Eramet : Carlo Tassara France monte au créneau

Rédigé le 2 juin 2015 par | Mid et Small Caps Imprimer

Eramet (FR0000131757), société spécialisée dans l’extraction, la production et la commercialisation de métaux non ferreux, est d’ordinaire plutôt discrète. Mais, depuis quelques jours, il semble qu’il y ait du rififi au sein des actionnaires. Il faut dire que Carlo Tassara France, actionnaire à hauteur de 13% du groupe minier, a manifesté son désir de voir changer rapidement la stratégie de l’entreprise.

Un groupe en souffrance

Il est vrai qu’Eramet a sérieusement besoin de se réorganiser, le groupe est en souffrance depuis quelques années. Sur 2014, par exemple, le résultat net part du groupe a été déficitaire à hauteur de 159 M€. La raison? D’importants coûts de restructuration, des coûts d’études de grands projets et autres dépréciations d’actifs. C’est certes mieux que les 370 M€ de pertes enregistrés en 2013 mais la situation reste difficile. Cela fait d’ailleurs 2 ans que la société n’a pas distribué de dividendes.

2015 a néanmoins commencé sous de meilleurs auspices. Au T1, par exemple, le CA a progressé de 8,8%. C’est malgré tout une hausse en trompe-l’oeil puisqu’elle est en partie imputable à l’actuelle fermeté du dollar. Les prix du nickel sont restés faibles et les prix du manganèse ont fortement baissé à cause, évidemment, du ralentissement de l’économie chinoise. En réalité, on peut même considérer qu’Eramet est un call sur l’économie chinoise – comme Arcelor Mittal l’est sur l’économie européenne.

Du coup, Eramet connaît de fait un parcours chaotique en Bourse. Elle perd plus de 5% depuis le début de l’année, 23% sur 1 an et 88% depuis le sommet de 2008 : avant la récession qui a suivi la crise financière, le titre a culminé à 600 € !

chute de eramet

On comprend mieux les critiques émises par Carlo Tassara France.

Des luttes intestines

Eramet n’est cependant pas une société comme les autres. Elle est détenue par la famille Duval (une vieille dynastie française d’industriels) à hauteur de 37% via deux entités: la Sorame et le Ceir. Par ailleurs, suite à la sortie d’Areva du capital en mai 2012, la BPI est de son côté montée à 25,7%. Et on ne peut pas dire que, pour l’instant, la participation de la Banque Publique d’Investissement soit un succès. Sa moins-value ressort à 10%…

C’est donc dans ce contexte que la société Carlo Tassara France en a profité pour au créneau. Et quoi de mieux, pour un actionnaire, qu’une Assemblée Générale pour faire entendre sa voix, et plus particulièrement son mécontentement quant à la stratégie menée par la société ? Cela fait d’ailleurs des années que Romain Zaleski, le patron de Carlo Tassara France, se querelle avec les actionnaires d’Eramet et notamment la famille actionnaire.

Depuis 2009, date à laquelle l’homme d’affaires franco-polonais a porté plainte contre la famille Duval, les attaques juridiques pleuvent. Romain Zaleski accuse notamment les Duval d’avoir dissimulé la santé réelle de la filiale américaine d’Eramet lors de son entrée dans le capital du groupe minier en 1999. Depuis, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de Carlo Tassara France dans sa tentative d’annuler la transaction ayant permis à la famille de devenir le premier actionnaire d’Eramet.

Les résultats de l’Assemblée Générale de vendredi dernier mettant en cause la stratégie de la direction d’Eramet sont donc dans le droit fil des actions judiciaires précédemment menées. Maintenant, il est difficile de connaître le vrai pouvoir de nuisance d’un actionnaire possédant seulement 13% d’un groupe…

La seule solution serait de rallier la BPI pour changer le management en vigueur. Mais on rentrerait alors dans un terrain très politique dans la mesure où par exemple la société Le Nickel-SLN, détenue par Eramet, est de loin le premier employeur de Nouvel Calédonie…

Affaire à suivre donc. Pour l’heure, le titre est, vous en conviendrez, encore beaucoup trop spéculatif pour qu’on s’y intéresse. En effet, outre les incompatibilités d’humeur du tour de table, les prix des minerais restent une trop grande source d’incertitudes.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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