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Europe : la France paie-t-elle pour les autres ?

Rédigé le 8 avril 2016 par | Actions, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Thierry Breton, l’actuel PDG d’Atos (FR0000051732) et ex-ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie sous Nicolas Sarkozy, propose de réaliser une mutualisation partielle – à l’échelon européen – des dépenses de sécurité et de défense des pays de l’EU… et de retrancher les sommes correspondantes du calcul de la dette. Ce qui ramènerait mécaniquement l’encours du déficit de la France de 2 100 Mds€ à 1 400 Mds, soit 62% de dette contre 58% pour l’Allemagne, un écart de l’épaisseur du trait.

Les Européens qui dînent à l’eau minérale ne veulent pas payer la même addition que ceux qui carburent aux grands vins + digestif

Comme nous l’avons déjà souligné à de nombreuses reprises, une bonne part du différentiel de taux d’endettement entre la France et l’Allemagne provient des dépenses militaires (projections des forces sur des terrains extérieurs, lutte contre le terrorisme, outil nucléaire).

Les Pays-Bas se sont souvent permis de faire la leçon à la France en matière de déficit alors que ses dépenses de défense sont « epsilonesques », oubliant bien volontiers que c’est la France et l’Angleterre qui assurent à leurs frais la sécurisation des voies pétrolières maritimes dont Rotterdam est le principal bénéficiaire en tant que capitale planétaire des transactions sur l’or noir.

De même, la France dépense beaucoup pour que les camions européens puissent circuler dans les meilleurs conditions sur notre territoire alors que l’Allemagne a littéralement gelé les dépenses d’équipement depuis une décennie.

Facile dans ces conditions de rétablir les grands équilibres budgétaires germaniques et d’apparaître « vertueux »… D’autant que l’Allemagne a longtemps été le premier bénéficiaire des achats d’armes de la Grèce qui jouissait du 2e plus gros budget militaire de l’eurozone, juste derrière la France et loin devant l’Italie, actuelle 3e.

Le problème de la France, c’est que même si elle dépensait aussi peu pour sa défense que les Pays-Bas, investissait aussi peu dans ses infrastructures que l’Allemagne (surtout depuis 2008) et cessait de dépenser quoi que ce soit qui profite à l’ensemble de ses partenaires européens, cela ne lui permettrait pas de présenter des finances publiques positives.

La France a bien un problème d’obésité globale au niveau du coût de fonctionnement de l’État, avec pratiquement 2 fois plus de fonctionnaires qu’en Allemagne.

Mais la proposition de Thierry Breton d’une « mutualisation des budgets liés à la sécurité de l’ensemble des pays de l’UE » qui bénéficie du soutien de Jean-Claude Juncker, a au moins le mérite de susciter le débat et de remettre en lumière cette évidence : l’Europe n’a pas de politique de défense, pas de politique d’investissement dans les infrastructures, à peine quelques projets de coopération dans la recherche.

La seule chose qui relie le tout, ce sont des taux négatifs qui certes rendent supportable le coût de la dette, mais ne relancent pas la croissance (donc pas d’investissements) et aboutit à l’euthanasie des rentiers.

Mais peut-on espérer que les Européens tombent d’accord sur ce que doit être le budget de la défense de l’Europe, et quels pays accepteront de participer financièrement à l’entretien de notre arsenal nucléaire alors que certains d’entre eux sont contre ce mode de dissuasion qui serait devenu à leurs yeux inutile.

Les Européens qui dînent à l’eau minérale ne veulent pas payer la même addition que ceux qui carburent aux grands vins + digestif.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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