Faut-il remettre en cause le concept de banque universelle ?

Rédigé le 10 octobre 2011 par | Apprendre la Bourse Imprimer

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Suite aux crises de dettes et aux risques bancaires qui planent sur nos têtes, de nombreux politiques souhaiteraient cloisonner les activités bancaires.

Comme je vous le disais vendredi, je trouve cela stupide :

 « Il est absurde de vouloir revenir au Glass-Steagall de 1933 aux Etats-Unis qui a mis en place une séparation entre les métiers de banque de dépôt et ceux de la banque d’investissement. Compte tenu de la complexité des économies modernes, cela reviendrait à créer des distorsions majeures dans le fonctionnement de l’économie. Il est quand même étrange, dès qu’une crise survient, que l’on en revienne à ces vieux réflexes soviétiques, tout particulièrement dans notre pays. »

Les différents types de banques
La Banque de Détail s’adresse aux acteurs de l’économie réelle (vous et moi, PME, professions libérales, collectivités locales, associations). Elle a une fonction d’intermédiation et de transformation.

La Banque de Financement et d’Investissement (BFI) apporte des services sophistiqués à des grandes entreprises. Elle offre des services liés à l’accès aux marchés actions, obligataires, de taux et de change (émission, syndication, couverture…). C’est aussi elle qui va s’occuper de conseiller l’entreprise en matière de fusions et d’acquisitions, lui permettre l’accès aux financements bancaires plus ou moins complexes… Parmi les activités de la BFI, on peut également citer le trading pour compte propre ainsi que l’arbitrage.

La gestion d’actifs (encore appelée asset management) consiste à optimiser les liquidités confiées par des investisseurs particuliers et institutionnels sur les marchés financiers en investissant dans différentes classes d’actifs.

Enfin la Banque Privée concerne la commercialisation de services financiers à forte valeur ajoutée (gestion patrimoniale, optimisation fiscale).

Cloisonner Banques d’Investissement et Banques de Détail serait stupide
Revenir à une stricte séparation des métiers reviendrait à détruire des richesses et des synergies, et serait catastrophique d’un point de vue économique et social. Tenez, par exemple : fabriquer des solutions de financement aux coûts les plus intéressants pour de petites entreprises d’une Banque de Détail suppose que l’on puisse avoir recours aux techniques et produits de la BFI.

De même concevoir des produits d’épargne à capital garanti et correctement indexés sur la performance d’un sous-jacent financier qui vont être proposés par la Banque de Détail à un client (vous et moi) suppose là aussi une ingénierie financière maîtrisée au sein de la BFI et la capacité de celle-ci à gérer la complexité du produit vendu sans que le client n’ai besoin d’y comprendre quoi que ce soit.

De même supprimer le trading et l’arbitrage en salle de marché n’a pas de sens comme le réclament des politiques, aussi démagogues que populistes (il est vrai que ceux-ci n’ont souvent jamais mis les pieds dans une entreprise et seraient bien embarrassés pour analyser le compte d’exploitation et le bilan de celle-ci). C’est en tout cas profondément méconnaître le fonctionnement des marchés financiers.

On sent bien que tout ceci n’a rien à voir avec les excès de la finance et les effets de levier mal maîtrisés.

Et j’ai des idées sur les changements qu’il faudrait apporter
En prenant position en permanence et en assurant un market making minimum sur certains actifs (cash ou dérivés sur des classes d’actifs aussi diverses que les taux, les actions ou le change), les traders apportent de la liquidité au marché. Après tout, ils sont acheteurs auprès de vendeurs et vendeurs auprès de ceux qui veulent acheter.

La sur-médiatisation d’affaires récentes ne doit pas remettre en cause ce type d’activités. Il faut plutôt s’orienter dans deux directions fortes :

  • les dispositifs de contrôle doivent être non seulement renforcés mais surtout crédibilisés. Certes celui qui contrôle les risques ne doit pas être un opérationnel des marchés. On peut facilement donc adhérer à l’idée de séparation des fonctions entre front, middle et back office. Mais il ne faut surtout pas qu’il y ait séparation de savoirs et de compétences ! Beaucoup de crises récentes sur les marchés ont été compliquées à gérer justement à cause d’une complexité de plus en plus grande des techniques et instruments financiers (options de seconde génération, titrisation à base de dérivés, leverage dans des montages complexes…) ;
  • Il faut imposer des limites au poids de certains actifs dans les portefeuilles (en les pénalisant en termes de fonds propres consommés). Car après tout, les prises de positions purement spéculatives (qui ne sont pas liées aux fondamentaux et qui déstabilisent les prix de marché) ne sont pas uniquement dues à un torrent de liquidités déversées sur les marchés, mais aussi à des exigences de fonds propres parfois insuffisantes.

Arrêtons de tirer sur les ambulanciers
Les arbitragistes jouent un rôle de régulation des prix de marché. Alors certes, ils profitent des anomalies de valorisation de certains actifs (ils vendent ce qui est surévalué et achètent ce qui est sous-évalué). Certes ils utilisent souvent et massivement les effets de levier et oui, il y a des limites liées aux modèles d’évaluation d’actifs. Mais globalement, ce type de métier participe au fonctionnement efficient des marchés.

C’est parce qu’il existe des traders et des arbitragistes que les utilisateurs finaux peuvent couvrir leurs risques sur les marchés financiers. Que vous pouvez par exemple couvrir votre portefeuille actions, que vous pouvez diversifier vos actifs, que les gestionnaires de bilan en banque peuvent couvrir leurs gaps de taux et de liquidité, que les industriels peuvent se couvrir contre des variations de change. En fait, nous transférons tous les risques financiers que nous ne pouvons pas supporter d’un point de vue économique et réglementaire sur les BFI.

Donc oui, la finance a besoin d’être règlementée – et sans doute même « moralisée » pour reprendre un terme à la mode. Mais encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle, et savoir distinguer les activités de marché économiquement utiles et celles qui ne le sont pas – sujet pas simple mais sur lequel bon nombre d’entre nous ont certainement des idées pleines de bon sens et d’application simple…

PS : vous pouvez relire toutes mes dernières analyses sur le secteur bancaire ici :

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

5 commentaires pour “Faut-il remettre en cause le concept de banque universelle ?”

  1. Très bon article dont je partage beaucoup des points de vues et suggestions !

  2. Je vous rejoins Mory sur votre analyse. Cloisonner les activités est un non sens, par nature chaque activité bancaire impose des contraintes d’organisation qui obligent à choisir les métiers exercés.
    Le problème provient paradoxalement d’une surliquidité artificielle, les crédits bancaires ne représentent qu’une part limitée du financement de l’économie et les liquidités disponibles ne peuvent s’investir que dans des titres. Hors bien souvent, les titres financent l’achat de titres comme lors de la crise de 29 sur le marché US.
    Je ne vois alors qu’une solution : privilégier économiquement et fiscalement l’intermédiation bancaire pour dégonfler la bulle…

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