L’équation de la fortune : toujours ignorée des investisseurs

Rédigé le 9 avril 2009 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Ah, « la formule qui rend riche »… une chimère, n’est-ce pas ? Au risque de passer pour un je-ne-sais-quoi, je l’affirme : cette équation existe. Formulée dans les années cinquante par un collègue de Claude Shannon, père fondateur de la théorie de l’information, ce véritable E=mc2 de la richesse fut ensuite testé de manière rocambolesque, mais avec succès, par le co-inventeur (avec Shannon) de l’ordinateur nomade, Edward Thorp.

Le « prince des marchés », Richard Dennis, a transformé 1 200 dollars en 300 millions de dollars en Bourse grâce à elle. Pour prouver qu’il ne s’agissait en aucun cas de talent lié à la personnalité de l’investisseur, Dennis avait même formé, en deux semaines, 23 personnes qu’il appelait ses « tortues« … les fameux « tortues traders« .

Certains, comme le comptable Jerry Parker, sont devenus multimilliardaires. D’autres, comme Tom Shanks, ont donné le nom d’une espèce de tortue à leur entreprise de gestion d’actifs, en l’honneur de leur mentor. Tom n’est d’ailleurs pas seulement élégant, il est aussi efficace, puisqu’il a généré une performance nette de 96% en 2008 pour ses clients.

Liz Cheval, une des deux femmes ayant participé au programme, a, quant à elle, décidé d’appeler sa société EMC, en référence au célèbre concept de relativité d’Einstein. Celui-ci est en effet aussi simple et puissant que le système qui rend riche.

Entre 1985 et février dernier, Liz a transformé 10 000 dollars en un peu plus de 24 millions pour ses clients. Sa performance de 2008 fut un gain de 46%. Liz partage mon credo : outre l’application de la formule secrète, tout investisseur serait bien inspiré de se documenter sur les corrélations négatives.

Enfin Jonathan Craven, qui avait démarré avec seulement 50 000 dollars en poche, gère désormais des dizaines de millions, avec une performance positive de 76% en 2008, par le biais de sa société GIC LLC.

Ces « tortues«  étaient souvent, au départ, des individus n’ayant jamais passé la moindre transaction en Bourse. La première volée incluait un champion de backgammon, un joueur d’échecs et de poker, un éditeur de jeux de rôle (type « Donjons et Dragons ») ainsi qu’un pro du black-jack.

Tandis qu’il travaillait pour le prestigieux MIT, Ed Thorp partit pour Las Vegas avec 10 000 dollars en poche, dans le but de tester son idée. Il doubla son argent en un week-end, après avoir été expulsé de nombreux établissements suite à ses gains suspects. Depuis la fin des années soixante, notre mathématicien s’est spécialisé dans le marché des actions, qui offre des perspectives de gain autrement plus alléchantes que les tables de casino.

Quelle est donc cette stratégie magique ? En un mot, cette approche nommée money management permet notamment de calculer un montant idéal à miser pour chaque stratégie. Le critère de Kelly se calcule par exemple ainsi : dans un premier temps, il s’agit de calculer le rapport profit/perte. Mes transactions gagnantes ont une performance moyenne de 30% sur six mois, alors que mes transactions perdantes montrent une performance négative de 20% sur la même période. Dans ce cas, le ratio est de 1,5 (30%/20%).

Ensuite, il faut diviser la probabilité de perte par ce ratio. Dans mon cas, près de quatre paris sur dix sont perdants, donc je divise 40% par 1,5 pour obtenir 27%. Enfin on retranche ces 27% à la probabilité de gain (60% dans mon cas) pour obtenir un tiers : c’est la proportion optimale de l’avoir en compte à miser pour maximiser ses gains. Armé d’une telle science, le spéculateur a presque l’impression de tricher.

Le graphique ci-dessous montre une telle simulation, répétée cinquante fois, en se basant sur les profits de ces dix dernières années de mon approche neutre au marché. Il s’agit d’estimer les probabilités de gain, ainsi que le risque de ruine.

Graphique du money management

Personne n’achète plus, en 2009, de nouvelle voiture sans airbag. Et pourtant de nombreux investisseurs n’utilisent pas le moindre « airbag » pour leurs deniers placés en Bourse. C’est le monde à l’envers !

Mots clé : - - - -

Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

Laissez un commentaire