Euro versus dollar : la guerre des devises

Rédigé le 11 février 2010 par | Matières Premières Imprimer

Jérôme vous parlait hier de la chute annoncée de l’EUR/USD. Je reviens sur le sujet, puisque l’on ne parle que de cela, mais en vous montrant que, encore une fois, tout est parfaitement orchestré pour que nous tremblions du déficit grec — histoire de nous faire oublier, ne serait-ce qu’un temps, celui des Etats-Unis. C’est ce que l’on appelle faire diversion, et la manoeuvre est bien connue depuis qu’Hollywood existe. Que dis-je… depuis qu’Homère a conté L’Iliade.

Comme dans un concours, l’euro et le dollar se disputent avec acharnement depuis 18 mois le titre du monstre le plus effrayant. Le billet vert — c’est la couleur la plus adéquate pour incarner un alien ou un zombie en décomposition façon Freddy, plombé par une dette à l’échelle des péplums hollywoodiens et des déficits dignes des plus grands films catastrophe des années 70 de la MGM — semblait alors en bonne place pour remporter l’Oscar.

C’était sans compter sur l’euro qui, l’air de rien et sans effets spéciaux, a su faire peur au bon moment, brandissant le glaive de la dette grecque. Les salles de marché en ont été glacées d’effroi… Bien que le succédané moderne du guerrier Achille ne fasse en théorie, guère le poids face à Jason le tueur au masque de hockeyeur équipé de l’armure d’Iron Man et doté du squelette bionique du Terminator.

A qui ferez-vous croire qu’une menace très lointaine de défaut de paiement sur la dette grecque est plus effrayante que la faillite avérée de la Californie ?

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Episode 1: l’euro perd l’avantage

Le véritable coeur de la question des parités monétaires se situe moins au niveau des moyens des producteurs (c’est Hollywood contre les studios de la SFP à Boulogne !) que du timing des scènes chocs… L’euro aurait réussi à faire frissonner les spectateurs sous leur fauteuil durant quelques semaines, le temps que l’apocalypse finale à la James Cameron ne les cloue à leur dossier au cours des prochains mois.

Bon, évidemment, ce serait trop simple si tout se résumait à ce genre de duel. Le dollar a commencé à se redresser depuis le plancher des 1,515$ le 3 décembre, quelques secondes après la publication des chiffres de l’emploi de novembre aux Etats-Unis. Les destructions de postes salariés étaient pratiquement tombées à zéro, l’intérim et les services réembauchaient, le chômage semblait se stabiliser dans l’industrie.

Episode 2 : les banques centrales s’en mêlent

Les cambistes en ont immédiatement conclu — et Wall Street dans leur sillage — que la Fed n’avait plus d’autre choix que de s’atteler à la stratégie de sortie de crise, c’est-à-dire la mise au placard des mesures d’assouplissement quantitatif et la restauration d’une politique monétaire orthodoxe où les taux d’intérêt évoluent en symbiose avec la croissance.

Même s’il subsiste des doutes sur le calendrier, il ne fait aucun doute, et ce pour personne, que la Fed rehaussera d’une manière ou d’une autre la rémunération du dollar avant que la BCE ne bouge le petit doigt. C’est pourquoi la logique consistant à jouer une hausse de rendement du billet vert a été respectée depuis deux mois.

Et l’euro est retombé d’autant plus lourdement qu’il avait bénéficié depuis mars dernier d’un intense mouvement de carry-trade au détriment de la devise américaine — dont la quantité en circulation a pratiquement doublé en deux ans.

La raréfaction temporaire et surtout technique du dollar qui ne devrait guère durer, sinon juste le temps de se faire un peu peur avec la notation de la dette portugaise et espagnole. Le chapitre de la dette grecque sera même peut-être déjà refermé au moment où vous lirez ces lignes.

Autrement dit, une fois achevée la liquidation des carry-trade initiés de mars à fin novembre 2009, la question du surendettement des Etats-Unis refera surface à un moment ou un autre. Et l’euro retrouvera son statut de monnaie refuge lorsque les spéculations sur l’éclatement de la monnaie unique seront définitivement éteintes.

Episode 3 : l’euro reprend l’avantage

Avant d’étudier les différents scénarios graphiques concernant l’euro, il convient de souligner que le dollar lui-même n’est pas aussi vigoureux qu’il n’y paraît, surtout confronté au franc suisse, au yen ou au dollar canadien.

Ceci posé, nous partons du constat que l’euro s’est affaibli contre toutes les autres devises… mais l’orientation des bons du Trésor et des actions que nous détenons dans nos plans d’épargne dépend d’abord de la parité par rapport au dollar.

Graphique de L'EUR/USD

L’EUR/USD, parti d’un point bas à 1,25, a établi fin novembre un plus haut vers les 1,5150. Il est alors venu buter une première fois sur les 1,37 puis sur les 1,43 de juin à septembre 2009 (sa moyenne mobile longue à 500 séances, soit 2 ans), avant de s’envoler sur les 1,51 début décembre ; depuis, c’est la déroute des troupes.

Sans même marquer plus qu’un temps d’hésitation, il a poursuivi sa chute vers l’importante résistance, passée support, des 1,3650, un zénith testé du 19 mars au 19 mai dernier… qui correspond à l’ex-plancher annuel majeur inscrit fin décembre 2004.

Emporté par sa spirale baissière (liée à un sell off de l’euro avec l’affaire grecque), le dollar est allé inscrire par excès un plus haut annuel intraday à 1,3585 le 8 janvier (un simple « bruit ») avant de se replier vers 1,38. (Je parle du dollar seul là ; en parlant de l’EUR/USD, il faut donc comprendre qu’il est allé inscrire un plus bas annuel à 1,3585 avant de rebondir sur les 1,38. Il faut raisonner à l’inverse selon que l’on prend le point de vue de l’EUR/USD — où l’on se positionne par rapport à l’euro — ou du dollar).

Epilogue : fuyez le monstre vert !

La seconde vague de baisse de l’EUR/USD semblant achevée à moyen terme, la prochaine étape devrait le conduire dans la zone des 1,40, une hypothèse conservatrice qui retient l’amplitude du précédent mouvement de rebond de fin décembre/début janvier.

Mais comme vous l’avez compris, la tendance dominante de long terme reste baissière sur le dollar (nous parions donc sur la hausse à long terme de l’EUR/USD).

La chute symétrique de l’euro demeure donc un épiphénomène dans une vision plus large qui tient compte de la bulle de la dette américaine. Il ne serait donc pas étonnant de voir le dollar retracer ses planchers annuels d’ici la fin du premier semestre et son double plancher historique des 1,6150 de mi-mai et août 2008 d’ici la fin de l’année 2010.

Le principal seuil graphique à surveiller demeure les 1,48 : en cas d’enfoncement ultérieur, fuyez le monstre vert ! *1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.

Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.

Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Euro versus dollar : la guerre des devises”

  1. iForex est-il sérieux ?
    Je demande cela car suite à une demande de retrait que j’ai effectué le 12 janvier dernier, je n’ai pas reçu le montant sur mon compte bancaire.Alors qu’eux me disent avoir effectué celui-ci.
    Depuis je n’ai plus de réponses à mes mails…
    Que faire dans ces circonstances?

    Merci au fait pour votre très bon travail

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