Emplois US, inflation et records des indices : toujours plus de mensonges

Rédigé le 12 mars 2018 par | A la une, Analyses indices, Toutes les analyses, US Imprimer

Il y a bien de la magie dans cette économie américaine et surtout dans l’emploi US !

En effet, après les 239 000 emplois crées en janvier (un net progrès par rapport aux 175 000 de décembre), voici que le mois de février s’annonce comme le plus prolifique depuis le printemps 2010.

En l’espace de 28 petits jours entrecoupés de 4 week-ends, l’Amérique aurait vu son économie créer 313 000 nouveaux jobs. Autrement dit, +313 000 en 24 jours ouvrés. Cela fait une moyenne de plus de 13 000 emplois créés par jour. Il s’agit du ratio le plus élevé depuis décembre 2011 et surtout mai 2010 (2 mois de 31 jours).

Pourtant, personne n’a vu venir ce petit miracle ! Wall Street espérait +190 000 emplois. Les plus optimistes, eux visaient +235 000 (ADP dans le secteur privé).

Vous n’y croyez pas plus que nous ?

Étrange : des emplois créés dans des secteurs en difficulté

Eh bien, mettez de côté votre scepticisme car les chiffres du département du Travail (celui qui calcule également l’inflation, un modèle de crédibilité qui nous stupéfie chaque mois) sont formels : les recruteurs ont embauché à tour de bras en février.

Vous savez faire une addition ? Prenez un papier : – le secteur de la construction a recruté 61 000 travailleurs (et +185 000 au cours des 4 derniers mois) ;

– le commerce de détail en a recruté 50 000. Nous savons tous que ce secteur est en crise et que les commerces ferment par milliers.

Dans le détail, les magasins généralistes auraient embauché 18 000 personnes. Les magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires 15 000. Les magasins de matériaux de construction, d’articles pour la maison et de jardinage 10 000. Autres commerces 7 000 ;

– le secteur des services professionnels et commerciaux aurait embauché 50 000 personnes en février (+495 000 sur 12 mois) ;

– le travail temporaire en affiche +27 000, quasiment à parité avec le secteur financier (+28 000, dont +8 000 dans l’intermédiation financière et +8 000 dans les compagnies d’assurance et les activités connexes) ;

– le secteur manufacturier a ajouté 31 000 emplois (dont +8 000 dans le matériel de transport, +6 000 dans la sidérurgie et +4 000 dans les métaux transformés, +6 000 dans les machines, soit +224 000 emplois sur 1 an) ;

– l’emploi dans le secteur minier a augmenté de +9 000 en février (et +69 000 depuis octobre 2016) ;

– le secteur de la santé a recruté +19 000 spécialistes, dont +9 000 dans les hôpitaux ;

– l’éducation en rajoute +26 000.

Et voilà, ça nous fait +313 000. Le compte est bon, y’a rien à objecter !

Une hausse des salaires maîtrisée

D’ailleurs, nous ne sommes pas au bout de nos bonnes surprises. En effet, la durée moyenne hebdomadaire de travail pour l’ensemble des salariés non agricoles n’a augmenté que de 0,1 heure, à 34,5 heures en février.

Dans le secteur manufacturier, la semaine de travail a augmenté de 0,2 heure pour atteindre 41,0 heures. Quant aux heures supplémentaires, elles n’ont progressé que de +0,1 heure à 3,6 heures.

Bon, vu que les entreprises ont embauché 313 000, on peut comprendre que le temps de travail moyen ne se soit allongé que très modérément !

Mais ce qui a réjoui et rassuré Wall Street vendredi 9 mars, c’est que la rémunération horaire moyenne n’a augmenté que de 0,04 $ à 26,75$, après une hausse de 7 cents en janvier. Cela avait littéralement affolée Wall Street en faisant ressurgir le spectre de la surchauffe salariale.

La progression annuelle du coût de l’heure travaillée se trouve ainsi ramené à +0,68 $, soit +2,6% au lieu des +2,8% calculés en février.

Ouf ! Aucune excuse pour paniquer. Par conséquent, le VIX se détend de 11,5% à 14,05 après -7% la veille.

L’appétit pour le risque fait son grand retour et le Nasdaq a explosé à la hausse de +1,8% à 7 561 points. Il marque ainsi un nouveau record absolu après 6 séances de hausse consécutives (+4,2% sur la semaine).

Le Nasdaq en orbite

Eh oui, le Nasdaq est parti explorer de nouvelles contrées boursières inconnues, avec des niveaux de valorisation défiant la gravité. Alors que les rendements obligataires, eux, restent collés à des plus-hauts de 4 ans. Nous pensons notamment au « 2 ans » à 2,27% vendredi dernier, soit à peine 60 points de spread avec le 10 ans.

Nasdaq

De nouveaux records absolus sont espérés sur le Dow Jones et le S&P500 d’ici vendredi prochain. Car n’oubliez pas qu’il s’agira de la séance des 4 sorcières clôturant le 1er trimestre 2018 sur les options et les contrats à terme (échéance mars).

Compte tenu de toutes les bonnes nouvelles macros que nous avons détaillées, la semaine qui débute s’annonce sous les meilleurs auspices, non ?…

… Non : tout s’annonce sous le signe de statistiques fictionnelles, de scénarios économiques mensongers, d’hypothèses de profits hédonistes, de rachats de titres massifs qui créent une richesse artificielle. Bref, tout est redevenu comme d’habitude, comme avant le 26 janvier. C’est-à-dire toujours plus de mensonges, qui vont déboucher sur des records toujours plus mensongers.

Alors, il est grand temps d’arrêter ces fake news et de comprendre comment fonctionne réellement l’économie, et les risques que cela comporte quand tout va éclater. Mon livre Fake News vous est offert

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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