Zone euro : une situation bien singulière

Rédigé le 18 janvier 2011 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Le scénario boursier, monétaire, macro-économique auquel nous sommes confrontés depuis le 1er janvier défie l’analyse conjoncturelle classique mais aussi, et surtout, l’analyse technique qui sert pourtant de grille de lecture au Billet du Trader.

Nous avions le choix entre plusieurs supports pour illustrer la singularité de la situation. Le plus familier reste le CAC 40, le plus pertinent aurait pu être la parité avec le dollar…

J’ai finalement choisi de privilégier l’Eurostoxx 50. Cet indice met, en effet, le mieux en lumière la succession de pièges tendus aux gérants et traders en ce début d’année.

Que se passe-t-il dans la Zone euro ?

Death cross sur l’EURUSD
Commençons par l’événement le plus remarquable aux yeux des opérateurs extérieurs à la Zone euro et, pour qui, le facteur devise constitue un élément de décision prioritaire et incontournable : l’enfoncement du support des 1,31$ par l’euro.
Cet événement a été confirmé par une glissade sous les 1,3060$ (plancher annuel intraday) tandis que les 1,29$ faisaient partie des signaux sur lesquels se bâtissaient les scénarios d’investissement à moyen terme.

Graphique: EURUSD (données journalières)Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

La nouvelle orientation baissière de la monnaie unique apparaissait d’autant moins douteuse que la moyenne mobile à 50 jours coupait la MM100 — précisément dans la zone des 1,3350$ qui a fait office de résistance aux cours des 48 premières heures de l’année 2010.

Il n’y a pas un seul précédent — nous disons bien pas un seul depuis novembre 1999 — où ce croisement de moyennes mobiles baptisé death cross, étayé par un repli collectif des oscillateurs techniques toutes unités de temps confondues, ait été suivi d’un soudain rebond de l’euro de +3 à +3,5% comme celui qui vient de se matérialiser.

Des niveaux de taux insoutenables
Nous voulons bien convenir que l’histoire ne se répète pas éternellement et que toute règle a son exception mais les cas de fausse sortie baissière ou haussière sur le dollar sont rarissimes. D’autant plus lorsque l’inflation se remet à grimper aux Etats-Unis à un rythme supérieur à 4% (s’agissant des prix à la production) tandis que les prix des carburants s’envolent à la pompe.

Le discours de la Fed consistant à prétendre que tant que le marché du travail restera déprimé il n’est pas question de remonter les taux ou de suspendre le quantitative easing n’est plus tenable. Si la Banque centrale ne veut pas revenir sur sa stratégie d’argent gratuit, les marchés se chargeront de renchérir le coût du crédit par ailleurs, moyennant une dégradation des marchés obligataires.

En Europe, les marchés ont peut être joué à se faire peur au sujet des problèmes de refinancement des PIGS mais, contrairement aux plus noirs scénarios, les adjudications ont reçu un bon accueil. Pour autant, les taux, s’ils ne sont pas tendus au-delà des récents sommets, n’en demeurent pas moins à des niveaux insoutenables pour ces pays. Une hirondelle ne fait pas le printemps…

Qu’en est-il de l’Eurostoxx 50 ?

Retournement haussier totalement inattendu
Le principal baromètre boursier de la Zone euro, l’Eurostoxx 50, a entamé l’année 2011 par une fausse sortie à la baisse sous la MM100 sous les 2 800 points.

C’est le genre de « faux pas » qui n’a jamais pardonné depuis la mi-août 2010. Il n’y a aucun exemple où une telle rupture n’avait pas débouché sur une poursuite de la correction avec des écarts voisins de -5%. Surtout quand le signal baissier est étayé par l’ouverture d’un gap de rupture d’une netteté incontestable — avec repli des oscillateurs hebdomadaires à l’appui.

Graphique: Eurostoxx 50 (données journalières)Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Le retournement haussier prend tous les oscillateurs techniques à contre-pied et le débordement de la résistance des 2 900 points (du 25 octobre au 9 novembre 2010) 48 heures après la cassure des 2 800 points en direction des 2 700 points est de très loin le scénario qui apparaissait le plus improbable.

Faute d’obstacles graphiques détectables à court terme, il faut considérer que le potentiel d’appréciation n’est menacé d’aucune entrave avant les 2 960 points où se combinent une série de résistances obliques court ou moyen terme… Le principal objectif graphique se situe vers 3 000/3 015 points (zénith de janvier et avril 2010).

La prudence s’impose
Mais faut-il accorder plus de crédit à une sortie haussière validée avec une marge positive de +1% qu’à la rupture baissière l’ayant précédée et confirmée avec une marge négative de -2% ?

Très honnêtement, nous ne connaissons pas la réponse mais nous recommandons de ne pas défier les marchés en tranchant formellement en faveur de l’hypothèse haussière parce qu’elle est « dans le sens de l’histoire ». Avec 80% d’opérateurs se déclarant optimiste, c’est le diagnostic inévitablement induit par ce genre de consensus univoque.

Un motif supplémentaire de prudence : l’indice de stress, le VIX est au plus bas depuis 2006. Il flirte avec les 16, un plancher historique.

Est-ce concevable avec une inflation réelle à 8% en Chine ou en Inde et 2 500 milliards de dette à refinancer pour les 10 plus grands pays occidentaux ?

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.
Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Zone euro : une situation bien singulière”

  1. […] d'ici la fin du premier trimestre 2011. Si nous prenons comme référence l'Euro Stoxx 50 (récemment passé en revue), nous observons déjà une progression annuelle de +8% en cinq semaines à 3 020 […]

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