La FED et la BCE toutes deux sous pression

Rédigé le 28 octobre 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Ce mercredi soir, après la BCE de jeudi dernier, ce sera au tour de la FED d’annoncer sa politique monétaire. La promesse d’une hausse de taux avant la fin de l’année est de plus en plus difficile à tenir.

Certes, les statistiques macro-économiques américaines sont moins mauvaises qu’ailleurs… Cependant, l’équilibre reste fragile et la reprise faiblit. Jugez plutôt : les indices d’activité dans la plupart des régions – ainsi que le Beige Book publié la semaine passée – illustrent la fin du rebond technique de l’activité et la difficulté de retrouver un rythme régulier de croissance outre-Atlantique.

Et même si la plupart des enquêtes montrent un optimisme du côté des acteurs économiques, les statistiques de la production industrielle (-0.2% le mois dernier) ou de l’emploi, montrent tout de même  une stabilisation, voire un léger déclin. Deux districts (Richmond et Chicago) ont aussi signalé un ralentissement du rythme de la reprise. De même, dans le reste du pays, la croissance est jugée « modeste ».

Enfin et surtout, la force du dollar a été citée comme un problème dans ce fameux Beige Book.

Que ce soit du côté de l’industrie et de l’énergie (les exportations sont pénalisées) ou du secteur touristique qui se plaint d’une baisse de la fréquentation, le problème de la force du dollar va commencer à se poser. De grandes sociétés, comme IBM récemment, ont reporté un impact négatif de la hausse du dollar dans leur résultat.

BCE : Mario Draghi a joué le tout pour le tout !

Mario Draghi a secoué une nouvelle fois les places financière la semaine passée. Les marchés étaient plongés dans une attente sans fin, voyant la volatilité se réduire comme peau de chagrin et les traders se languir devant leur plateforme.

Puis Mario entra.

14h28, deux petites minutes en avance. Dès les premiers mots, l’euro plongeait sous 1,12 $ pour ne s’arrêter que sur la zone clé et psychologique des 1,10$ quand le président de la BCE annonçait une revue de la taille du quantitative easing dès décembre.

Clairement, Mario Draghi a donné aux investisseurs ce qu’ils voulaient : de la visibilité et une promesse de liquidité en plus. Les marchés actions saluèrent très vite les déclarations de la BCE avec une hausse de plus de 5,5% sur la fin de semaine dernière pour les contrats futures CAC40. L’indice allemand, le DAX, s’est lui aussi s’est apprécié de près de 6% repassant au-dessus de la zone clé des 10 500 pts.

Néanmoins, cette « bonne » nouvelle aux yeux des marchés, reflète à nouveau toute la difficulté de la banque centrale à tenir son mandat et à ramener l’inflation sur son objectif tout en ménageant la croissance. Avec des prix toujours déprimés, la BCE se retrouve dans la même situation que la banque du Japon (qui se réunira d’ailleurs ce vendredi) : elle ne peut désormais plus qu’annoncer des mesures toujours plus pharaoniques… même après avoir déjà injecté près de 600 Mds€ depuis mars dernier.

L’objectif de la BCE est clair : elle veut redonner de la confiance et de la visibilité au marché quitte à s’engouffrer sur un chemin sans retour.

Hier, Ewald Nowotny, un membre du directoire de la BCE, reconnaissait lui-même qu’il serait très difficile de revenir à une politique monétaire « normale ».

Attention au second effet « pas cool »

Nous avons ainsi deux banques centrales, à deux stades différents de leur cycle monétaire, dans une situation inédite car sans réels précédents.

D’un côté la FED qui, pour garder sa crédibilité, s’est sans doute trop avancé ou a surestimé la capacité des États-Unis à revenir à un rythme satisfaisant de créations d’emplois. À vrai dire, une hausse de taux en fin d’année devient de moins en moins probable. Mais, plus important encore, la FED n’est pas aujourd’hui en mesure d’entrer dans un cycle de remontée classique. Même en cas de hausse des taux de 0,25%, qui serait en définitive assez symbolique, Janet Yellen devrait garantir aux marchés une stabilisation à long-terme avec des taux relevés, mais très-bas.

De même qu’en Europe, la pression sur les prix est inexistante et les salaires ne progressent pas assez pour justifier une véritable action, et ce alors même que le dollar fort pénalise de plus en plus d’activités stratégiques de firmes européennes importatrices.

Reste que la BCE a de nouveau utilisé son arme, de loin la plus efficace : la rhétorique de Mario Draghi qui, accordons-lui cela, a un réel talent pour donner aux marchés ce qu’ils attendent. L’environnement électoral dans la plupart des pays européens ne permet pas à la BCE de compter sur de grandes mesures ou réformes structurelles de la part des pays en difficulté. Avec un environnement déflationniste et une croissance atone qui menace même désormais la locomotive allemande, la BCE n’a plus guère que la fuite en avant dans le quantitative easing pour tenter d’inverser la tendance.

Si les marchés ont salué ces promesses de liquidités, la tendance fait encore réellement défaut après les secousses de cet été.

Après l’euphorie pourrait donc venir le temps des déceptions. Attention donc à la nervosité majeure des indices qui devraient encore connaitre de nombreux soubresauts !

EURUSD : Au bord du gouffre… mais pas encore tombé

Il est toujours intéressant de s’intéresser aux forces relatives des devises, au sens de l’évolution des devises en regard de toutes les autres.

Ce premier graphique livre une surprise. L’euro est au final plus solide que le billet vert depuis le mois de mars 2015. L’euro faible serait-il donc une vue de l’esprit ?

la paire eurusd au 28 octobre en force relative

Si l’on se penche maintenant sur un graphique journalier de la paire EURUSD, nous constatons qu’elle a su se maintenir, depuis plusieurs mois au-dessus de ses supports majeurs, et a même initié un canal haussier.

la paire eurusd au 28 octobre

Certes la capacité de rebond est fortement réduite par les actions de la BCE mais il devient de plus en plus évident qu’une force sous-jacente maintient à flot la paire.

En effet, avec un tel différentiel « théorique » de politique monétaire, la parité aurait déjà dû être approchée, voire dépassée. C’est pour cette raison que je serai très prudent sur les velléités baissières de la plupart des analystes. Je préférerais toujours de loin la prudence plutôt qu’un consensus trop important.

Face à de tels cours, nous pouvons initier une stratégie à double configurations :

Dans tous les cas, la véritable gagnante du moment est la volatilité et je vous invite donc à sécuriser rapidement vos positions afin d’éviter d’être piégé par des contre-pieds intempestifs du marché qui devraient se multiplier d’ici la fin d’année.

Bons Trades à tous !

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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