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Vous produisez de la vraie richesse… mais vous êtes payé en monnaie de singe

Par Philippe Béchade26 Sep 2016

Vous connaissez par coeur notre point de vue. La stratégie non conventionnelle mise en place par les banques centrales, c’est juste un gigantesque Ponzi à la Madoff, mais avec un Madoff qui fait tourner la plancher à billet dans sa cave.

Mais cela reste un Ponzi, et ce Madoff 2.0 devrait prendre 5 760 ans de prison pour faux monnayage – en plus des 150 ans dont il a déjà écopé en juin 2009.

Un océan de fausse monnaie à la base de la pyramide

La production de monnaie fiduciaire additionnelle atteint 220 milliards d’équivalent dollar par mois depuis le 3 août (depuis que la Banque centrale britannique a musclé son QE de +60 Mds£ par an, pour le porter à 485 Mds£, soit environ 558 Mds€/an.

Et pendant ce temps, la Fed amuse la galerie avec ses velléités de resserrement monétaire, tout en veillant soigneusement à maintenir son bilan (le volume des encours qu’elle détient) à 4 500 Mds$.

Maintenant que les marchés sont assurés que la Fed n’essayera de relever ses taux qu’une seule fois cette année (et à condition que le résultat des élections du 8 novembre corresponde aux vœux de l’oligarchie financière et médiatique), nous nous rapprochons du moment où il va bien falloir admettre qu’il n’y a aucun cycle de normalisation des taux et strictement aucune inflexion des quantitative easing.

Et même si la Fed souhaiter « sincèrement » augmenter son taux directeur de 25 points en décembre, le momentum économique joue contre elle : de nombreux signaux de ralentissement de l’activité mondiale passent au rouge (les échanges de marchandises sont au plus bas depuis 2 ans) et des foyers de dégradation structurelle tenaces émergent sur son propre sol.

De toute façon, une hausse de taux tous les 12 mois, cela ne constitue pas un « cycle de resserrement » — et encore moins s’il faut patienter jusqu’à début février 2017. Pour les citoyens que nous sommes, cela signifie que notre épargne n’est pas prête de refaire des petits et que le crédit va demeurer bon marché.

Une aubaine, non ?

… mais à qui sert cet océan de liquidité ?

Eh bien… pas vraiment : car comme tout le monde succombe aux sirènes de l’argent quasi gratuit, les prix de l’immobilier progressent inexorablement… et bien plus vite que ne baisse la facture des emprunteurs (sur les 12 derniers mois, les prix ont augmenté de +2,2% à Paris). Pour 10 000 € économisés sur un dossier de crédit immobilier de 200 000 € (avec des taux longs retombés à 2%, assurance incluse), l’acheteur fait-il une bonne affaire si le bien acquis a pris entre 40 000 € dans l’intervalle ? L’acquéreur potentiel a perdu une pièce à capacité d’emprunt égale depuis que les taux ont commencé à baisser en 2009.

En revanche, en province, la baisse des taux, les PTZ (prêts à taux zéro) avantagent effectivement l’emprunteur : en dehors de quelques métropoles génératrices d’emplois (Nantes, Bordeaux, La Rochelle…), il n’y a pas d’inflation dans l’immobilier : à salaire constant, on peut donc acheter plus grand. Mais pour obtenir un prêt, il faut avoir un emploi et plus précisément un CDI, ce qui devient une denrée rare, et plus encore en province.

Le constat est le suivant : les banques centrales réduisent les taux, distribuent de l’argent à gogo… mais elles ne peuvent pas inventer des acheteurs solvables et encore moins s’opposer à la montée inexorable de la précarité.

Aux Etats-Unis, le problème avait été résolu avec les subprime (pour rappel, des prêts consentis à des acheteurs notoirement insolvables), mais cette époque est révolue.

Les banques distribuent désormais du crédit sans condition aux acheteurs de véhicules neufs (des prêts sur gage, en quelque sorte) et aux étudiants – auxquels on ne demande pas de produire la preuve d’un CDI pour obtenir de l’argent… – puisque c’est l’état qui se porte garant de ce type de dettes aux Etats-Unis.

Mais pour l’essentiel, ce sont les entreprises et les spéculateurs (hedge funds notamment) qui absorbent l’argent imprimé par les banques centrales, soit pour racheter leurs propres titres, soit pour accroître les leviers sur les marchés dérivés… ce qui accroît le poids de la finance virtuelle.

Et comme il s’agit d’un gigantesque Ponzi, il n’y a pas d’autre choix que la fuite en avant dans la production de fausse monnaie.

Cette fausse monnaie, c’est celle qui figure sur vos comptes en banques, dans vos contrats d’assurance-vie, vos retraites par capitalisation… (voir l’analyse de Simone Wapler sur l’état de votre assurance-vie) Mais vous, c’est de la vraie richesse que vous aviez produite.

La fausse monnaie des banques centrales se confond avec la vôtre et pourrait subir à tout moment l’effet dévastateur d’une perte de confiance. Dans ce cas, c’est l’épargnant qui perd tout… tandis que la banque centrale peut redescendre dans ses sous-sols et doubler la cadence de ses imprimantes.

D’où l’impérieuse nécessité de convertir une partie de votre épargne en quelque chose de tangible. Vous lisez dans nos publications des recommandations constantes en faveur de l’or (voir en détail l’analyse de Jim Rickards dans son nouveau livre : Nouveau plaidoyer pour l’or, livre gratuit) plus rarement en faveur de l’immobilier parce que cet investissement financiarisé est également sujet à la formation de bulles.

En revanche, le foncier au sens large (qui inclut terres, bois, étangs, vignes, etc.) recèle encore de bonnes opportunités : cela ne fera pas exploser la valeur de votre patrimoine comme un bon délit d’initié concernant la prochaine manipulation des actifs financiers par les banques centrales, mais au moins, cela ne va s’évaporer au beau milieu de la nuit…

… Comme un portefeuille d’actions chinoises en juin 2015, ou comme des titres de l’armateur coréen Hanjin le 9 septembre dernier… ou encore des titres BMPS début janvier puis début juillet (-50% par 2 fois).

… Ou des titres de la Deutsche Bank ?

Nous attendons avec impatience de connaître la réaction des investisseurs lors de l’annonce de sa prochaine augmentation de capital* : cela pourrait constituer un nouveau « moment Madoff »… au même titre qu’un sondage un peu sérieux créditant Donald Trump d’une avance de 4 points sur Hillary Clinton, un avantage considéré comme suffisant à 6 semaines d’un scrutin présidentiel aux Etats-Unis.

*En fait, nous nous en doutons déjà : nous avons déjà réalisé un dossier sur le sujet

photo auteur

Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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