Eurotop 100 : validation d’une tête-épaule ?

Rédigé le 8 avril 2011 par | Autres indices Imprimer

Les indices boursiers ont de belles têtes de winners selon les chartistes : le Dow Jones vient d’inscrire un nouveau record annuel au-delà des 12 400 points, le S&P retrace les 1,340 points et le Nasdaq Composite hisse le bout de son menton au-dessus du mur des 2 800 points.

Le monde n’a pas le moral Les derniers chiffres US (sauf les créations d’emplois) indiquent que l’économie américaine est au bord de la rechute conjoncturelle sous l’effet combiné de l’inflation et de la déprime des consommateurs qui ne voient aucun signe d’amélioration poindre du côté de l’immobilier ni du climat social. Et pour cause : les municipalités les plus endettées licencient à tour de bras, les services publics se désintègrent, l’insécurité progresse.

L’Europe, malgré ses PIGS au bord de la faillite avec des taux de chômage de 15 à 20%, ferait presque envie dans la mesure où les filets de protection sociale existent encore dans les pays qui affichent encore une notation « AAA » de leur dette souveraine.

D’autre part, la BCE n’ose pas nier, contre toute évidence, la résurgence des pressions inflationnistes – contrairement à la Fed qui continue de se comporter comme si le problème n’existait pas.

Duel Fed/BCE en préparation : l’or est la valeur refuge J.-C. Trichet apparaît aujourd’hui plus crédible que Ben Bernanke et le franchissement du cap des 1,43 dollar (objectif 1,50/1,51) démontre que les cambistes ne font pas confiance à un patron de banque centrale qui imprime de la monnaie à tour de bras et ne semble proposer aucune stratégie pour sortir de la spirale de la dette.

La glissade du dollar n’est a priori guère favorable aux valeurs exportatrices de la Zone euro mais la priorité des investisseurs est actuellement de chercher refuge ailleurs que sur le billet vert. Le nouveau record de l’or à 1 460$ et le « plus haut » de l’argent-métal depuis 31 ans, la flambée du Brent à plus de 122$ le baril s’expliquent assez largement par la défiance qu’inspirent les Etats-Unis, incapables de maîtriser leurs déficits et adoptent la politique de l’autruche face à l’inflation.

Autrement dit, les actions cotées sur le Vieux Continent participent également à ce vaste mouvement d’arbitrage au détriment du dollar. [Ndlr : Nos prochains objectifs sur l’or ? 2 500… puis 5 000$. Si vous voulez savoir comment protéger vos actifs et profiter de la hausse de l’or, de l’argent et des minières, lisez les détails de ce rapport.]

Mais comme pour tout arbitrage, la vérité du moment pourrait ne plus être celle de l’instant suivant : les liquidités sont volatiles et la protection du rendement reste tout théorique si les taux se mettent à grimper durablement en Europe. Durablement car un geste isolé de +0,25% de la BCE ne sert à rien, d’un strict point de vue économique : cela ne stoppera ni l’inflation, ni la spéculation sur le pétrole si la Fed continue d’inonder Wall Street de billets de Monopoly.

L’Eurotop 100 reflète ces incertitudes Dans le grand concours de laideur économique et budgétaire planétaire qui nous est proposé, l’euro triomphe provisoirement grâce à l’ajout d’un peu d’antiride et de fard à paupières mais nos indices boursiers pourraient soudain se mettre à grimacer de douleur sous la sensation de déchirure musculaire liée à une possible stagflation à partir du second semestre 2010.

Un cycle de hausse de taux risque fort de tacler la fragile croissance franco-allemande (c’est le moteur de l’Europe) sans pour autant stopper la flambée des carburants et des matières premières si la Fed poursuit sa fuite en avant dans des QE3, QE4… QE12.

Le reflet le plus fidèle de la bonne ou mauvaise opinion des investisseurs anglo-saxons vis-à-vis du potentiel des actions cotées à Londres, Paris ou Francfort, c’est l’Eurotop 100. Or il a plongé mi-mars sous 2 360 points après avoir validé une première tête/épaules (de séquence 2 426/2 375/2 475/2 380/2 431).

Graphique: FTSE Eurotop 100Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Le rebond qui s’est amorcé sur 2 215 points pourrait donc constituer la seconde épaule d’une nouvelle E/T/E de séquence 2 200/2 344/2 215/2 475/2 215/2 375 points, à plus grande échelle donc.

Attendons de voir comment se concrétise la figure, car si l’Eurotop 100 poursuit sa hausse au-dessus des 2 370 points (c’était en bonne voie mercredi), cette nouvelle E/T/E serait invalidée. La consolidation serait donc écartée, et nous pourrions alors jouer un potentiel de hausse de 100 points en vue d’un retracement du zénith du 18 février vers 2 470/2 480 points.

PS : pour suivre l’évolution de l’indice, savoir si et quand cette tête-épaule sera validée, et surtout, comment jouer le marché en fonction de cette stratégie, écouter les analyses de Philippe Béchade, tous les jours à 16h00 au 0899 88 20 36*.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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