Multiples chocs sur l’eurodollar : la parité en vue ?

Rédigé le 28 octobre 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Mario Draghi a mis fin aux perspectives haussière sur l’eurodollar

En début de mois, j’envisageais une hypothèse haussière pour la parité eurodollar. À moyen terme, comme vous le voyez sur le premier graphique ci-dessous (pris en base hebdomadaire), j’avais même alors en tête la possibilité qu’une large figure de retournement en « ETE » (Epaule-Tête-Epaule) ait pris forme.

la parité eurodollar au 27 octobre2015 en vue hebdomadaire

Auquel cas, le franchissement de la ligne de coup de la figure (dans la zone horizontale des 1,15/1,16 $) devait alors donner le signal d’une poursuite du rebond en direction des 1,20 $ globalement (cible de Fibonacci).

Seulement, il y a eu un imprévu : Mario Draghi est passé par là. En fin de semaine dernière, avec un discours pour le moins accommodant, le président de la BCE a mis la paire eurusd sous pression. Aussi, les 1,15 $ ne semblent plus vraiment d’actualité. Bien au contraire même : l’eurodollar revient tester la zone basse d’une figure de plus court terme en triangle ascendant. Voilà ce que cela donne ci-dessous, en cadrage journalier cette fois-ci.

La paire eurodollar au 27 octobre 2015

La Fed face à un très épineux dilemme

Comme on le voit assez clairement ici, les cours sont en plein test de la zone basse de la figure. Et alors que la réunion de la Fed est au programme ce mercredi, autant dire que le prochain mouvement va être important.

En effet, après le mouvement de la BCE, la Fed est dans une posture délicate. Jugez plutôt…

Imaginons qu’elle relève ses taux en décembre. Auquel cas, entre la perspective d’un euro attendu toujours plus faible (après les propos de Mario Draghi) et un dollar alors plus rémunérateur, la parité risque de poursuivre son accélération baissière, le dollar s’appréciant par rapport à l’euro. Dès lors, une sortie de ce triangle relancerait la pression vendeuse en direction des plus-bas annuels. Voire même en extension vers la parité, visée par la cible de Fibonacci (indiquée par les deux flèches noires à double sens). Une telle chute, si elle ravirait bien sûr nos gros exportateurs en Europe, serait cependant loin de faire les affaires de tout le monde :

– En effet, la saison des résultats trimestriels américains nous l’a confirmé : toute nouvelle appréciation du billet vert risque de peser dans les mois à venir sur les bénéfices futurs des géants américains.

– Autre fâcheuse conséquence : sur les émergents. La Fed avait d’ailleurs temporisé en septembre sur fond de crainte qu’une remontée des taux fragilise les devises émergentes.

– Dernier point (en corolaire) : toute nouvelle flambée du billet vert mettrait de nouveau la pression sur les matières premières (cotées en dollar).

Vous l’aurez compris : comme on l’a vu cet été avec le plongeon de certaines bourses (comme au Brésil par exemple), les économies d’Amérique du Sud ou d’Asie se passeraient donc volontiers d’un resserrement monétaire de la Fed. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que, à l’image du FMI, certaines institutions internationales, inquiétées par poids de certaines dettes émergentes, avaient invité la Fed à se montrer patiente. Surtout après les évènements en Chine du mois d’août dernier…

À l’inverse, si la Fed repousse son premier relèvement de taux, par exemple, encore plus loin en 2016, cela pourrait être vu comme un aveu de faiblesse face à la dynamique de croissance des États-Unis qui semble prendre le bon chemin (le PIB US du 3ème trimestre sera donc un indicateur à suivre ce jeudi). Une telle remontée serait donc à mon sens presque la seule option envisageable pour ne pas tuer « la croissance dans l’œuf ». Auquel cas, la stabilisation de l’Eurodollar pourrait suivre et « donner un peu d’air » aux exportatrices américaines.

Mais, avant de laisser place à la Fed (ce soir) et au PIB des États-Unis (demain, jeudi), un dernier graphique de la parité eurodollar, à plus long terme, en base mensuelle.

la parité eurodollar au 27  octobre2015 en base mensuelle

On voit sur la droite du graphique (en cercle rosé), l’année 2015 avec notre phase en triangle ascendant évoquée plus haut (en pointillés). Imaginons qu’il ne s’agisse que d’une simple « réflexion de court terme ». Auquel cas, une rechute de la paire, même nettement sous la parité, ne serait pas impossible. On parlerait alors ici d’une rechute vers les 0,85 $, niveau et support du début des années 2000 ! Pas sûr qu’une telle situation fasse les affaires de Wall Street…

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Mathieu Lebrun
Mathieu Lebrun
Rédacteur en Chef d'Agora Trading

Mathieu Lebrun est analyste financier. Il commence sa carrière chez Fortis Banque pour intégrer la table de négociations sur devises au sein de la salle des marchés du groupe Natexis Banques Populaires. En 2004, il intègre un cabinet de conseil sur produits dérivés en tant qu’analyste technique et obtient son diplôme d’Analyste Technique délivré par la STA (Society of Technical Analysis).

Depuis près de 10 ans, il s’est forgé une solide expérience sur les marchés financiers. En juin 2013, il décide de créer un service de trading simple et efficace : Agora Trading. Pour ses abonnés, il combine à merveille sa lecture des différentes classes d’actifs et leur corrélation pour en tirer le meilleur. Vous pouvez ainsi vous positionner en toute simplicité, en exploitant des outils de trading ultra-efficaces, les certificats Turbos.

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