Et si la fuite en avant nous menait à Rome ? | La Bourse au Quotidien


Et si la fuite en avant nous menait à Rome ?

Rédigé le 22 mai 2018 par | A la une, Statistiques et données macro, Toutes les analyses Imprimer

Cher lecteur,

Alors que le 20h de France 2 faisait pratiquement sa une le 17 mai dernier sur le record du CAC40 (les 5 622 points n’avaient pas été touchés depuis décembre 2007), c’était assorti du commentaire « les actions françaises retrouvent leurs niveaux de début janvier 2008, la crise est quasiment effacée ».

C’est comme si des gérants leur soufflaient depuis les coulisses : « Achetez, c’est pas cher, les records 2007 sont encore loin ».

C’est évidemment une contre-vérité affligeante. Je reviens encore une fois sur le CAC GR (qui intègre les dividendes dans le calcul de l’indice, comme pour le DAX : seule cette méthode valorise réellement le prix des actions). Le CAC GR avait inscrit un plus haut à 10 700 points fin juin 2007, avant le krach. Désormais à plus de 14 500 points, le CAC GR démontre une surperformance de +36% par rapport à son précédent zénith.

graph écart cac 40 et cacgr se creuse? qui valorise le mieux le prix des actions?

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Et les commentateurs, aussi nigauds qu’incompétents, en rajoutent : ils évoquent « l’engouement » que suscite la Bourse, les 92 Mds€ de dividendes versés en 2017 et les 100 Mds€ attendus en 2018. De leur point de vue, si le CAC40 enchaîne les records, c’est que les investisseurs se ruent (forcément) sur les actions.

Le CAC40 progresse dans le vide

La réalité est pourtant bien différente : plus les cours s’envolent, moins les acheteurs se montrent empressés ! Alors que l’indice phare affichait +1% le 17 mai, les volumes ne dépassaient pas 3,3 Mds€ et certains des six précédents records furent battus avec moins de 2 Mds€ échangés avant la clôture. C’est l’absence quasi « militante » des vendeurs (qui désertent en masse dès qu’ils identifient un algo) qui explique ce phénomène de hausse dans le vide, parmi les plus malsaines de la décennie.

C’est pourquoi nous avons convenu avec Gilles de renforcer nos positions sur les BX4 dans le cadre d’une stratégie contrarienne pleinement assumée : nous sommes prêts à affronter psychologiquement une neuvième semaine consécutive de hausse parce que nous ne voyons que la multiplication des symptômes techniques d’une fuite en avant d’une radicalité sans précédent.

Au cours des 35 dernières séances jusqu’à jeudi dernier, le CAC affiche un total inouï de 28 séances de hausse, 3 de consolidation à l’horizontal et 4 de repli inférieurs à 0,6%. Autrement dit, nous observons un ratio de 4 séances sur 5 dans le vert et de seulement 1 sur 10 pour la consolidation.

Jamais aucun marché financier, fût-il le plus « bullish » depuis un siècle, n’a jamais fonctionné de la sorte ! Et encore moins quand la toile de fond géopolitique comporte une remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien, assorti de la menace de sanctions américaines à l’encontre des entreprises européennes qui poursuivraient leurs opérations en Iran…

L’intenable projet de la coalition gouvernementale en Italie

En Italie, l’alliance « La Ligue/5 étoiles » devrait déboucher sur la mise en place d’un programme économique aux antipodes de ce que le pays s’est infligé sous la houlette de Bruxelles depuis fin 2013/début 2014.

Il mettrait fin à plus de 4 années consécutives d’austérité à la suite de l’accession de Matteo Renzi à la fonction de président du Conseil.

Après 48 heures d’attentisme teinté de bienveillance envers la nouvelle coalition (lundi 14 et mardi 15), les spécialistes des marchés obligataires ont déchaîné les feux de l’enfer contre les BTP italiens le 16 mai dernier : leur rendement grimpait brutalement de 18 points de base à 2,18%. Depuis le 4 mai, le rendement s’est envolé de 27% !

Graph italie 10 ans

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Qu’est-ce qui tétanise soudain les détenteurs de dettes italiennes ?

Le risque de mise en œuvre d’un programme s’inspirant en partie de celui mis en place au Portugal (relance par le déficit budgétaire, à hauteur de 100 Mds€) et l’anticipation de résistance aux « diktats de la Troïka » comme proposée par le tandem Alexis Tsipras/Yannis Varoufakis lors des élections qui s’étaient tenues en Grèce début 2015.

Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a averti qu’il assumera son rôle de garant des engagements de l’Italie envers Bruxelles et la BCE, et qu’il s’opposera à toute proposition anti-européenne ou à tout processus pouvant mener à un « Italexit ».

Quant au projet gouvernemental qui a fuité (à dessein naturellement, c’est une bonne façon de sonder l’atmosphère en interne comme à l’extérieur des frontières), il ressemble un peu à un inventaire à la Prévert :

Aucune de ces mesures n’a de réelle chance d’aboutir à moins que la composition du Parlement européen n’évolue radicalement en 2019 en faveur de députés plus eurosceptiques, et à condition qu’ils se retrouvent alors en assez grand nombre pour prendre le contrôle de la Commission.

Dans l’immédiat, les marchés comptent « mettre la pression » afin d’obtenir l’éradication de toute mesure anti-européenne ou de nature à inquiéter les créanciers.

Et l’enjeu est de taille puisque banques et assureurs (allemands et français) comptent beaucoup sur les généreux rendements associés aux BTP italiens… pourvu que cela ne se termine pas par un défaut !

Celui-ci ne saurait se produire, quitte à saigner à blanc le contribuable italien, comme ce fut imposé sans remords ni états d’âme aux Grecs. Il serait dans tous les cas improbable que le chemin de la hausse des marchés passe par Rome.

Panique à bord sur les actifs transalpins, ou simple Commedia dell’arte à Milan ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Et si la fuite en avant nous menait à Rome ?”

  1. Est-ce que le DJIA intègre les dividendes ? De combien dépasse-t’il son top 2007 actuellement ?

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