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Face au grand scandale des banques centrales, je suis plus « pitbull » que jamais

Par Philippe Béchade24 Oct 2016

Je rappelais à ces lecteurs que le pitbull symbolise, à mes yeux, l’alliance de la vigilance, du flair et de la pugnacité. Lorsqu’il sent qu’un coup fourré menace les investisseurs-épargnants, il donne l’alarme et s’interpose. Au besoin, il montre les crocs.

En ce qui concerne mes écrits, ils se veulent mordants. Un pitbull est d’autant plus efficace qu’il n’épuise pas ses forces en aboiements. Des oreilles dressées, un grognement sourd et des muscles contractés sont bien plus intimidants que les bonds désordonnés et les concerts de jappements confus d’un chien dit « de garde ».

Il n’y a plus de marché

La question suivante concernait assez naturellement ce qui me donne envie de mordre. La réponse qui me vient spontanément, c’est l’abolition des marchés par les banques centrales.

Je me dois de préciser qu’il ne s’agit pas d’un trait dont je pourrais revendiquer l’exclusivité : beaucoup d’autres rédacteurs des Publications Agora le partagent.

Car de « marchés », il n’en est plus question dans un système financier où le cours des actifs est administré à la soviétique ou à la nord-coréenne.

Une précision : je suis de culture libérale (mais pas néo-libérale) et je le revendique sans honte. Je ne suis pas le pourfendeur de l’économie de marché et encore moins celui qui rêve de mordre la « main invisible » d’Adam Smith.

Comme tout lecteur nourri par la pensée des économistes de la Société du Mont-Pèlerin (Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Karl Popper mais également Bertrand de Jouvenel, Maurice Allais… et leur inspirateur commun Alexis de Tocqueville), j’aspire à ce qu’un marché libre et efficient constitue l’arbitre suprême des meilleures options économiques et sociales.

De fait, j’aimerais que nous soyons plus nombreux à essayer de mordre la main des banques centrales qui tirent les grosses ficelles désormais au quotidien afin qu’aucune reconnexion entre la valeur des actifs et la réalité économique ne s’opère jamais. Et qui transfèrent cyniquement la richesse de vos poches vers celles des ploutocrates.

Je vise en priorité ceux qui excellent dans le jeu des revolving doors (spécialistes de l’alternance entre le public et le privé), jamais élus, mais toujours bénéficiaires des prébendes et des opportunités de carrière au plus haut niveau, volant de cabinets ministériels en postes de grands patrons, puis repassant du statut de très hauts fonctionnaires (à Bruxelles, Washington, Francfort, etc.) à celui de conseillers des plus grandes banques d’affaires.

La conception du marché de ces gens, c’est « miser pour doubler la mise à coup sûr ». Et si possible, au moyen de l’argent des autres. Pile ça gagne et c’est pour leur poche, face ça perd et c’est le contribuable qui renfloue.

Mais tous viennent devant les micros et les caméras déclarer la main sur le coeur qu’ils sont les plus ardents défenseurs de « l’économie de marché » et que leur action toute entière est destinée à garantir l’égalité des chances et la prospérité pour tous. Cela fonctionne si bien que 75 personnes possèdent désormais autant de richesse que la moitié des 7,5 milliards d’habitants de la planète.

Ou encore : 1% des citoyens du monde possèdent autant que les 99% restants.

Ou encore : le pouvoir d’achat réel de la middle class américaine a chuté de 20% depuis la chute du mur de Berlin tandis que la fortune cumulée des ultra-riches a plus que doublé. Elle enregistre une accélération exponentielle depuis que les banques centrales ont instauré les taux zéro et inondent les marchés de liquidités, qui se déversent toutes dans les mêmes poches, ridiculisant la « théorie du ruissellement ».

Non seulement, travailler rapporte de moins en moins, mais pour ceux qui ont la chance de gagner assez pour épargner, l’alternative, c’est désormais des placements obligataires sans rendement déposés dans des organismes qui ont biffé la mention « capital garanti » (voir par exemple, la Loi Sapin II) ou des achats d’actions d’entreprises au plus haut historique et dont la principale activité consiste souvent à racheter leurs propres titres.

L’économie de marché, version 21e siècle

Pour en revenir à l’économie de marché version 21e siècle, mon tempérament pitbull refait brutalement surface avec l’évaporation de l’intégrité de ceux qui revendiquent le statut de Maîtres du monde et du destin des pays et de leur monnaie.

Dois-je vous rappeler combien Ben Bernanke, l’ex-patron de la Fed, a amassé de dizaines de millions de dollars depuis qu’il laissé sa place à Janet Yellen en donnant quelques conférences, quelques « avis » aux Hedge Funds et en faisant des placements judicieux ?

Oui : des « placements judicieux »…

Et le couple Clinton dont la fortune se calcule désormais en centaines de millions de dollars en incluant la Fondation Clinton (celle qui ouvre tant de portes pour investir au Proche-Orient, en Iran, en Afrique, à Haïti…)… Résulte-t-elle d’une judicieuse mise en application de lois du marché et d’une préoccupation constante du bien commun ?

Que deviendra l’économie de marché en cas d’élection d’Hillary Clinton ? Laquelle pourra compter sur la pleine et entière coopération de la Fed, dont l’une de ses membres, Lael Brainard, soutient ouvertement la candidate démocrate et est pressentie comme future secrétaire d’Etat au Trésor ou autre fonction de haute volée auprès de la Maison Blanche.

Voici un sujet de dissertation estampillé « pitbull »

L’économie de marché peut-elle s’accommoder sans dommage d’une double montée en puissance du dirigisme monétaire et du trafic d’influence au plus haut niveau ?

Vous avez cinq heures. C’est une épreuve de coefficient 12. Si vous parvenez à convaincre le jury que c’est possible, vous recevrez votre poids en lingots ou en pièces de 20 $ or. Vous pouvez nous faire confiance : cet or a été déposé en garantie auprès de la Deutsche Bank.

Ah, malheur : Attendez !

On nous indique dans l’oreillette que la DB aurait égaré le précieux métal et nous propose en dédommagement l’équivalent en numéraire sous forme d’une grosse ligne de sa propre dette junior « à mezzanine », remboursable en 2046.

Vous en voulez ?

photo auteur

Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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