Les élections européennes, « importantes » pour les marchés ?

Rédigé le 8 mai 2014 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés Imprimer

A trois semaines des élections européennes, j’entends et lis principalement deux thèses qui vous sont certainement familières :

Je n’ai pas entendu un seul institut de sondage qui n’annonce pas que le 25 mai prochain, le premier parti en Europe sera celui des abstentionnistes (sauf en Belgique où le vote est obligatoire).

Mais, en l’honneur des quelques citoyens conscients de leur devoir qui se rendront aux urnes fin mai, de nombreux stratèges sont convaincus que la BCE et ses principaux relais bancaires vont s’efforcer d’instaurer un ciel boursier aussi bleu que le drapeau européen.

J’acquiesce bien volontiers et je confirme. Cela fait même plusieurs mois que la BCE orchestre l’envolée des marchés obligataires – et une spectaculaire décrue symétrique des rendements des dettes périphériques – avec comme message implicite : « Voyez comme nous sommes définitivement sortis de la crise. Voyez comme les marchés ont retrouvé confiance dans la solvabilité des PIIGS. Voyez comme la Grèce tire d’immenses profits de sa cure d’austérité : elle a retrouvé son crédit auprès des créanciers ».

Il faut regarder plus loin que les apparences…

Sauf que, bien entendu, ces hausses sont complètement artificielles, nourries à la fausse monnaie. Les « retours triomphaux » de la Grèce ou du Portugal sur les marchés de capitaux sont aussi convaincants que les gains faciles du complice du joueur de bonneteau chargé d’appâter les pigeons.

Il n’y avait que 3 ou 4 émissions obligataires à haute valeur symbolique en Europe entre le 25 avril et le 25 mai. Vu les montants émis, c’était presque des « pièces jaunes » pour les souscripteurs du secteur bancaire… et du « zéro risque » dans la mesure où la BCE se tient certainement prête à tout racheter.

Elle aurait tort de se gêner : cela revalorise – temporairement et de façon purement virtuelle mais peu importe – son portefeuille de créances pourries grecques, portugaises, espagnoles… et toute la machinerie médiatique bien-pensante ne manque pas de se gargariser de cet engouement des investisseurs pour des émissions de pays en faillite et qui songent (comme Athènes) à restructurer leur dette.

Extrêmes politiques et extrêmes mensongers

Mais ça, ce sera pour après les élections du 25 mai. D’ici là, les investisseurs sont priés de faire semblant de croire que tout va bien, car les quelques naïfs qui s’y laisseront prendre peuvent faire basculer le sort des élections et empêcher un raz-de-marée de votes protestataires… et malheureusement récupérés par les « extrêmes ».

Le problème, c’est que la dose de mensonge et de manipulation mise en oeuvre pour nous convaincre que « tout va mieux que bien » est elle aussi… extrême.

J’ai entendu la semaine dernière quelques permabulls se plaindre que la croissance apparaît encore un peu balbutiante aux Etats-Unis (après une croissance du PIB mesurée à +0,1%)… Toutefois, ils se sont dits rassurés vendredi grâce aux bons chiffres des dépenses des ménages américains (+0,9%) et une hausse de leurs revenus (+0,5%).

Hem, il faut arrêter d’entretenir l’espoir d’un avenir radieux !

Ce n’est pas du goût de Wall Street : vous ne voudriez tout de même pas que la Fed se retrouve obligée de relever ses taux dès avril 2015 ?

Résultat des courses : le Dow Jones a culminé à seulement 11 points (0,06%) de son record absolu intraday des 16 631 points du 4 avril – avant de s’essouffler et d’en terminer sur un repli de 0,28% à 16 513 points (soit 0,5% de gain hebdo).

55 euros par an, 3 mois « satisfait ou remboursés » et le dossier exclusif sur Goldman Sachs offert : Découvrez Pitbull, la lettre d’investissement de Philippe Béchade.

Mots clé : -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire