Conflits en Corée… un allié très provisoire du dollar

Rédigé le 25 novembre 2010 par | Matières Premières Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Pyongyang vient de rappeler aux Américains (et à son allié Sud-Coréen) que sa capacité de nuisance demeure intacte malgré les spéculations entourant la succession de Kim Jung-il. Le pouvoir peut-il se transmettre indéfiniment de manière dynastique ? Le successeur n’a pourtant aucune véritable expérience en tant que dirigeant d’un pays aussi atypique et, qui cultive une paranoïa aiguë aussi bien vis-à-vis de son propre peuple que des Occidentaux…

Les obus nord-coréens ont fait des victimes humaines — ce qui est infiniment regrettable. Mais c’est surtout l’euro qui a fait office de victime collatérale. Et puisque le dollar retrouvait subitement son statut de monnaie refuge, Wall Street a dévissé de façon symétrique (-1,5%) tandis que les places asiatiques ont trouvé là un excellent prétexte pour corriger le récent rally haussier provoqué par le déferlement de liquidités (le hot money) induit par le QE 2.0 de la Fed.

La Fed semblait alors impuissante à enrayer la chute du dollar — et l’envol des actions et des matières premières

Heureusement, l’Europe fait faillite
Heureusement, l’euro s’est pris les pieds dans le tapis de la dette des PIGS à la mi-novembre, et les bulles ont commencé à se dégonfler à la lecture du plan d’hyper austérité budgétaire auquel l’Irlande a promis de se soumettre. Le résultat d’une telle purge n’est nullement garanti. Le pays se prépare à effacer des décennies de progrès social (au seul profit d’un trio de banques qui vont de surcroît disparaître du paysage économique sous leur forme actuelle) puis, à s’imposer une véritable ère glacière économique (le sacrifice d’une dizaine de points de PIB sur 3 ans). Tout ça pour réduire son déficit de 32% à 3%.

Ce mercredi 25 novembre, Standard & Poor’s vient de dégrader la dette irlandaise de AA- à A+ — Moody’s devrait s’aligner dans la foulée.

De l’avis de nombreux experts, le Portugal est le prochain pays sur la liste alors que la prime de couverture (via les CDS) dépasse maintenant les 500 points de base — par rapport au Bund allemand qui rapport 2,4% sur la maturité 10 ans.

L’Espagne se retrouve à son tour sur la sellette avec des CDS affichant près de 400 points de base et si ce pays n’était pas concrètement au bord de la faillite, personne ne presserait Lisbonne à faire appel, au plus vite, aux liquidités bon marché (4,5% dans le cas grec ou irlandais) offerte par l’Europe et le FMI.

Les spéculations sur la partition de la Zone euro entre pays « vertueux » (centraux et exportateurs) et pays « périphériques » (structurellement déficitaires) qui ont bâti une illusoire richesse sur le modèle américain (bulle immobilière, gonflement des effectifs du secteur public) alimentent de nouveau les conversations.

Mais pas de panique… Il suffit aux médias de mettre l’accent sur les muni-bonds américains en détresse, les déficits insondables de la Californie ou du Neveda pour que les difficultés de la Zone euro soient relativisées et pour que le dollar rebaisse.

Et l’euro/dollar touche un point bas
Il vient précisément d’effacer 50% du repli lié à l’anticipation puis à la confirmation du QE-2 de la Fed : parti de 1,26 (le 15 septembre), il a dévissé jusqu’au contact des 1,43€ (le 4 novembre) avant de ressortir de son canal baissier en débordant la MM50 qui gravite vers 1,3730 (le 11 novembre).

Graphique: EUR/USD SpotCliquez sur l’image pour l’agrandir.

Et le scénario frôle la perfection du point de vue graphique : à 1,33€, plusieurs choses nous sautent aux yeux. Le dollar vient tester simultanément la MM100 et le support oblique qui unit les points bas du 10 juin à 1,18 et de la mi-septembre à 1,26.

L’occasion de prendre des bénéfices sur le billet vert semble techniquement idéale. Reste à vérifier que la Corée du Nord obtienne toute l’attention qu’elle souhaitait attirer L’enjeu reste d’éviter que tombe un jour le rideau de bambou derrière lequel elle peut continuer d’opprimer son peuple.

Les derniers survivants ayant gardé le souvenir de l’époque où la Corée était « une et indivisible » auront bientôt disparu. Pyongyang espère que la partition sera irréversible, les deux populations étant devenues totalement étrangères l’une à l’autre, les familles séparées n’ayant bientôt plus aucun de leurs membres ayant eu une période de vie en commun.

Une escalade militaire entre les deux Corées semblant peu probable — et stratégiquement suicidaire pour Pyongyang –, le dollar devrait entamer une consolidation en direction des 1,3750€ (MM50 et ex plancher du 15 au 28 octobre).

Le dollar devrait donc poursuivre sa chute face à l’euro
A moyen terme, le billet vert pourrait s’en aller tester la grande résistance unissant les sommets de juillet 2008 (1,618) et novembre 2009 (1,515), ce qui nous donnerait un objectif de 1,445 à 1,455€ — en fonction du temps nécessaire pour re-franchir à la baisse le palier des 1,42€.

Graphique: EUR/USD SpotCliquez sur l’image pour l’agrandir.

Mais attention : un tel scénario ne préjuge en rien d’une hausse symétrique des actions telle que nous avons pu l’observer ces trois derniers mois.

En effet, les marchés vont devoir réévaluer leur conception mécaniste de la relation entre la baisse du dollar et la hausse de Wall Street si les taux commencent à se tendre de part et d’autre de l’Atlantique sous l’effet d’un excès de dette qui excède la capacité de financement des créanciers (Chine, Japon, monarchies du Golfe, Brésil…).

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Conflits en Corée… un allié très provisoire du dollar”

  1. […] En analysant de plus près mes graphiques, j'ai pu remarquer que cette nervosité indiciaire touchait davantage l'Europe et l'Asie que les Etats-Unis. Les Américains, qui viennent de fêter Thanksgiving, ne semblent donc pas vraiment troublés par l'actualité des dettes souveraines en Europe ni même souffrir des tensions actuelles entres les deux Corée. […]

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