Fin du QE et relèvement des taux : les marchés boudent

Rédigé le 20 mars 2014 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

Les marchés peuvent résister à une résurrection du spectre de la guerre froide, à la prise de conscience que la croissance réelle en Chine n’est que de 4,5% au lieu de 7,5%, à une contraction des chiffres d’affaires et des bénéfices en 2013… Oui les marchés peuvent résister à tout sauf à une « petit bout de phrase malheureux » perdu au milieu d’un discours de plus d’une heure.

Les marchés ont soudain perdu leur sourire béat suite à l’annonce que la Fed pourrait vider le bol de punch d’ici l’automne (tout le monde est au courant) et fermer le bar dès minuit,  empêchant les plus motivés des fêtards de poursuivre la beuverie.

La lecture du profit de la séance à Wall Street est édifiant : les indices US n’avaient guère réagi lors de la parution à 19h du communiqué qui confirmait une nouvelle réduction des achats mensuels d’obligations par la banque centrale de 10 Mds$ en avril (répartition inchangée avec pour moitié des RMBS et l’autre moitié des titres d’Etat). Un léger trouble s’était manifesté à la lecture d’un paragraphe qui indiquait que la Fed entendait également étoffer ses critères d’appréciation de la conjoncture sans donner plus de précisions.

Ces précisions sont en fait intervenues lors de la conférence de presse de Janet Yellen : les 10 premières minutes se sont déroulées dans le calme et la sérénité mais à la onzième, l’ambiance a radicalement changé, l’optimisme de façade s’est brusquement lézardé, en même temps que les indices US perdaient rapidement jusqu’à -1,1% en moyenne. Les opérateurs ont appuyé sur la touche « vente immédiate » lorsque Janet Yellen a daté le moment de relever les taux directeurs 6 mois après l’extinction complète du tapering.

Cela signifie donc que le durcissement monétaire pourrait intervenir dès le mois d’avril 2015 alors que les marchés espéraient pouvoir disposer sereinement de 15 à 18 mois de taux zéro (2 ans pour les plus optimistes) pour faire encore gonfler, gonfler les encours de produits dérivés à effet de levier.

Alors que marchés obligataires semblaient complètement déconnectés depuis le début de la semaine de l’actualité géopolitique, ils ont été victimes d’un réveil un peu douloureux. Le rendement a affiché rapidement une hausse de +10 points de base sur les T-Bonds à 10 ans (à 2,77%), ce qui a simultanément provoqué la plus lourde correction de l’or de l’année 2014 avec -2% à 1 330 $ l’once.

taux du 10 ans US

Les indices US ont également connu entre 20H10 et 20H12 un très net passage à vide, avec une perte moyenne de -1,1% qui effaçait intégralement les gains de la veille plus la moitié de ceux de lundi…

Mais, attendez… à la quasi veille de la séance des 4 sorcières, comment les choses ont-elle pu mal tourner ?

C’est comme imaginer le champion olympique de slalom disposant de 2 secondes d’avance rater la toute dernière porte ! Après avoir déjoué tous les pièges de la piste, les plaques de verglas, les gouttières, les changements de rythmes… c’est tout droit, il n’y a plus qu’à pousser une dernière fois sur les bâtons… mais il enfourche l’ultime piquet et part en vrille !

Inconcevable n’est-ce pas ?

Un coup de fatigue, une erreur en haut du mur d’arrivée (à une semaine de l’échéance, avec un Poutine qui traverse la piste au plus mauvais moment), cela peut arriver… Et nous nous y étions préparés en achetant des ETF bear sur le SP500 : notre tracker a pris plus de 1% hier.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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