Et si Donald Trump déclenchait le prochain krach ?

Rédigé le 10 septembre 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

TrumpEt oui, cela fait dix ans que les responsables de la désintégration du système financier (banques centrales, banques d’affaires, banques de dépôt) se sont vus confier la tâche de le « reconfigurer » à leur guise… Et pour le plus grand avantage des ultra-riches (multinationales, fonds souverains, family offices, milliardaires/actionnaires influents).

Depuis une décennie, l’un des problèmes de l’économie de marché – avec ses hauts et ses bas, et sa part d’irrationalité – a été brillamment résolu : les banques centrales ont littéralement « supprimé » le marché. Ce sont elles, en effet, qui administrent la valeur des actifs, distribuent l’argent gratuit aux ultra-riches, encore eux, et pèsent de tout leur poids sur la valeur de la monnaie (via le Quantitative easing, « QE »).

La Fed a arrêté d’injecter de la liquidité il y a bientôt quatre ans, après avoir racheté au total 6 700 milliards de titres et instruments obligataires divers auprès des banques commerciales, des compagnies d’assurances et des fonds d’investissements. Et si son bilan a plafonné à 4 500 Mds$, c’est que de nombreux emprunts (plus de 2 000Mds$) sont arrivés à expiration durant cet intervalle de quatre ans, ayant été « remplacés » au fur et à mesure afin de maintenir le portefeuille à son étiage (son périmètre) maximum durant les trois phases du QE.

Depuis plusieurs mois, la Réserve fédérale américaine dégonfle discrètement son « bilan ». Elle remet chaque mois une dizaine de milliards de T-Bonds sur le marché, elle ne complète plus son stock… quand dans le même temps le Trésor américain doit trouver de quoi refinancer un déficit qui représente 100% du PIB. Ou plutôt représentait, puisque le déficit a explosé de 1 000 Mds$ (5% du PIB) depuis la tax reform de Donald Trump.

Et pour compenser l’impact désastreux de cette réforme fiscale sur les finances publiques (mais qui fait la fortune de sa famille et de ses « amis » milliardaires), le président américain compte bien taxer les importations chinoises… dans leur intégralité, et plus seulement 50 + 200 Mds$  (c’est ce qu’il a twitté vendredi autour de 18h, mais Wall Street n’en a pas cru un traître mot, en tout cas, pas plus d’une demi-heure).

Un champion de la démagogie et de l’esbroufe dirige la Maison-Blanche

Il s’impose bel et bien comme le champion de la démagogie (a-t-il seulement commencé à « drainer le marais », a-t-il rendu Wall Street moins avide ?), de l’esbroufe (l’accord sur le nucléaire nord-coréen est au point mort, et même plus mort qu’avant le sommet de Singapour) et de l’escroquerie intellectuelle.

Ce tweet en témoigne : « If the U.S. sells a car into China, there is a tax of 25%. If China sells a car into the U.S., there is a tax of 2%. Does anybody think that is FAIR? The days of the U.S. being ripped-off by other nations is OVER! » (« Si les Etats-Unis vendent une voiture en Chine, il y a une taxe de 25%. Si la Chine vend une voiture aux Etats-Unis, il y a une taxe de 2%. Est-ce que quelqu’un pense que c’est correct ? L’époque où les Etats-Unis sont escroqués par les autres pays est révolue ! »).

Je rentre de Chine, il y circule effectivement des voitures américaines (surtout de la marque Ford) et un certain nombre d’ersatz de Mustang et autres gros SUV de type Chevrolet de fabrication locale. En revanche, je me rends régulièrement aux Etats-Unis et au Canada et n’y ai jamais vu circuler, ni même observé dans une vitrine, une voiture de marque chinoise. Le nombre de véhicules chinois vendus en Amérique du Nord est de… zéro.

A partir de là, qu’ils soient taxés à 2 ou à 200% ne change rien : aucun ne sera homologué pour circuler aux Etats-Unis car c’est ainsi – depuis des décennies – que des normes « draconiennes » protègent l’industrie automobile locale.

Quant au risque de voir des voitures américaines produites en Chine et réexportées vers les Etats-Unis (de la même manière qu’au sein de l’ALENA avec le Mexique ou le Canada), il semble assez faible puisqu’aucun accord en ce sens n’a jamais été signé avec l’Empire du Milieu.

En revanche, Donald Trump peut obtenir de taxer les pièces automobiles fabriquées en Chine (des dizaines de millions) et les composants électroniques (les voitures américaines en sont saturées et elles proviennent pratiquement toutes de Chine). Autrement dit, pour se venger de voitures chinoises peu taxées, mais surtout pas importées aux Etats-Unis, le successeur de Barack Obama serait prêt à prendre le risque de couler le secteur automobile américain et à faire flamber l’inflation en augmentant de 25% le prix des composants importés de Chine.

Non, Wall Street n’y a pas cru jusqu’ici, pas parce que comme l’a écrit le correspondant anonyme du New York Times en fin de semaine dernière, il y a des « adultes » tout autour voire à l’intérieur même du Bureau ovale pour éviter que Donald Trump ne commette l’irréparable (bombarder la Corée du Nord, déclencher une guerre avec l’Iran, tenter d’éliminer Bachar Al Assad sous les yeux de Vladimir Poutine, etc.).

Une étrange mansuétude envers Emmanuel Macron

Mais maintenant que le président américain sait qu’il ne peut plus faire confiance à personne à la Maison-Blanche, il ne prendra plus conseil qu’auprès de lui-même… Nous n’allons donc pas tarder à savoir si nous avons échappé jusqu’ici à une série de catastrophes par la grâce de son entourage… ou si c’est son entourage qui l’a encouragé à déplacer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, et à s’en prendre à Angela Merkel et à Theresa May…

Globalement ménagé par son homologue américain, Emmanuel Macron critique pourtant toutes ses initiatives isolationnistes et diplomatiques, prônant une Europe ouverte aux migrants tandis que Donald Trump soutient tous les souverainistes (Salvini et la Ligue en Italie, l’AFD en Allemagne, Viktor Orban en Hongrie, les « démocrates » en Suède, en fait un mouvement anti-migrants « très à droite » qui est désormais la troisième formation politique du pays, etc.).

Combien de temps encore un Donald Trump n’écoutant plus aucun de ses conseillers fera-t-il preuve de mansuétude à l’égard du président français, qui symbolise pourtant à peu près tout ce qu’il exècre : les hauts fonctionnaires issus du « système », les apôtres du libre-échange, ceux qu’il juge lâches face à Erdogan, Rohani ou Xi Jinping ?

Et si c’était finalement Trump le déclencheur d’un nouveau krach ?

Wall Street et tous ses adversaires pourraient alors invoquer la conséquence de son désordre mental et de son irresponsabilité pour appuyer une procédure d‘impeachment susceptible de déboucher sur sa destitution.

Il faut pour cela un vote de défiance de deux tiers des sénateurs… mais avec la pression de Wall Street, de la presse unanime et des réseaux sociaux, sait-on jamais !

Wall Street survivrait à une destitution de Donald Trump

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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Un commentaire pour “Et si Donald Trump déclenchait le prochain krach ?”

  1. En lisant l’article, j’ai l’impression que Trump est un bouc émissaire bienvenue.
    Il ne faut pas oublier que la balance commerciale est un vrai sujet (déficit commercial massif) et que la question du retour au protectionnisme a été pointé du doigt peu après la crise (vers 2009). Il fut un temps où on décrié se déséquilibre (mais pas que Chine-USA, aussi Chine et sa région d’influence) et disant même que ce grand pays manipulé sa devise (voir indice big mac, le yuan étant sous évalué de 40% par rapport au dollars, mais maintenant il semble que cela n’est pas vrai). Idem pour la croissance et dettes. On ne sait plus quoi penser étant donné que ce qu’on disait hier n’est plus valable aujourd’hui.

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