L’EUR/USD : un an après, à nouveau sur des plus bas ?

Rédigé le 10 mars 2010 par | Matières Premières Imprimer

Le marché fait une pause en ce début de semaine avec très peu de statistiques d’importance à se mettre sous la dent.

Pourtant, sur le Forex, la nervosité reste palpable et l’incertitude règne désormais en maître, après quelques semaines de tendance claire.

Quand je me penche sur l’actualité financière, c’est étrange, j’ai cette désagréable impression de déjà-vu. Des chiffres tronqués, des velléités de reprise par la consommation, des inquiétudes toujours aussi lancinantes… Cela ne vous rappelle rien ? Moi si.

Les chiffres du chômage US, trop beaux pour être vrais

C’est en tous cas ce que Stephen Roach, le directeur Asie de Morgan Stanley, pense des chiffres du chômage américain qui a permis aux indices de s’envoler vendredi dernier. Les non farm payroll, ont en effet surpris les analystes avec « seulement » 36 000 destructions contre 50 000 attendues. Le taux de chômage officiel est donc ainsi passé de 9,8 à 9,7% prenant apparemment une tendance à la baisse.

Pourtant, M. Roach, interrogé par CNBC, estime ces chiffres dangereusement faussés par les trois millions de personnes ayant renoncé à chercher un emploi dans la conjoncture actuelle et n’apparaissant donc plus dans les registres statistiques.

Avec ces chômeurs supplémentaires — non comptabilisés –, l’économiste estime que le taux de chômage réel est plutôt vers 11,5% aux Etats-Unis. On nous ment donc sur les chiffres et les risques, cela ne vous rappelle rien ?

Que tout reparte comme avant !

Et comme je l’évoque depuis quelques semaines maintenant, c’est désormais la consommation qui va devenir la clé de voûte pour la suite des événements.

En effet, le seul moyen de faire démarrer la machine économique est la consommation. Aucun changement structurel n’ayant eu lieu contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la seule solution pour sauver la situation à cour terme est… que tout reparte comme avant.

Un consommateur qui consomme, des entreprises qui produisent pour le satisfaire, des emplois qui se créent pour répondre à la demande et des banques qui font crédit pour que le consommateur ne s’arrête pas… Cela ne vous rappelle rien ?

Des raisons de s’inquiéter

Il y a deux types de consommateurs qui nous intéressent aujourd’hui.

Le consommateur américain qui tirait l’économie à lui tout seul pendant toutes ces années et le consommateur chinois qui, lui, est en devenir.

Le premier est au chômage ou a la peur au ventre de perdre son emploi, criblé de dettes et au mieux doté d’une épargne anémique voire inexistante pour la plupart.

Le second a la réputation d’avoir une solide épargne et pourrait nous prédire un avenir radieux.

Seulement voilà, les disparités sont encore grandes dans la population chinoise et l’explosion du crédit aux ménages commence à devenir très inquiétante. Ainsi, ceux qui empruntent ne sont pas ceux qui ont épargné ou épargnent encore. La volonté des autorités chinoises de durcir la politique monétaire n’y changera rien, et au contraire, pourrait provoquer l’accélération de la machine à bulles.

Selon Wei Gu de Breakingviews, avec un bond de plus de 40% en 2009, le crédit aux particuliers chinois pourrait approcher à ce rythme les 70% du PIB sous 2 à 3 ans… proche du niveau des Etats-Unis… Cela ne vous rappelle rien ?

Le moins pire du mauvais

La force du marché des changes est de donner le meilleur reflet possible de l’économie mondiale et des forces en présence.

Et alors que d’éminents économistes se posent la question de savoir quel est le pays qui va rebondir le plus fort et le plus vite, je me demande, de mon côté, quel est celui qui va le mieux se sortir de la seconde vague de froid financier qui va s’abattre sur les marchés dans les prochaines semaines.

Le jeu n’étant pas de trouver le meilleur mais plutôt le moins mauvais. Et dans cette lutte, l’euro et le dollar se livrent un combat sans merci pour ne pas être couronné et nous offrent un flou artistique rendant très compliqué les anticipations.

EUR/USD : joyeux anniversaire…

Il y a un an à quelques jours près, le 4 mars 2009, la paire touchait un plus bas à 1,2450$ qui allait être le point de départ d’un rally qui dura 8 mois pour aller chercher un plus haut à 1,5140$.

Il aura fallu cependant moins de 3 mois, pour que le dollar reprenne près de 62% de sa baisse.

Graphique de l'EUR/USD

Aujourd’hui, la paire évolue sur un niveau charnière à plusieurs titres :

– d’un point de vue macro-économique, la situation est floue avec des Etats-Unis qui semblent rebondir mais restent plombés par une dette dont ils ne se relèveront jamais. L’Europe, elle, souffre d’une organisation lourde mais a su montrer de beaux signes de résistance ;

– d’un point de vue psychologique, la zone des 1,35$ est une zone historiquement forte en hésitation et catalyse de nombreuses forces en présence ;

– d’un point de vue technique, enfin, illustrant mes propos précédents, les retracements de Fibonacci nous indiquent clairement une zone déterminante entre 1,3490$ et 1,38$ ;

Deux scénarios envisageables et une certitude

Et dans notre série des similitudes, la zone testée actuellement pourrait bien ressembler au dernier plancher touché un an auparavant et qui nous donne deux scénarios… voyez plutôt :

– malgré les craintes de la dette grecque, le dollar ne parvient plus à rassurer et le mouvement de fond qui appelle le billet vert à sombrer un jour reprend des forces. L’euro repart au-dessus des 1,38$ et rejoint ses plus hauts en quelques mois ;

– autre solution, le dollar garde son statut de valeur refuge, à défaut de mieux, et envoie valser la monnaie unique sur ses plus bas. Et cela sur fond de retour de la crise et d’inquiétudes de gouvernance européenne.

Maintenant, dans les deux cas, notre objectif est de gagner de l’argent. Pour cela une stratégie simple : jouez la rupture des bornes de la zone délimitée en rouge sur mon graphique et protégez au maximum votre exposition.

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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