En Bourse, l’orgueil vous coûtera cher

Rédigé le 11 décembre 2007 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Vous êtes déjà, pour la plupart, habitués au malin plaisir que j’éprouve à persifler sur le comportement hautain de plusieurs intervenants boursiers, à dénoncer l’esbroufe qui règne sur le petit monde de la Bourse, à condamner tous les masques du paraître qui sont enfilés par des traders de génie « qui ont toujours raison « , des gourous magnifiques illuminés, et j’en passe.

Le vrai trader est celui qui reste humble Les vrais professionnels boursiers, eux, passent leur temps à se tromper, et ils ne le savent que trop bien. Emplis d’humilité, ils savent à la manière socratique qu’ils ne savent rien. Ils savent notamment que l’erreur est humaine et savent que toute prévision boursière est difficile. Ils se trompent autant (non, plus !) que les autres, sauf que leurs erreurs coûtent beaucoup moins cher. Du coup, ils savent construire patiemment leur réussite et être toujours là au bon moment… tandis que les traders à la petite semaine qui tentent sans cesse des « coups  » ou qui suivent des « tuyaux  » (forcément percés), se font tous sortir un jour ou l’autre du marché – qui ne pardonne rien. Evidemment, par la suite ils ne se trompent plus du tout, puisqu’ils n’en ont plus le loisir.

C’est quand on a appris que se tromper est consubstantiel à une démarche gagnante en Bourse, c’est quand on a intégré ce principe d’incertitude (cf. le génial spéculateur Soros, une fois de plus…) que l’on peut accéder à une certaine maîtrise.

Le trader sait qu’il n’aura pas raison contre le marché ! Du fait de la nature difficilement prévisible des marchés et de la quantité incommensurable de variables qui peuvent jouer, les cours peuvent parfois évoluer de manière justement imprévue. S’il est positionné dans le mauvais sens, un bon trader, un brin philosophe, ferme la position sans état d’âme et passe à autre chose sans attendre, avec une érosion de seulement -0,5%/-1,5% de son capital, au pire.

Un intervenant moins aguerri, qui reste orgueilleux, restera contre vents et marées accroché à sa position perdante, alors que son analyse de base n’a plus raison d’être et que les conditions de marché ont complètement changé. Coûte que coûte, il restera assis sur un iceberg en train de fondre, passera son temps à guetter les moindres signes du retour « à la normale » (puisqu’il est persuadé que le marché finira par lui donner raison, ce qui arrive évidemment parfois, mais hélas seulement « parfois « ), à lire avec cupidité les articles et analyses qui semblent confirmer son point de vue, et inévitablement, perdra une partie trop importante de son capital – voire carrément tout, dans le cas d’une utilisation de levier trop importante et d’autres techniques très spéculatives.

La maîtrise de soi pour combattre l’orgueil et éviter les pertes Quand on joue sur les produits dérivés, plus encore que pour les actions achetées au comptant, on sait combien la volatilité peut être assassine et le levier mortel. On se doit donc d’apprendre à être humble et à reconnaître ses erreurs le plus vite possible. Pour les turbos, que j’affectionne, ceux qui me suivent dans mon service ont vu qu’il nous arrive parfois de sortir presque aussi vite que nous sommes entrés sur la position. Mais c’est parce que les conditions ne sont plus les mêmes et le couple rentabilité/risque (le fameux risk/reward dont je parle si souvent) devient bien moins intéressant.

La maîtrise de soi ordonne de combattre l’orgueil, et ce non pas pour des raisons morales, mais uniquement comme une mesure de survie. En Bourse, l’orgueil coûte trop cher. Savoir reconnaître très vite qu’on s’est trompé est ce qui distingue le plus sûrement les grands traders. D’où l’utilisation systématique des stops (effectivement posés ou au moins mentaux) qu’ils pratiquent.

Il faut apprendre à se tromper pour pouvoir gagner Comme dit un proverbe, « Seul celui qui ne fait rien ne se trompe jamais« . En Bourse, les conseillers sont légion et il y en a pas mal qui sont très sûrs d’eux et ne se trompent jamais (mais ils sont étrangement pauvres). Les traders efficaces, eux, se trompent souvent. Et c’est sur des opérations où ils ont vu juste qu’ils peuvent miser avec une force de frappe importante et intacte (puisqu’ils ne perdent pas les gains d’une année en seulement 3 ou 4 séances, ce qui n’arrive qu’aux débutants) et rattrapent en une ou deux opérations plusieurs petites pertes successives.

La Bourse est beaucoup moins une question de technique que de maîtrise de soi. Combattez l’orgueil qui nous guette tous, et vous accéderez bien plus sûrement à la sagesse boursière qu’en lisant cent livres techniques sur la question.

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marc-dagher
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