L’EuroStoxx 50 en danger

Rédigé le 21 mai 2012 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Nous évoquions la semaine passée le réflexe sécuritaire consistant à se réfugier sur le Bund et sur tout actif portant le label « Euro-Mark ». Nous rappelions également que, paradoxalement, l’Allemagne ne gravitait pas en orbite au-dessus de l’Europe totalement à l’écart des convulsions économiques qui agitent l’Eurozone. Non, l’Allemagne n’est pas plus à l’abri de la récession qu’Angela Merkel n’est à l’abri d’une lourde défaite électorale dans la région la plus peuplée et la plus industrialisée du pays.

Le DAX 30 menaçait d’enfoncer les 6 450 points, indiquions-nous la semaine dernière avec une certaine inquiétude… C’est désormais chose faite avec une première incursion sous 6 300 points. Une telle évolution ne pouvait pas rester sans conséquence sur l’EuroStoxx 50 dont le maintien au-dessus du support des 2 200 points la semaine passée constituait une heureuse surprise.

Jusqu’à vendredi 11 mai, la vague de stress et d’incertitudes causée par le scrutin grec du 6 mai avait été relativement bien digérée, les attaques des bears ayant été repoussées par quatre fois d’affilée avec un incontestable succès. Même le flot de mauvais indicateurs macro-économiques en provenance d’Europe ou d’Asie (où la croissance aura besoin d’un sérieux coup de pouce) n’avait pas réussi à faire dérailler l’EuroStoxx 50… l’indice européen s’était contenté de trébucher à plusieurs reprises en matinée mais parvenait à retrouver son équilibre en fin d’après-midi.

Graphique: EuroStoxx 50
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Tel n’a pas été le cas lundi 14. L’indice a clôturé sur les 2 200 points, niveau qui avait servi de point d’inflexion à la hausse le 16 décembre dernier – à la veille de la mise en place du 1er LTRO – puisque l’indice avait alors rebondi en direction des 2 610 points. Mais lundi, ce retour à la case départ sanctionnait la prise en compte de tous les facteurs négatifs recensés – jusque-là délibérément occultés – depuis le mois de janvier.

A deux mois du sommet du 17 mars, alors que les 2 150 points sont testés en ce vendredi matin où je rédige ce billet, peut-on considérer que les « mauvaises nouvelles sont dans les cours » ? Les optimistes devraient répondre par l’affirmative et il n’y a pas de raisons politique ou économique permettant de les démentir. Mais nous en doutons.

Le véritable problème se situe ailleurs et n’a pas grand-chose à voir avec la sortie ou non de la Grèce de la zone euro : chacun sait qu’il n’y a que de mauvaises solutions puisque l’Europe a trop tardé à trancher en faveur d’un sauvetage ou d’un accompagnement vers un retour à la drachme.

« L’Espagne s’affaisse, les Pays-Bas se bloquent, la Grèce se traîne, l’Europe se fissure, l’Afrique s’enlise, la Syrie s’embrase, l’Iran s’esquive, l’Amérique se remet, la Chine se renforce, le Brésil s’envole etc.« , — Roger-Pol Droit, Les Echos.

L’Etat-providence vit peut-être ses dernières heures ! Des bouleversements majeurs sont en train de se dérouler menaçant directement votre patrimoine.

Un seul actif pourrait vous protéger et même… vous permettre de sortir de cette crise jusqu’à quatre fois plus riche — pendant que des milliers de Français risquent de voir leur pouvoir d’achat laminé par l’inflation !

Découvrez sans attendre quel est cet actif et surtout comment en profiter…

Le vrai problème, c’est celui de la disparition de la liquidité sur les marchés, l’argent des LTRO ne circule plus. Comme vous le disait il y a quelques mois Mory Doré, vous prévenant déjà du risque de bulle sur les marchés actions, cet argent des LTRO est redéposé chaque soir aux guichets de la BCE et nous assistons à un deleveraging généralisé qui n’épargne pas plus l’EuroStoxx 50 que l’or, le pétrole… ou n’importe quel sous-jacent d’un marché à terme.

De brillants stratèges affirmaient mi-mars que la BCE avait résolu les problèmes de liquidité pour les trois prochaines années et que ce délai serait suffisant pour résoudre à leur tour les problèmes de solvabilité (de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal).

Tout le monde constate aujourd’hui qu’il n’en est rien – ce que, au passage, nous n’avons cessé de démontrer alors que les marchés s’obnubilaient à la hausse. L’Europe est dans l’impasse. Toutes les dernières déclarations de nos élites vont dans le même sens : cela coûterait trop cher de laisser les Grecs prendre congé de la zone euro… mais on oublie volontiers de nous dire ce que nous a coûté et ce que continuera à coûter son maintien.

Tout ce que nous savons de façon certaine, c’est que nous n’avons pas le moindre euro de trop (et encore moins quelques centaines de milliards) pour payer ce genre de facture. Il n’y a donc pas d’autre solution que d’imprimer cet argent. Mais si Bruxelles décidait de le prendre dans la poche des contribuables français, néerlandais ou allemands, ces derniers perdraient leur « AAA » (ou ce qu’il en reste) tandis que leur économie basculerait aussitôt dans la récession suite à l’effondrement de la consommation et des investissements productifs.

C’est le krach assuré pour les marchés, la dislocation de l’Europe et la désintégration du système financier international : c’est donc une hypothèse que nous excluons a priori. Mais si la BCE et la Fed n’envoient pas un message fort aux Etats et aux marchés dans les heures qui viennent, une situation de bank-run pourrait s’enclencher en Espagne et en Grèce, débouchant sur l’équivalent de la faillite de Lehman… à l’échelle du système bancaire européen.

Les marchés, heureusement, semblent ne pas vouloir y croire – mais ils se sont tellement trompés sur tout (l’efficacité des QE1 & 2, des LTRO et sur la résolution de la crise grecque) que cela peut difficilement nous rassurer. Les marchés commencent donc à comprendre que la situation leur échappe. L’EuroStoxx 50 vient de refermer le gap des 2 121 points du 25 novembre. Si aucun rebond n’intervient, ce sera alors le grand saut dans l’inconnu.

Graphique: EuroStoxx 50
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

L’analyse technique nous procure bien quelques repères mais ils font froid dans le dos : sous les 2 100 points de la fin novembre, direction les 2 000 points (retracement du double creux de clôture sur les 1 995 points) puis les 1 950 points (testés en intraday les 13 et 23 septembre 2011). Il vaudrait mieux effectivement que l’EuroStoxx 50 amorce son redressement à partir d’un support bien identifié comme 2 100 points… mais le test de ce niveau à l’occasion des « trois sorcières » apparaît périlleux.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.

Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

Mots clé : - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire