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Eurodisney quitte la Bourse après un conte sans happy-end

Rédigé le 14 février 2017 par | Actions, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

Je me rappelle avec nostalgie l‘époque de l’introduction en Bourse d’Eurodisney (FR0010540740). J’étais encore à l’Université Paris Dauphine et j’allais, entre 12h30 et 14h30, à la Bourse de Paris.

En 1989, l’IPO d’Eurodisney fut l’un des évènements de l’année. Le Parc de Marne la Vallée n’était pas encore ouvert mais les investisseurs se bousculaient pour avoir des titres. L’IPO eut lieu à 72 francs français (environ 11 € par action). Le volume était si important sur le titre qu’il y eut même des options créées sur la valeur pour permettre aux spéculateurs de trader.

Près de 28 ans après cette mise sur le marché, le titre va faire ses adieux à la cote. Racheté par sa maison-mère à un cours de 2 € par titre… Oui vous avez bien lu : 2 €. Remarquez, le groupe américain Walt Disney retire la filiale française sur une prime de quasiment 70% par rapport au dernier cours coté… Un moindre mal quand on sait que depuis 30 ans, les investisseurs qui avaient cru au groupe français ont perdu quasiment toute leur mise.

 

sortie de cote d'Eurodisney

 

Et encore dans mes calculs je ne prends pas en compte l’inflation.

Au fil des années, les investisseurs se sont toutefois faits plus rares. Les premières années de cotation ayant échaudé les plus téméraires, lessivés par le flot de mauvaises nouvelles sur le parc à thèmes. En 2014, le investisseurs particuliers détenaient encore 44% du groupe. A l’heure où je vous parle, ils ne sont plus que 8,9%, comme décontenancés et sûrement dégoûtés par les multiples mauvaises nouvelles de la société.

La dernière recapitalisation de 1 milliard d’euros en 2015 a sans doute eu raison des derniers courageux. Ils avaient survécu à la restructuration de 1994 puis à celle de 2004. Ils n’ont pu survivre à cette dernière opération.

La fréquentation s’essouffle (attentats, conditions climatiques…), le parc Eurodisney n’est pas rentable

Lors de l’inauguration en grandes pompes du second parc en 2002 (le parc « studio »), le groupe espérait accueillir 17 millions de visiteurs par an. Ils n’étaient qu’à peine 13,5 millions en 2015.

L’équation économique devenait impossible à tenir. En effet, il fallait non seulement continuer à investir pour créer de nouvelles attractions, réinvestir pour la maintenance des attractions existantes, mais également rembourser la dette. Sur le dernier exercice, la perte d’exploitation a atteint 242 M€  pour une baisse de 7% de son chiffre d’affaires.

Rendez-vous compte… Depuis sa création, le groupe n’a été rentable qu’en 2001. Plus grave encore, il est en cash flow négatif depuis 2011. A tel point que lors de son dernier communiqué EuroDisney indiquait qu’au vu de capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social, les actionnaires seraient consultés sur la poursuite des activités de la société. Un vrai risque de dépôt de bilan.

Ceci dit, il ne faut pas oublier que Wall Disney se servait largement dans les caisses : la maison-mère américaine percevait ainsi 1% du chiffre d’affaires au titre du droit de gérance, 10% sur les entrées et 5% sur l’hôtellerie et le merchandising… Soit un montant annuel d’environ 70 M€. Mais Walt Disney ne pouvait pas courir le risque de recapitaliser une nouvelle fois la filiale française, prenant le risque que les fonds présents au capital n’aient pas suivi. Il lui fallait donc reprendre la main, via cette offre généreuse d’une prime de quasiment 70% par rapport au dernier cours coté.

Une surenchère en vue ?

A priori, l’offre de retrait à 2 € a toutes les chances de réussir… mais peut-être certains actionnaires minoritaires vont-ils tenter de faire monter les enchères.

Quelques fonds rejoints par quelques actionnaires estimaient que la valeur du foncier avoisinait les 2 Mds€. Or, la capitalisation actuelle à 2 € par action ne la valorise qu’à 1,55 Mds€.

 

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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2 commentaires pour “Eurodisney quitte la Bourse après un conte sans happy-end”

  1. Je voudrais juste apporter un témoignage de faits ayant fortement attiré mon attention sans l’avoir cherché. Ceci eut lieu dans un laps de temps d’environ 2 mois à cheval sur fin 1993 et début 1994.
    En ces années, Walt-Disney à Marne-la-Vallée (Eurodisney) n’avait pas 2 ans d’activité. À ce moment-là, je lus un article économique sans intentions particulières, cet article expliquait les déboires d’Eurodisney près de Paris relativement aux résultats qu’espéraient les investisseurs américains (je raconte de mémoire) il y aurait eu, sauf erreur, un problème de différence de critères considérés selon la comptabilité américaine ou la comptabilité française. Fin 1993 l’action Eurodisney était descendue vers un peu plus de 7 francs français de l’époque (environ 1,1 euro aujourd’hui). Je me disait : tout ce matériel n’a que 2 ans de service et est encore neuf, il est impossible qu’il soit bradé à ce niveau et je rongeait mon frein en me disant que si j’en avais les moyens, je mettrais tout ce que j’ai en achetant immédiatement des actions d’Eurodisney.
    Et ça n’a pas manqué. En quelques semaines seulement, l’action Eurodisney doubla tout début 1994. Elle était passée à un peu plus de 14 francs (environ 2, 2 euros). J’eus la preuve du bien fondé de mes observations et interrogations en apprenant que, pendant ce temps, un prince saoudien racheta, d’un coup, 15% du capital d’Eurodisney et donc doubla sa mise en même pas 2 mois…

  2. Bonjour et merci pour votre témoignage !

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