vous l’avez compris : la roue a tourné depuis début juin. L’indice CAC 40 montre les premiers signes de fissure et, bien que toujours haussier sur une échelle de long terme si l’on prend pour mesure la tendance, les signes de faiblesse s’accumulent.

Les indices US donnent le « LA » sur les marchés. Ils sont tous sur leurs plus-hauts. Les banques centrales jouent le rôle de chef d’orchestre et continuent obstinément à arroser le marché de liquidités de façon à ce que la douce mélodie d’une symphonie en hausse majeure continue de tinter à nos oreilles.

Mais la saison des résultats du second trimestre va commencer. Et à la suite de la publication récente d’un PIB américain en baisse de 2,9% (énorme), instinctivement, je vois assez mal comment les entreprises pourraient publier des résultats en hausse ou battre le consensus.

Bref, j’ai comme un léger doute quant à la façon dont l’orchestre va jouer et pouvoir continuer à garder le tempo dans ces conditions…

D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, la lecture d’une dépêche parue pendant le week-end fait état d’un « profit warning » émis par TOTAL qui prévient que « les bénéfices au deuxième trimestre seront marqués par l’impact de marges de raffinage extrêmement faibles »…

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Gilles Leclerc
Gilles Leclerc
Trader

Gilles a tout d’abord commencé dans la grande finance. Avec un MBA de la prestigieuse université américaine de Hartford, il a ensuite intégré la direction Financière IBM Europe et ensuite d’IBM Corporation (headquarters mondial). Puis, peu à peu, la passion boursière le gagnant, il s’est tourné vers les activités de trading.

Cela fait maintenant 20 ans que Gilles trade sur les marchés et il se consacre exclusivement à cette activité depuis une dizaine d’années.

Dès 2008, il fut l’un des premiers à pressentir les modifications profondes qu’allaient occasionner l’utilisation intensive des algorithmes sur les marchés financiers ; il a su s’adapter en mettant en place de nouvelles stratégies de trading répondant à ce nouvel environnement. Il créa donc son propre système de trading tout à fait spécifique et basé sur des concepts innovants.

De façon à prouver la validité de son approche, il reste l’un des rares traders/analystes à poster régulièrement ses prises de position en « Live » sur un site d’Analyse Technique de renommée ( Univers Bourse ) où il partage l’intégralité sa méthodologie.

Il intervient désormais dans La Bourse au Quotidien afin de partager son expérience et de proposer ses analyses et sa méthode au plus grand nombre.

Un commentaire pour “Des fissures apparaissent sur le CAC 40”

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