Et si Super Mario injectait réellement 1 000 milliards d’euros dans le système ?

Rédigé le 17 février 2012 par | Apprendre la Bourse Imprimer

La presse a fait ses choux gras de l’opération de refinancement à long terme (LTRO) réalisée par la BCE en décembre dernier. Mory Doré vous en a longuement parlé et est revenu sur le sujet dernièrement.

Retour sur la dernière opération de LTRO
Certains commentateurs, au sujet des LTRO, vont jusqu’à parler de véritable QE de la BCE. Si effectivement vous vous limitez aux titres des journaux, l’affaire peut sembler sérieuse. Rendez-vous compte : 489,191 milliards d’euros de liquidités servies par la BCE aux banques européennes en échange de la prise en pension de papiers de dettes françaises, allemandes – et plus certainement grecques, italiennes, espagnoles et portugaises. Quelle affaire !

La réalité est légèrement différente. Le même jour que cette opération, sont arrivées à échéance plusieurs opérations de financement (OMO ou open market operations) pour un montant total de 328,274 milliards d’euros (le 22/12 : 141,925 + 140,628 milliards s’euros et 45,721 milliards d’euros d’une autre opération ouverte rééchelonnée dans cette nouvelle opération). Au final, ce ne sont « que » 160,917 milliards d’euros qui ont été offerts aux banques européennes. C’est-à-dire à peu près le montant habituel d’une opération de financement.

Dès lors on peut se demander pourquoi la BCE a réalisé cette opération qui n’a rien d’exceptionnel et qui ne valait pas que l’on fasse tout ce tintouin médiatique.

Bonne question. A mon sens il s’agissait « d’un coup pour voir ». L’idée vous paraît peut-être saugrenue mais gardez-la dans un coin de votre mémoire le temps que je m’explique.

La BCE a en fait testé l’hypothèse de création monétaire massive
La BCE est dans une situation financière pire que celle de la Fed. Il vous suffit d’aller sur les sites respectifs de ces institutions pour y découvrir la taille de leur bilan.

La Fed affiche un bilan représentant (tenez-vous bien) 20% du PIB américain. Celui de la BCE pèse déjà 30% du PIB de la zone euro. Rapporté à leur capitalisation, ces banques centrales utilisent donc un levier de 41 pour la Fed et de 33 pour la BCE. C’est-à-dire qu’une petite variation de valorisation des actifs détenus par la BCE effacerait tout son capital. Voici exactement pourquoi la BCE refuse de prendre ses pertes sur les obligations grecques qu’elle détient, malgré l’insistance des créditeurs privés de la Grèce. Imaginez la situation : une banque centrale qui fait faillite, ou du moins au bord de la faillite, serait obligée de se tourner vers les Etats – pardon vers les contribuables européens – pour se recapitaliser. Quelle époque étonnante nous vivons !

MESSAGE A RETENIR :

« Nous ne sommes pas dans un monde normal. Nous sommes au bord de la Grande Apocalypse Financière. »

La sentence de Simone Wapler est claire. Les marchés et les investisseurs ont beau se voiler la face, la situation sous-jacente reste la même. Dette, crise, récession — l’équation ne change pas. Mais à la fin de ce grand cirque, qui sera appelé pour solder l’addition ? Le contribuable. C’est-à-dire vous et moi.

Découvrez tout de suite de quoi cette nouvelle année sera faite… mais aussi — et surtout — trois moyens concrets de lutter contre la descente aux enfers que nous promettent les décisions de nos dirigeants !

 

Le coup de décembre était donc selon moi un coup pour voir comment réagirait le marché à une opération de monétisation à outrance de la BCE.

Si le marché avait mal vécu cette situation, il suffisait alors à la BCE d’expliquer qu’elle n’avait réellement prêté que 160,917 milliards d’euros aux banques et de dire que tout ceci n’était rien de plus qu’une opération normale se combinant avec des opérations arrivant à échéance.

Mais l’histoire cache en fait une préoccupation majeure. Il s’agit maintenant de préparer des opérations de refinancement importantes des Etats européens.

Il n’y a qu’une solution pour que les Etats trouvent de l’argent : la création monétaire
Les Etats vont se présenter sur les marchés les uns après les autres pour lever des liquidités. Pour 2012, ce montant est estimé à 600 milliards d’euros dont l’essentiel arrivera à maturité au premier semestre. Ce qui représente un besoin en financement en progression de 35% par rapport à celui de 2011. Et comme pour une entreprise, un Etat fait appel au marché pour se financer. Oui, mais… si tout le monde a besoin d’argent en même temps, chaque Etat entre en compétition avec les autres Etats – Etats-Unis en tête puisque 1 330 milliards de dollars supplémentaires de déficit ont été inscrits au budget 2012 et viennent s’ajouter aux besoins en refinancement déjà existants.

Le premier trimestre va donc être très chaud. Mario Draghi, profitant du bon accueil offert au pseudo QE de décembre, « menace » d’un super QE de 1 000 milliards d’euros fin février. Or cette fois, d’après les chiffres publiés par la BCE, le 22 février « seulement » 252,213 milliards d’euros sont susceptibles d’arriver à échéance. Si Super Mario passe à l’acte, la BCE mettrait donc sur le marché environ 750 milliards d’euros. Une véritable inondation de liquidités en perspective !

Pourquoi Mario ferait-il cela ?
Tout simplement parce que la BCE n’a pas de mandat pour acheter directement des obligations souveraines européennes. Elle le fait donc indirectement via les banques qui ont accès à son guichet pour les opérations de marchés (OMO). La création monétaire déguisée dont nous ne cessons de vous parler dans ces lignes.

En fournissant des liquidités aux banques – lesquelles en ont déjà des montagnes puisqu’elles ont actuellement un magot de 492 milliards en pension (rémunéré s’il vous plaît) à la banque centrale –, la BCE va acheter des obligations souveraines via les banques qui les lui donneront en pension en échange des liquidités en question.

Par ce tour de passe-passe, déjà largement utilisé, la BCE devient le financeur indirect de tous les Etats endettés et se substitue aux créditeurs, pas assez fous pour accepter une rémunération symbolique du risque qu’ils prendraient en achetant des obligations grecques, italiennes, portugaises… françaises.

Pour ceux que j’ai perdus dans mes explications, je résume ici le circuit : les Etats ont des dettes et cherchent des créanciers ; personne ne veut leur prêter à moins d’avoir un taux de rémunération en rapport avec le risque encouru ; alors la BCE fournit des liquidités aux banques qui, en échange, lui donnent en pension des papiers de dettes achetés juste avant aux gouvernements italiens, portugais, irlandais, grec ou français. Ce faisant les taux des dettes souveraines sont contenus à un niveau raisonnable permettant ainsi de limiter la perte éventuelle de la BCE sur les obligations qu’elle détient. Ouf !

Cette fin février, nous allons voir si Mario tient parole ou si tout ceci n’était qu’une simple rodomontade. Inutile de vous dire que la création monétaire telle qu’elle se profile serait une bonne nouvelle pour vos métaux précieux (ayez de l’or !) – mais une moins bonne pour notre avenir. Les banques centrales américaine, britannique, européenne, japonaise et même suisse sont toutes entrées dans une folie monétaire d’une dimension jamais atteinte… sinon en Amérique latine ou récemment au Zimbabwe !

Conséquences en termes d’investissement ?
Si Mario Draghi tient ses engagements (injecter 1 000 milliards d’euros dans le système), nos perspectives de long terme sur les métaux précieux seraient donc une fois de plus confirmées ou plutôt renforcées. J’ai toujours dit que les meilleurs amis des métaux précieux étaient nos banquiers centraux ; je persiste. Une décision dans ce sens pèserait lourdement sur l’euro et vos investissements en euro dans les métaux précieux resteraient largement gagnants.

Néanmoins il n’est pas certain que les marchés actions apprécient cette décision. La réaction à court terme devrait saluer le geste de Mario et nous emmener dans une bulle de valorisation. Mais les craintes inflationnistes devraient vite plomber l’ambiance et peser sur les marchés actions.

Les minières étant d’abord des actions, elles devraient souffrir comme les autres dans un premier temps… et revenir à un niveau très attractif pour le long terme.

Et si Mario ne tenait pas parole ? Alors… si on ne peut même plus compter sur la parole d’un banquier central, ancien de Goldman Sachs, à qui pourrait-on se fier ?

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Yannick Colleu
Yannick Colleu
Ingénieur

Yannick Colleu, de formation Ingénieur et IAE de Paris, est l’auteur d’un guide reconnu sur l’investissement aurifère : Guide d’investissement sur le marché de l’or (éditions Gualino – 2008). Il a également signé l’ouvrage Investir dans les métaux précieux- Le guide complet  aux éditions Eyrolles (2014).
En phase avec les grandes idées d’investissement des Publications Agora, il intervient régulièrement dans nos chroniques et lors de nos conférences. Spécialiste des métaux précieux, Yannick Colleu est notamment rédacteur de la rubrique « Le coin du physique » de Crise, Or & Opportunités

Un commentaire pour “Et si Super Mario injectait réellement 1 000 milliards d’euros dans le système ?”

  1. […] parfois même de 100) des pays du Vieux Continent. Tous les experts viennent nous expliquer que par la magie du LTRO de la BCE, tout risque systémique est écarté, et à plus forte raison maintenant que l’accord sur le […]

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